Les Thraces demeurent à beaucoup d’égards des acteurs méconnus de l’Histoire antique car la proximité du foyer de civilisation héllènique a quelque peu occulté leur présence au nord des Balkans. Ils n’en ont pas moins laissé de remarquables vestiges d’une culture qui doit beaucoup, dans l’art qu’elle a produit, à l’influence grecque mais qui présente cependant une originalité incontestable, ce dont témoignent les tombes de Kazanlak dont l’une, découverte en 1944, est décorée de fresques étonnantes qui lui ont valu d’être rangée parmi les neuf sites et monuments de Bulgarie retenus par l’Unesco pour faire partie du patrimoine mondial de l’Humanité. Présents dans la péninsule balkanique entre le Danube et la Mer Egée, sur un territoire qui correspond à peu près à l’actuelle Bulgarie, les Thraces ont développé là, à partir du IIème millénaire avant J-C, une brillante civilisation qui, subjuguée par la puissance romaine, brillera de ses derniers feux jusqu’aux invasions barbares des premiers siècles de notre ère. D‘origine indo-européenne, les Thraces étaient organisés en tribus placées chacune sous l’autorité d’un roi et généralement en guerre les unes contre les autres ou contre les peuples voisins ; des conflits qui n’excluaient pas de fructueux échanges, avec les Grecs sur les côtes de l’Egée, les Scythes des plaines pontiques du nord est ou les Celtes installés dans le bassin danubien, voire avec les Perses achéménides qui occupèrent un temps la région. Durant la première moitié du premier millénaire avant J-C, plusieurs grandes tribus, les Gètes, les Triballes, les Besses de la région du Rhodope et les Odryses se partagent le pays, mais ce sont les Odryses qui s’imposent à partir du milieu du Vème siècle avant J-C pour construire le premier grand royaume thrace, dont la civilisation nous est connue grâce aux auteurs grecs et latins mais surtout grâce aux découvertes archéologiques, qui se sont multipliées dans la seconde moitié du XXème siècle. Le grand public parisien a déjà eu l’occasion d’admirer les trésors de Rogozen, de Borovo, de Letnitsa et, surtout, de Panagurichté. Ces trésors d’orfèvrerie sont cependant loin d’être les vestiges les plus significatifs car les fouilles des tertres funéraires entreprises dans la "vallée des rois thraces" , à deux cents kilomètres à l’est de Sofia, ont permis de découvrir des tombes inviolées dont le décor s’est révélé particulièrement riche en informations relatives à l’ancienne société thrace et à ses rois guerriers assimilés à des dieux. C’est non loin de Kazanlak - à l’est de Seuthopolis, la ville fondée à l’initiative du roi Seuthès III – que furent édifiés trois tumuli recouvrant des caveaux en brique qui ont conservé leurs peintures intérieures. Ceux de Krun et de Muglij présentent un dromos aux parois peintes aboutissant à une antichambre et à la chambre funéraire. On voit encore, sur le mur peint en rouge, un bandeau en relief composé de motifs végétaux et une frise faite d’une succession d’amphores et de palmettes. Une troisième tombe a conservé ses remarquables peintures murales. Des cavaliers et des fantassins défilent sur les murs du dromos, tandis que la décoration de la coupole de la tholos à laquelle conduit le couloir d’accès est organisée autour d'une scène faisant face à l’entrée. Un homme coiffé d’une couronne est assis sur un siège bas, devant une table chargée de victuailles destinées au banquet funéraire. A sa droite, une femme lui présente des grenades, nourriture des défunts, alors que son épouse est assise à sa gauche sur un trône en bois délicatement décoré. Deux servantes apportent au souverain une boîte pour sa toilette, un coffret à bijoux et un voile. En arrière, un cocher calme des chevaux attelés à un char que précédent des joueuses de trompette. Réalisé par des artistes grecs, ce décor ne diffère guère de ceux que l’on peut observer dans les tombes macédoniennes de Vergina et de Lefkadia mais son originalité vaut surtout par l’utilisation de la tholos, qui donne une dimension toute particulière à la scène. Celle-ci témoigne de la synthèse qui s’est opérée entre l’art hellénistique et les croyances et les rites funéraires des peuples thraces, au moment de ce que l’on convient d’appeler, à l’orée du IIIème siècle avant J-C, le court moment de la Renaissance odryse, courte séquence placée entre la conquête macédonienne et l’invasion dévastatrice des Celtes du Danube.
Partir en voyage avec Clio
BUL 31 - 8 jours
Des puissantes forêts des monts Rhodope à la plaine du Danube, vous découvrirez ces territoires où se développa dès le troisième millénaire la civilisation des Thraces qui nous laissèrent l'impressionnant ...
Découvrir ce voyage BUL 32 - 12 jours
Un voyage plus « fouillé » que notre circuit classique BUL 31. Petit pays balkanique étendu du Danube aux Rhodopes, mais héritier d’un puissant Etat médiéval qui inquiéta Byzance, la Bulgarie abrite un ...
Découvrir ce voyage Petit État balkanique confronté aujourd’hui à une situation économique difficile et à un bilan démographique des plus inquiétants, la Bulgarie a enduré, ...