Directeur de la mission de recherche archéologique de Suse de 1969 à 1979, Jean Perrot était tout désigné pour présider à la réalisation de cette magnifique synthèse, qui rend compte de manière approfondie – en proposant au lecteur une iconographie très complète – des découvertes réalisées en ces vieilles terres élamites devenues, avec la formation de l’Empire achéménide, une zone de passage majeure entre le plateau iranien et les basses terres mésopotamiennes. Pierre Amiet, Rémy Boucharlat, Pierre Briant et l’égyptologue Jean Yoyotte, aujourd’hui disparu, ont participé, avec d’autres spécialistes renommés à la réalisation de cet ouvrage qui témoigne de la part prise par la France dans la redécouverte de la Perse antique.
Après avoir posé la question des sources disponibles, Pierre Briant nous rappelle tout d’abord, en introduction, ce que fut la place de Suse et de l’Elam dans l’Empire achéménide où il est vain, selon lui, d’utiliser le terme de « capitale », les souverains se déplaçant constamment pour – nous disent les Grecs – « fuir le froid et le chaud », ce qui implique de la part de leurs adversaires un jugement de valeur négatif porté sur des Perses supposés amollis par le luxe et suspectés de lâcheté. Suse apparaît en tout cas comme une étape essentielle pour les souverains achéménides, mais également pour Alexandre qui y passe en -331 puis après son retour d’Inde. François Vallat nous présente ensuite Darius, le plus prestigieux des « Grands Rois », en insistant notamment sur le lien établi entre lui et Ahura-Mazda, la divinité suprême de la religion mazdéenne. Jean Perrot lui-même reprend l’histoire de la découverte du site et des recherches qui y ont été entreprises depuis le XIX
e siècle. C’est ainsi qu’il évoque les figures du Britannique William Kenneth Loftus, qui révèle en 1850-1852 l’importance de Suse, après que son compatriote Austen Henry Layard, l’un des pionniers de l’archéologie mésopotamienne, a affirmé, dix ans plus tôt, que « les ruines sont ici sans importance. Il y a une seule inscription en caractères cunéiformes, que je n’ai pu relever car c’est avec peine que je me suis sauvé, volé et dépouillé des mains de ceux qui habitent ce lieu sauvage et désert… Rien n’indique l’emplacement d’une grande cité ».
Après Loftus, ce sont les Français Marcel et Jeanne Dieulafoy qui prennent le relais en 1884-1886. Ils ont reconnu les lieux deux ans plus tôt, après s’être intéressés à Persépolis et à Pasargades. Des fouilles d’envergure commencent en 1885 et, trois ans plus tard, le président de la République française, Sadi Carnot, peut inaugurer au Louvre deux salles consacrées aux découvertes effectuées à Suse, l’occasion, pour les Parisiens, d’admirer la frise des Archers et celle des Lions, ainsi que les deux chapiteaux colossaux constitués de deux avant-trains de taureau. Jacques de Morgan reprend les fouilles en 1897 et va les diriger jusqu’en 1912. Son adjoint, Roland de Mecquenem, met alors au jour les sols de nombreuses salles correspondant à un « palais » désormais bien identifié et dont le plan est établi par l’architecte Maurice Pillet. De 1946 à 1967, c’est Roman Ghirshman qui est nommé directeur des missions françaises en Iran, avant que Jean Perrot ne conduise les recherches poursuivies de 1969 à 1979 par des équipes désormais franco-iraniennes qui identifient l’enceinte et découvrent une statue de Darius tout à fait exceptionnelle.
Etalés sur plusieurs décennies, les travaux ainsi réalisés ont permis d’établir une chronologie précise de l’évolution de la cité, et ont évidemment remis en cause les premières interprétations avancées à la fin du XIX
e siècle. Après les étapes de la découverte, l’ouvrage aborde l’étude des différentes composantes du palais, des techniques artisanales ou des documents épigraphiques, avant de situer la place des monuments de Suse dans l’architecture iranienne et moyenne orientale. La qualité d’un tel ouvrage ne peut que nous faire espérer la publication de synthèses analogues à propos d'autres grands sites mésopotamiens et iraniens.
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