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Gaudi à Barcelone
Le Dante de l'architecture
Un art totalement nouveau...
La fin du XIXe siècle et le début du XXe furent marqués par une véritable révolution de l'esthétique en architecture et en art décoratif. Jugendstil en Allemagne, Secession en Autriche, Liberty en Angleterre, Sitle floreale en Italie, Art nouveau en France et Modernista en Espagne et, cependant, même si son œuvre est rattachée à ce mouvement dans les encyclopédies, l'art de Gaudi, qui fleurit à Barcelone, reste unique et inclassable par ses textures, ses couleurs voluptueuses, son inspiration qui ressort à la fois des mathématiques et de la complexité organique et, surtout, par sa totale liberté de formes.

Gaudi
Né en 1852 à Reus, non loin de Tarragone, Antoni Plàcid Guillem Gaudí i Cornet est un pur produit de cette effervescence intellectuelle qui s'était emparée de la Catalogne dans le dernier quart du XIXe siècle. Issu d'une humble famille – son père était chaudronnier –, il entra en 1873 à l'Ecole provinciale d'architecture de Barcelone. En 1878, le directeur de l'école, lui remettant son diplôme, dit, en aparté : « Nous avons accordé le diplôme à un fou ou à un génie. Le temps nous le dira... » A cette époque, Barcelone connaissait un impressionnant développement économique et voyait se constituer une puissante classe moyenne, dotée de moyens financiers conséquents, qui voulait afficher sa réussite par la réalisation de bâtiments originaux. Gaudi commença par réaliser des projets qu'il avait élaborés à l'école, oscillant entre le néo-gothique à la Viollet-Le-Duc et un style victorien plus fleuri que celui de Ruskin.

De la casa Vicens...
Première commande réalisée entièrement par Gaudi, la maison de l'industriel céramiste Manuel Vincens fut édifiée dans le quartier de Gràcia, ancien village en pleine mutation. Jeux de formes et de lumière sur les briques et les pierres, multiplication des azulejos aux couleurs vives, décors en trompe-l'œil, décor floral, arabesques de lierre où sont peints des oiseaux, fer forgé au mouvement ophidien : si l'architectonique de l'édifice reste classique, Gaudi y laisse déjà éclater son génie dans la décoration qui s'inspire librement du style mudéjar recréé à travers le prisme de l'Art nouveau. Ce fut dans le même esprit que Gaudi réalisa ensuite la casa El Capricho puis, à la fin de la décennie 1880, le palais Güell.

... à la casa Batlló...
Au cours de la décennie 1890, Gaudi se tourna vers l'interprétation du gothique, avec la construction du palais épiscopal d'Astorga, puis du baroque avec la villa Calvet, mais, dès le début du XXe siècle, il accomplit une véritable révolution architecturale. Au lieu de faire reposer le poids des structures sur des colonnes verticales, il incline ces dernières pour leur faire absorber les poussées latérales sans l'aide d'arcs-boutants ni de contreforts. Introduisant aussi l'usage de l'acier, il conféra à ses ouvrages une élégance de forme, tout en courbes douces tant à l'extérieur qu'à l'intérieur, qui donne à la casa Batlló puis à la casa Milá, « la Pedrera », une élégance naturelle, presque végétale.

... et à la Sagrada Familia
Gaudi était devenu, en 1910, le flambeau de la Renaixensa catalane. Le chantier d'une grande église, initié par le libraire Josep Maria Bocabella, lui avait été confié dès 1883, mais à partir de 1910, sa construction devint son unique objet. S'affranchissant de toute tradition, Gaudi conçut son œuvre comme un chant mystique par la multiplication des symboles : exubérante façade de la Nativité, austère et poignante façade de la Passion, porte de la Foi, porte de l'Espérance, porte de la Charité... Derrière la luxuriance de l'extérieur se cachent cependant des merveilles de simplicité et d'élégance dans les colonnes hélicoïdales ou elliptiques, inclinées et soulignées de délicats chapiteaux d'où jaillissent de fines ramifications qui soutiennent – ou semblent faire flotter dans les airs – une voûte hyperbolique d'une finesse à faire pâlir les architectes-ingénieurs contemporains. Pour Gaudi, l'architecture était l'Art universel, car le seul dans lequel l'homme peut inscrire sa vie. Gaudi, celui que Monseigneur Ragonesi surnomma le « Dante de l’architecture », savait qu'il ne pourrait achever son œuvre. Le tramway qui le renversa le 10 juin 1926 mit un terme prématuré à sa vie, mais pas à son œuvre, patiemment poursuivie jusqu'à nos jours.
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