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L'Alhambra à Grenade
Espagne
Etendue au confluent du Genil et du Darro, autour de l’éperon rocheux sur lequel se dresse l’Alhambra, Grenade commande sa verdoyante vega, la plaine irriguée enclavée entre la sierra qui la sépare de Jaén au nord et les hauteurs enneigées impressionnantes de la Sierra Nevada au sud. Elle constitue l’un des joyaux du patrimoine ibérique, où se mêlent le souvenir de l’émirat nasride et celui des Rois Catholiques, les palais mauresques de l’Alhambra et les splendeurs baroques de l’Espagne chrétienne. L’ancienne Iliberis ibéro-romaine devint le siège d’un évêché à l’époque de l’Hispania wisigothique. Quand survint la conquête musulmane, Iliberis devint Ilbira (Elvire) mais ce nom fut finalement donné à une cité établie à une quinzaine de kilomètres au nord-ouest et c’est celui d’un petit village voisin, Garnata, qui prévalut. Modeste cité provinciale sous les Ommeyades, la ville comptait de nombreux Juifs dans sa population, d’où le nom de Garnat al Yaoud que lui donnèrent les maîtres musulmans de la région.

Il faut attendre le XIe siècle pour voir s’installer une principauté plus puissante, sous l’autorité d’une dynastie ziride issue du chef berbère Zawi ibn Ziri qui était venu se mêler aux luttes pour le Califat de Cordoue qui préludent, au début du XIe siècle à sa prochaine disparition. Quand Cordoue puis Séville sont reconquises par les Castillans en 1236 et 1248, c’est Grenade et l’émirat nasride qui s’y installe qui apparaissent comme le dernier et puissant vestige d’Al Andalus, cette Espagne musulmane qui contrôla pendant cinq siècles les deux tiers de la péninsule ibérique. Les difficultés des royaumes chrétiens fournissent à l’Islam andalou un sursis qui est mis à profit pour faire de Grenade l’un des plus brillants foyers culturels du monde islamique. La prospérité et le rayonnement du royaume perdurent ainsi pendant deux siècles, jusqu’à ce que les Rois Catholiques fondateurs de l’unité espagnole viennent reprendre la ville en janvier 1492, à l’issue d’une guerre de dix ans, un évènement qui demeure célébré chaque année par les Grenadins. Ferdinand et Isabelle sont inhumés à Grenade et Charles-Quint entreprend d’y construire un vaste palais mais l’étoile de la cité qui avait été la « Damas de l’Occident » pâlit rapidement et c’est une Grenade dont les monuments sont en ruine que redécouvrent à l’époque romantique Chateaubriand, Washington, Irving ou Théophile Gautier. Plus tard, Federico Garcia Lorca chantera la subtilité de son air et les verdoiements de sa vega et la douce mélancolie qu’inspirent les Cours des Lions et des Myrtes mais Grenade, devenue une importante ville universitaire, ne retrouvera son rayonnement passé qu’à travers la mise en valeur de son magnifique patrimoine architectural, des palais de l’Alhambra au monastère de San Jeronimo, des jardins du Generalife à la Capilla Real.