Les sites de la mémoire russe. Tome 1, Géographie de la mémoire russe
Georges Nivat
Fayard
Paris
2007
Premier volet d’une trilogie monumentale inspirée du modèle que furent en leur temps, pour la France, les Lieux de mémoire évoqués par Pierre Nora et ses collaborateurs, la Géographie de la mémoire russe (tome1 des Sites de la Mémoire russe) vient à point nommé, en un moment où la Russie est dénigrée par un Occident paré de toutes les vertus démocratiques, pour la seule raison qu’elle entend toujours jouer, dans le concert des nations, un rôle à la mesure de ce que fut son histoire. Jean François Colosimo a parfaitement résumé, dans le Monde des Livres, l’importance de l’enjeu, en présentant ce travail d’une parfaite érudition mais d’une lecture aisée comme une « grande déconvenue pour les russophobes de métier ou d’occasion. Voici un livre qui fera plus pour la liberté à Moscou que toutes les cancres gesticulations qui réduisent la Russie à une preuve négative du génie de l’Occident, à une caricature cauchemardesque de la belle Europe, à une éternelle tyrannie vouée à la théocratie et à l’impérialisme asiates, au populisme xénophobe et à la servitude volontaire. Il est donc, n’en déplaise aux biens pensants, une civilisation russe dont Georges Nivat se fait ici l’archiviste, en dressant le recensement des sites matériels et immatériels qui en constituent « la mémoire et les mémoires... ». Georges Nivat est en effet l’un des meilleurs spécialistes de la Russie, l’un des maîtres d’oeuvre de l’Histoire de la littérature russe parue chez Fayard et il a su réunir, en vue de la réalisation de cet ouvrage, outre des historiens bien connus en France, ainsi Wladimir Berelowitch, le meilleur des chercheurs et universitaires russes, représentant la nouvelle école née sur les ruines de la défunte historiographie communiste. Ce premier volume réunit des contributions consacrées aux villes qui ont particulièrement marqué l’histoire russe, de Novgorod à Moscou, de Iaroslavl à Saint-Péetersbourg. Les musées font l’objet d’enquêtes particulières, de l’Ermitage aux musées militaires, des lieux pouchkiniens au Musée des Cosaques. Outre ces lieux faisant fonction de conservatoires classiques de l’histoire russe, les monastères, les théâtres ou les cimetières, ainsi celui de Sainte-Geneviève-des-Bois en banlieue parisienne, fournissent également la matière d’études porteuses d’interprétations riches et innovantes. Si l’on ajoute les textes consacrés à l’année liturgique orthodoxe et à la mémoire païenne du pays, on mesurera la diversité des approches et l’originalité des investigations qui ont conduit à cette remarquable synthèse, dès aujourd’hui incontournable pour qui entend accéder à une véritable intelligence du « retour de la Russie ».