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Sculptures rupestres du Dazu
Chine
C'est au sud-est de Chengdu et à quatre-vingt kilomètres à vol d’oiseau à l'ouest de Chongking que le voyageur peut admirer l'un des sites artistiques les plus remarquables de Chine. Découvertes pendant la deuxième guerre mondiale et demeurées inaccessibles aux touristes jusqu'aux années quatre-vingt, les grottes de Dazu (Ta-tsou) n'ont fait l'objet d'un rapport scientifique qu'en 1959 .
Cachées dans un superbe moutonnement montagneux, elles témoignent du dernier grand élan de ferveur bouddhique dans la Chine des Song. L'abondante statuaire dispersée dans cette région (près de cinquante mille œuvres) traduit en effet l'intention du clergé bouddhique de gagner l'adhésion du peuple en offrant à ses regards, à la place du panthéon traditionnel de divinités abstraites auxquelles il était habitué, des figures plus proches de lui, évoquant les travaux et les jours des villageois du temps.
Le prodigieux décor de pierre ainsi réalisé révèle par ailleurs les tendances syncrétiques de l'époque dans la mesure où l'on y voit apparaître une iconographie faisant, certes, référence au bouddhisme, mais aussi au confucianisme et au taoïsme. C'est dans un rayon de vingt kilomètres autour de Dazu que se répartissent les différentes grottes sculptées, mais leur dispersion fait que seuls deux ensembles principaux sont ouverts aux touristes, ceux de Beishan et de Baodingshan.
Ce sont les troubles affectant l'Est de la Chine au cours du VIIIe siècle qui conduisent l'empereur Xuanzong (Hiuan-tsong) à quitter sa capitale, Chang'an, pour aller se réfugier dans le Sichuan, demeuré à l'abri des tumultes du temps. Il y est suivi par de nombreux fidèles et, sans doute, par des artisans et des artistes qui introduisent dans le Bassin rouge les traditions et les savoir-faire de la Chine centrale et orientale. Ce transfert va favoriser la maturation d'un foyer artistique de premier ordre qui connaît son apogée au XIIe siècle, notamment sous le règne de l'empereur Gaozong (Kao-tsong), au moment où la figure du bodhisattva Avalokiteçvara (Guanyin en Chine) domine l'imagerie religieuse. L'originalité du décor de Dazu réside dans «l'humanisation» des figures divines ou princières, si lointaines dans les grottes sculptées de Yun-Kang et de Longmen (dans le Shanxi et le Henan), creusées entre le milieu du Ve siècle et le milieu du VIIIe. Dans la conception nouvelle qui prévaut sous les Song, les figures religieuses traditionnelles, censées exprimer une dignité intemporelle, coexistent avec de véritables scènes de genre valorisant la vie quotidienne.
Au Beishan ou «Colline du Nord» qui se trouve à deux kilomètres de Dazu, c'est l'installation d'un camp militaire qui, à l'extrême fin du IXe siècle, est à l'origine de l'aménagement des premières grottes sculptées, contemporaines de la fin de la dynastie Tang. Poursuivie pendant deux siècles et demi, la réalisation de ce prodigieux décor rupestre fait que les visiteurs d'aujourd'hui peuvent découvrir près de dix mille statues, sculptées dans 290 niches ou grottes alignées sur une falaise de trois cents mètres de long. Des productions marquées par une évolution stylistique qui conduit de statues puissantes ou d'allure menaçante à des représentations valorisant l'élégance des personnages et l'impression de calme et de douceur qui se dégage des scènes figurées. Le joyau du Beishan, auquel on accède après avoir monté cinq cent vingt-cinq marches, est la grotte n°136, dite de «la Roue de l'Univers», avec ses deux bodhisattvas montés respectivement sur un éléphant et un lion. Un peu plus loin, le Guanyin de la grotte 125 est un chef-d'œuvre de la période Song.
A quinze kilomètres au nord de Dazu, le Baodingshan ou «mont du Trésor» rassemble lui aussi une dizaine de milliers de statues dont l'unité de style est due au fait qu'elles on été réalisées en moins de trois quarts de siècle (1176-1249), à l'initiative du célèbre bonze Zhao Zhifeng. L'œuvre la plus spectaculaire est le grand bouddha couché de trente-et-un mètres de long figurant l'entrée du bienheureux dans le Nirvana. Un Guanyin de plus de sept mètres de haut, un dragon à neuf têtes crachant l'eau purifiant le petit prince Cakya Muni et une représentation du « Roi-Lumière-Paon », l'une des manifestations du Bouddha suprême Vairocana, constituent autant de trésors de la grande sculpture chinoise.
Le plus étonnant demeure cependant, à l'ouest de la falaise de Dafowan, la représentation des «Dix enfers de Yama», le dieu de la mort. Une multitude de scènes symbolisent ici les actions ou les conduites condamnables et font penser au décor de certains chapiteaux romans ou à l'art fantastique du plateau tibétain voisin plutôt qu'aux œuvres classiques et raffinées qu'ont réalisées à la même époque les artistes de Hangzhou (Hang thchéou), la brillante capitale des Song du Sud.