La ville de Vérone
Italie
Patrie d'origine de Paolo Caliari « dit le Véronèse », l'un des grands peintres du Siècle d'or vénitien, Vérone retint l'attention de Goethe, de Stendhal et de Paul Valéry avant de devenir, depuis un demi-siècle, l'une des destinations touristiques les plus prisées d'Italie du Nord. On suppose que la cité a des origines étrusques, mais la région fit partie ensuite de la Gaule cisalpine et c'est après l'invasion dévastatrice des Cimbres, survenue à la fin du IIe siècle avant J.-C. que les Romains commencèrent à s'y imposer.
Située au carrefour de trois routes importantes, la via Postumia, la via Gallica et la via Claudia Augusta, la cité, devenue municipe romain en 49 avant J.-C, revêt rapidement une importance stratégique évidente et, dès la crise du IIIe siècle, elle est fortifiée par l'empereur Gallien pour verrouiller la vallée de l'Adige devenue un couloir potentiel d'invasion. C'est là que, en 489, l'Ostrogoth Théodoric le Grand bat le chef hérule Odoacre qui avait déposé, vingt-trois ans plus tôt, Romulus Augustule, le dernier empereur romain d'Occident.
Devenue un centre important à l'époque des royaumes barbares, elle est reconquise par l'empereur byzantin Justinien, qui fait de Ravenne le centre principal de ses possessions italiennes, mais l'irruption des Lombards d'Alboïn ouvre bientôt une phase nouvelle de l'Histoire italienne avant que la cité ne passe sous l'autorité des Carolingiens, puis des empereurs germaniques. Devenue une commune au XIIe siècle, Vérone est, au sein de la Ligue lombarde, à la pointe de la lutte contre Frédéric Barberousse et prend part à la victoire remportée sur ce dernier à Legnano en 1166. Au siècle suivant, le mariage d'Ezzelino da Romano et d'une fille de Frédéric II de Hohenstaufen ramène la ville dans le camp gibelin, mais c'est la dynastie des Scaliger qui s'impose bientôt et garantit à Vérone une prospérité et une splendeur monumentale qui en font l'une des plus brillantes cités de la Lombardie.
Passée sous l'autorité des Visconti de Milan en 1387, Vérone échoit finalement, en 1405, à la république de Venise qui en fera le centre principal de ses possessions de terre ferme. Demeurée dans le domaine vénitien, elle profite largement, sur le plan économique et culturel de son appartenance à la Sérénissime. En 1797, Bonaparte vainqueur la punira de l'insurrection des « Pâques véronaises » déclenchée contre l'occupant français en l'abandonnant à l'Autriche.
Devenue française en 1805 au sein du royaume napoléonien d'Italie, elle retombe sous la coupe autrichienne dix ans plus tard et c'est là que se tient le congrès de la Sainte-Alliance au cours duquel Chateaubriand, ministre des Affaires étrangères de Louis XVIII, plaide en 1822 en faveur de l'intervention en Espagne pour y mettre fin à la révolution libérale.
Rattachée à l'Italie nouvelle en 1866, en même temps que Venise, la ville connaît ensuite une belle prospérité, mais va souffrir de la seconde guerre mondiale. Après avoir été le théâtre du procès et de l'exécution de ceux qui ont trahi Mussolini (dont son gendre Ciano), elle souffre beaucoup des bombardements alliés et des destructions effectuées par les Allemands en retraite. Un programme de grande ampleur permet cependant une rapide reconstruction et une restauration exemplaire du patrimoine monumental.
L'amphithéâtre romain, l'Arena, est devenu aujourd'hui le lieu où se déroule chaque année l'un des plus grands festivals lyriques européens, fondé en 1913 quand Aïda y fut présentée pour célébrer le centenaire de la naissance de Giuseppe Verdi. Il faut ajouter la basilique San Zeno et son admirable façade romaine, la cathédrale Santa Maria Matricolare, la Piazza degli Signori, avec la façade Renaissance de son palais communal, la Piazza delle Erbe et, enfin, la Casa di Giulietta où, avec beaucoup d'imagination, on peut cultiver le souvenir de l'héroïne chère à Roméo, victime de la lutte opposant les Capuleti aux Montecchi, immortalisée par Shakespeare qui s'inspira de son compatriote Arthur Brooke, qui avait lui-même trouvé le thème de ce célèbre drame chez les Italiens Luigi da Porto et Mathieu Bandello. Le château abrite un musée conservant de nombreuses œuvres majeures, notamment des tableaux de Pisanello, Véronèse et Tiepolo.
Foyer culturel de tout premier plan, Vérone, qui participe tout à la fois aux héritages lombard et vénitien, résume admirablement ce que fut pendant plus de deux millénaires le richissime passé de l'Italie du Nord.