Logo Clio
 
Service voyages
Service voyages
Hattusa, capitale de l’Empire hittite
Turquie
C'est au cœur de l'Anatolie, dans la boucle formée par le Kizil Irmak (l'ancien Halys) que se dressait au IIe millénaire avant J.-C., sur le site actuel de Boghaz Keuy, la capitale de l'Empire hittite, l'une des grandes puissances du Proche-Orient ancien, contemporaine de l'Egypte du Nouvel Empire et des royaumes babylonien et mittanien. Un empire totalement disparu de la mémoire des hommes, ignoré de nos « Anciens » grecs et romains, puis redécouvert presque par hasard au XIXe et au XXe siècle par les archéologues.
Personne ne soupçonnait la présence des ruines d'une capitale ancienne dans cette région peu fréquentée d'Asie mineure quand le Français Charles Texier entreprit en 1834 un voyage qui l'amena à découvrir, à une centaine de kilomètres à l'est d'Angora l'ancienne Ancyre devenue l'actuelle Ankara – une muraille formée de blocs cyclopéens qui dessinait une enceinte de six kilomètres de long. Deux portes monumentales flanquées de bas reliefs figurant des lions ou des hommes d'allure inconnue suscitèrent également sa curiosité, mais il crut avoir affaire à l'ancienne cité romaine de Tavium dont avait parlé Strabon. Pas plus que l'Anglais Hamilton qui s'intéressa au site après lui, il ne songea qu'il s'agissait de ruines d'une capitale vieille de trois mille cinq cents ans. L'étonnement du découvreur fut à son comble après qu'un villageois lui eut indiqué la présence non loin de là, à Yazilikaya, de hauts rochers couverts de bas-reliefs représentant des cortèges divins, vestiges oubliés d'un mystérieux sanctuaire.
Ce n'est qu'en 1880 que l'Anglais Sayce rapprocha ces monuments des « Héthéens » évoqués par la Bible. On retrouvait peu après la trace de ces habitants du Hatti dans les annales assyriennes et dans les archives découvertes à Tell el Amarna, là où se dressait la capitale du pharaon « hérétique » Aménophis IV Akhenaton.
C'est en 1904, à la faveur des excellentes relations entretenues alors par l'Empire ottoman et le Reich wilhelminien, que l'Allemand Hugo Winckler entreprend la fouille systématique de Boghaz Keuy. Sur des tablettes rédigées en akkadien, il découvre la transcription d'un traité conclu au XIIIe siècle avant J.-C. entre Ramsès II et le roi hittite Hattusil III. L'ampleur des archives mises au jour persuade bientôt les spécialistes que le site de Boghaz Keuy correspond à celui de Hattusa, la capitale hittite.
A la veille de la première guerre mondiale, de nouvelles synthèses vont éclairer une Histoire que la traduction, par Bedrich Hrozny, de la langue hittite transcrite en écriture cunéiforme, permet de réintégrer complètement dans celle du IIe millénaire.
Premier empire indo-européen identifié au cours de ces périodes reculées, le Hatti est balayé au tournant du XIIe siècle avant J.-C., quand s'abattent sur le Proche-Orient les vagues d'envahisseurs désignés sous le nom de « peuples de la mer » et, quelques siècles plus tard, c'est aux Phrygiens, aux Lyciens ou aux Lydiens que s'affronteront les Perses ou les Grecs, qui ignoraient complètement le passé ancien de ces régions.
L'Empire hittite n'en avait pas moins produit un art monumental puissant, assez semblable à celui que connaissait à la même époque la Grèce mycénienne. Des ruines qui demeurent, celles des monuments de Hattusa constituent l'ensemble le plus considérable. L'enceinte se composait d'un mur principal et d'un mur secondaire placé en avant. Le mur principal, large de plus de quatre mètres, était formé en fait de deux murs dans l'intervalle desquels était réalisé un remplissage de terre et de pierres ; il était renforcé de tours carrées puissantes dont les côtés mesuraient plus de neuf mètres. On ne peut qu'imaginer le détail de la construction car les vestiges qui demeurent lisibles aujourd'hui ne dépassent jamais deux mètres de hauteur. Trois grandes portes de la capitale hittite ont été dégagées ; elles se composent de deux montants obliques cyclopéens au-dessus desquels un blocage de pierres constitue une voûte grossière.
Des vestiges qui, dans leur rudesse, ne permettent guère d'évaluer ce que fut la puissance et la richesse matérielle et culturelle de cet empire dont la visite du musée d'Ankara révèle les croyances religieuses ou les productions artistiques. Le pèlerinage effectué auprès des ruines de la capitale de cet empire défunt n'en est pas moins essentiel à qui veut imaginer ce que fut, à la charnière des Âges du bronze et du fer, le monde disparu du IIe millénaire avant J.-C.