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La Grèce
La terre où naquit l'Europe
Tout autant qu’une réalité géographique et politique clairement identifiée sur la carte de l’Europe, la Grèce occupe, dans la longue mémoire de la civilisation occidentale, la place d’un véritable mythe fondateur. Elle transcende ainsi ses frontières actuelles et les traces de sa présence demeurent en des lieux aussi divers qu’Agrigente en Sicile, Olbia sur les rivages scythiques de la mer Noire, Ephèse ou Aphrodisias sur les côtes anatoliennes, Alexandrie aux portes de l’Egypte, sans oublier, au cœur de l’Asie centrale, la lointaine Aï Khanoum. Etabli sur les deux rives de l’Egée, puis étendu par une colonisation très ancienne des côtes ibériques à l’avant-poste chypriote avant d’être prodigieusement dilaté par l’aventure d’Alexandre, l’espace grec a ainsi joué un rôle majeur dans les développements de l’Histoire antique et dans les avancées de la civilisation, mais le monde de la Grèce déborde aussi largement, dans le temps cette fois, la longue séquence des siècles anciens, dans la mesure où il se prolonge, un millénaire durant, dans un empire « romain » d’Orient qui est culturellement son héritier, même si son centre de gravité s’est déplacé d’Athènes ou de Corinthe vers les rives du Bosphore. Victime de la poussée ottomane et vaincu de l’Histoire, l’hellénisme n’en survivra pas moins pendant plus de quatre siècles avant de fournir un modèle, au début du XIXe siècle, au réveil des nationalités. C’est une autre aventure qui débute alors, celle d’un petit pays de la périphérie balkanique de notre continent qui, après avoir traversé les soubresauts d’un passé souvent tragique, témoigne toujours – dans les paysages chers à Jacques Lacarrière ou à travers un patrimoine devenu le bien commun de tous les Européens – d’une présence au monde tout à fait exceptionnelle. Installée aujourd’hui aux marges sud-orientales de l’Union européenne, la Grèce est un pays d’importance modeste si l’on considère sa superficie (132 000 kilomètres carrés) et le nombre de ses habitants (11,2 millions), mais, tout comme le petit Portugal placé au sud-ouest du continent, elle a joué, dans l’Histoire de l’Europe et dans la genèse de sa civilisation un rôle majeur et même fondateur. C’est dans ses plaines étroites ouvertes sur la mer et encadrées de puissants reliefs que se constituèrent les cités où furent expérimentés les différents modèles de systèmes politiques que connut ultérieurement l’Europe. C’est là que la pensée s’émancipa de la croyance et du mythe, dans un monde où l’omniprésence des dieux et la crainte qu’ils inspiraient ne purent empêcher l’homme de devenir, selon la formule fameuse de Protagoras « la mesure de toute chose ». C’est là que se forgèrent, dans l’imagination des poètes ou la fureur des combats, les figures héroïques qui, d’Achille au Spartiate Léonidas, déterminèrent l’affirmation du type humain pérennisé par Plutarque. Prodigieux foyer de création et d’innovations politiques, techniques, intellectuelles ou artistiques aux époques archaïque et classique, la Grèce, qui a su conjurer la menace perse et préserver sa fragile autonomie, va, en revanche, assurer elle-même sa perte en basculant dans la suicidaire guerre du Péloponnèse. Elle perdra ensuite son indépendance, mais l’hellénisme triomphant n’en définira pas moins, pour plusieurs siècles, un nouveau modèle de civilisation. Quand viendra la fin de l’Antiquité et quand la religion du Christ supplantera les cultes des anciens dieux, l’esprit de la Grèce se perpétuera dans l’aventure byzantine avant de venir inspirer la Renaissance occidentale. Quand l’Europe redécouvre ses racines helléniques, les terres de l’Attique ou du Péloponnèse écrasées sous le joug turc vont connaître, quatre siècles durant, la nuit ottomane. C’est tout naturellement avec le soutien des meilleurs esprits du temps que le peuple grec, demeuré farouchement fidèle à son identité et conforté par sa foi orthodoxe, parviendra à réaliser la résurrection que l’on sait, sans réussir pour autant à mettre pleinement en œuvre la « Grande Idée » visant au rassemblement de tous les antiques foyers de l’hellénisme que la reprise de Constantinople et de Smyrne aurait symbolisée. Petit pays balkanique aux ressources limitées, la Grèce contemporaine n’en continue pas moins à affirmer une différence puisée dans sa longue Histoire et fortifiée par l’éclatante lumière de Delphes, mais aussi par l’esprit qui souffle sur les hauteurs des Météores et de l’Athos.
« Les Grecs, dans un pays de montagnes et de pierres, ont mené une vie heureuse grâce à l’intelligence qu’ils avaient de l’organisation politique, des techniques et, généralement, de ce qui constitue l’art de vivre… » Ces lignes, écrites au IIe siècle par le géographe Strabon, semblent faire peu de cas du territoire où fleurit la civilisation hellénique et nombreux furent ceux qui ont pensé que les contraintes imposées par une nature peu généreuse ont compté pour beaucoup dans le parcours historique exceptionnel accompli par les Grecs. Mais c’est pourtant en marchant à travers les paysages de ces terres à la fois rudes et avenantes que Jacques Lacarrière recherchait les permanences d’une identité vieille de plus de trois millénaires, et le grand écrivain contemporain Nikos Kazantzakis pouvait affirmer que « le charme et la force ne se sont jamais unis nulle part plus étroitement qu’ici, sur la terre austère et joyeuse de la Grèce. Pour comprendre la Grèce antique, sa pensée, son art, ses dieux, il n’existe qu’un seul point de départ : la terre, la pierre, l’eau, l’air de la Grèce »… Etendu aujourd’hui sur 132 000 kilomètres carrés, le pays se confond avec l’extrémité méridionale de la péninsule balkanique. Ouverte par la mer Ionienne en direction de la Sicile et de l’Italie du Sud, elle est proche des détroits qui, au nord-est de l’Egée, permettent d’accéder à la mer Noire, et son espace insulaire apparaît comme un trait d’union entre l’Europe et l’Asie Mineure. Son avant-poste chypriote la place au contact des côtes syriennes alors qu’il est aisé, à partir de la Crète ou de Santorin – au sud des Cyclades – de se projeter vers les terres africaines où fleurirent jadis les cités de Cyrénaïque. Une position qui prédisposait la Grèce – porteuse, à partir du Ve siècle avant J.-C., d’une civilisation désormais supérieure à celles des anciens empires orientaux – à jouer un rôle majeur en Méditerranée orientale, avant d’engendrer, à la suite des conquêtes d’Alexandre, un nouveau monde allant de l’Alexandrie hellénistique aux vallées de Bactriane et aux rives lointaines de l’Oxus. Largement ouvert sur les mers qui l’entourent, le pays est avant tout montagneux et les plaines « utiles » n’y représentent qu’à peine un cinquième du territoire. Deux grands ensembles commandent l’organisation d’un relief de formation récente : la chaîne du Pinde, qui s’étire depuis le Nord-Ouest vers le sud-est, et les massifs qui occupent l’intérieur du Péloponnèse. Haut de 2 917 mètres et considéré jadis comme le séjour des dieux, l’Olympe constitue le point culminant du pays, aux confins de la Macédoine et de la Thessalie. Des sommets arcadiens aux grottes ouvertes sur les flancs de l’Ida crétois, les montagnes ont longtemps conservé le caractère sacré qu’elles revêtaient pour les Anciens. L’omniprésence d’un relief très accidenté a engendré un cloisonnement géographique qui a naturellement favorisé le morcellement du pays en de nombreuses petites unités régionales dans lesquelles purent s’affirmer autant d’autonomies politiques et c’est de cette mosaïque de territoires indépendants les uns des autres que naîtra le monde des cités dont les espaces réduits héritèrent sans doute des dimensions limitées que l’on peut prêter aux petites principautés de l’époque mycénienne. Certaines de ces cités – Sparte, Athènes, Thèbes – ont semblé, à un moment ou à un autre, en mesure d’imposer leur hégémonie aux autres, mais ces tentatives aboutirent à des échecs et il fallut attendre l’émergence d’une puissance macédonienne extérieure au foyer originel de la civilisation grecque pour que pût se réaliser enfin l’avènement d’un pouvoir centralisé. Les obstacles imposés aux déplacements par le relief ont naturellement valorisé certains points de passage obligés dont le plus célèbre demeure le défilé des Thermopyles, héroïquement défendu contre les Perses par les Spartiates de Léonidas. Dans la longue durée de l’Histoire grecque, la montagne fut ensuite naturellement le refuge de toutes les résistances, le lieu où les klephtes – à la fois guérilleros et bandits d’honneur – maintenaient des espaces de liberté qu’ils avaient su rendre inaccessibles aux occupants ottomans maîtres des villes et des plaines. C’est là que naquit le patriotisme populaire qui rendit possible l’insurrection nationale de la guerre d’indépendance. C’est là également, sur ce terrain difficile, que les Grecs, contre toute attente, parvinrent à repousser, en 1940 et 1941, les forces italiennes, pourtant très supérieures en effectifs et en moyens, qui tentaient d’envahir le pays. Les rares plaines cultivables présentant une certaine étendue se trouvent, en partant du nord, le long de la côte thrace, en Macédoine, en Thessalie et en Béotie. Les possibilités agricoles de l’Attique apparaissent, en revanche, bien limitées et les quelques plaines littorales du Péloponnèse sont de dimensions trop réduites. Dès l’Antiquité, les Grecs furent donc confrontés à la sténochoria, cette absence de terres cultivables qui les conduisit tout naturellement à partir chercher fortune ailleurs, vers le Far West sicilien ou vers les rivages du Pont, notre actuelle mer Noire. Tout comme la montagne, la mer est omniprésente dans le paysage grec et aucun point du pays n’en est éloigné de plus de cent kilomètres. Les côtes sont extraordinairement découpées, multipliant anses et baies qui furent souvent des repaires de pirates. Le littoral se déroule sur près de 15 000 kilomètres, soit plus de quatre fois la longueur des côtes françaises, pour un pays dont la superficie est plus de quatre fois inférieure à celle du nôtre. L’existence d’une Grèce insulaire, formée d’innombrables îles réparties entre la mer Ionienne et la mer Egée, accentue évidemment le caractère maritime de l’Hellade. Au nord-ouest, les îles Ioniennes – qui deviendront l’Heptanèse, enjeu géopolitique majeur entre Angleterre, France et Russie à la charnière des XVIIIe et XIXe siècles – comprennent, entre autres, Corfou (l’ancienne Corcyre), Leucade, Céphalonie, Zante et Ithaque, la légendaire patrie d’Ulysse. Dans l’Egée, deux terres plus imposantes, l’Eubée et la Crète, s’étirent respectivement sur 180 et 250 kilomètres de longueur alors qu’une multitude d’îlots ne sont que de gros rochers affleurant à la surface de la mer. Du côté de la Grèce continentale, on rencontre successivement, du nord au sud, les îles proches des côtes de Thrace ou de Chalcidique – Thasos, Samothrace et Lemnos –, les Sporades – Skiathos, Skopélos, Alonissos et Skyros – qui font face aux côtes thessaliennes, l’Eubée, séparée du continent par le long et étroit canal de l’Euripe, enfin les Cyclades, qui doivent leur nom au cercle qu’elles forment autour de Délos, l’île sacrée d’Apollon. On y trouve Andros, Tinos, Mykonos, Naxos, Paros ou Santorin, île volcanique dont la destruction, au IIe millénaire avant J.-C., a peut-être contribué à la genèse du mythe de l’Atlantide. Au sud, l’immense Crète est dominée par le mont Ida, haut de 2 500 mètres et, lui aussi, ancien séjour des dieux. Dans la partie orientale de l’Egée, Lesbos, Chios et Samos font directement face aux côtes de l’Asie Mineure toute proche alors qu’au sud, Pathmos, Cos, Rhodes et Carpathos sont les terres les plus importantes de l’archipel du Dodécanèse. Un espace insulaire qui fait ici l’objet de vives contestations avec la Turquie voisine, mécontente des frontières nées d’une Histoire conflictuelle qui ignore, selon le gouvernement d’Ankara, le tracé du plateau continental. Au-delà des pittoresques maisons blanchies à la chaux auxquelles se résume l’image touristique de la Grèce insulaire, celle-ci présente en réalité une très grande diversité. La nature rocailleuse et aride des Cyclades contraste ainsi avec celle des îles Ioniennes mieux arrosées et beaucoup plus fertiles. Le régime des vents crée également des conditions de navigation plus ou moins favorables selon les régions et les saisons. La pauvreté du sol a pu être compensée, dans certains cas, par les richesses qu’il recélait en ses entrailles, ainsi en va-t-il de l’obsidienne de Milo, du marbre de Paros, du marbre, de l’or et de l’argent de Thasos… C’est dans ce monde insulaire dans les Cyclades et en Crète, que se développèrent, dès le IIIe millénaire et le début du IIe avant J.-C., les premières grandes civilisations régionales. Ces îles passèrent ensuite sous le contrôle des puissances établies sur le continent, notamment sous celui d’Athènes à l’époque de la Ligue de Délos. Elles connurent ultérieurement des destinées diverses : certaines, comme la Rhodes de l’époque hellénistique parvenant à affirmer leur autonomie et à s’imposer comme des acteurs majeurs de l’Histoire du temps, d’autres connaissant les dominations successives de Rome, de Byzance, de Venise puis de l’Empire ottoman, avant d’être, enfin, au prix de luttes prolongées, rattachées à la Grèce, ressuscitée au cours du douloureux XIXe siècle. Méditerranéen, le climat est marqué par un vif contraste entre des étés torrides et des hivers doux et pluvieux, mais Hérodote a pu se féliciter que son pays « ait reçu en partage les saisons de beaucoup les mieux tempérées. » Terre, mer et climat ont tout naturellement déterminé les principales activités de l’homme grec. Devenu marin par nécessité plutôt que par vocation, il est avant tout un paysan dont la vie s’inscrit dans le rythme des saisons, le paysan auquel s’adresse Hésiode dans Les Travaux et les Jours, véritable calendrier présentant la succession, au cours de l’année, des diverses activités agricoles. Il faut ajouter à la culture des céréales, de la vigne et de l’olivier, la production de miel, celle de viande de mouton et de porc et celle du lait des chèvres pour compléter le catalogue des ressources disponibles, mais les bovins sont rares faute de pâturages suffisants et seule la Thessalie est réputée pour l’élevage des chevaux. Les forêts montagnardes procurent le bois nécessaire à la construction des maisons paysannes et à celle des navires, alors que l’argile favorise le développement de la production céramique. La qualité des marbres des Cyclades ou du Pentélique, l’abondance des calcaires du Parnasse ont permis, par ailleurs, le développement de la brillante architecture des temps archaïques et classiques. Le cuivre de Chypre et l’argent de Siphnos ou des mines du Laurion proches d’Athènes ont également pris leur part dans le développement de l’artisanat et des échanges ou dans la fortune de la cité de Pallas. Le poisson ou le murex dont on extrait la pourpre utilisée pour la teinture des tissus, étaient fournis par la mer toujours proche, un espace sur lequel les anciens Grecs hésitaient à se lancer, préférant souvent la pratique d’un prudent cabotage à la navigation en haute mer. Les expériences accumulées depuis le IIIe millénaire par les thalassocraties des Cyclades et de Crète, tout comme la nécessité d’aller chercher au loin les terres nécessaires à leur existence ont cependant favorisé l’essor d’un commerce maritime indispensable à l’importation des blés et à l’exportation du vin ou de la céramique. Présents sur une terre aux ressources limitées, fréquemment affectée par des séismes dévastateurs, contraints de se tourner vers les horizons marins pour aller coloniser des terres plus vastes et plus fertiles et pour établir les relations d’échanges nécessaires aux progrès de leurs cités, les anciens Grecs ont su relever avec succès les défis auxquels ils étaient confrontés et c’est sans doute dans cet effort continu qu’il faut rechercher la source de l’énergie et de l’esprit d’innovation qu’ils manifestèrent pendant de longs siècles, en ouvrant ainsi de nouvelles perspectives au développement de la civilisation humaine.
 
A partir du Paléolithique moyen : Quelques sites (abris sous roche, grottes, campements temporaires) témoignent de la présence de chasseurs. On les trouve en Thessalie, en Epire (Kokkinopilos, Kastritsa), en Eubée ou encore dans le Péloponnèse où la découverte d’obsidienne provenant de l’île de Mélos (ou Milo) témoigne de la pratique de la navigation au cours de ces époques très anciennes. Mésolithique (8000-6500 av. J.-C.) : La multiplication des petits outils lithiques laisse supposer l’apparition des premières pratiques agricoles. Le site de Franchthi, en Argolide, offre un exemple exceptionnel d’une occupation continue, du Paléolithique au Néolithique. Néolithique (6500-3300 av. J.-C.) : Apparition de sites nouveaux (Dimini et Sesklo en Thessalie, Dikili Tash en Macédoine, Lerne dans le Péloponnèse), caractérisés par une abondante industrie lithique et osseuse, l’élevage de chèvres et de moutons, la culture de céréales. La zone la plus peuplée est alors la Thessalie. Dans le Sud de la Grèce se développe le pastoralisme. On suppose qu’il s’agit d’un Néolithique importé du Proche-Orient. C’est à cette époque également que sont colonisées les îles de l’Egée : le site de Cnossos en Crète est occupé dès 6500, les Cyclades et la plupart des îles du Dodécanèse ne semblent être habitées qu’à partir du Néolithique récent (4800-3800 av. J.-C.). IIIe millénaire av. J.-C. : Age du bronze (aussi appelé « Helladique » pour la péninsule balkanique et Minoen pour la Crète), que l’on connaît par des sites tels que Lerne en Argolide, Lefkandi en Eubée, Thèbes, Tirynthe, la Crète, les Cyclades (Phylakopi à Mélos, Irini à Kéos) et, de façon générale, par les régions côtières de l’Egée. La culture des céréales s’élargit avec l’apparition, localement, de la vigne et de l’olivier. L’araire remplace la houe. L’extension des cultures apparaît comme la cause et la conséquence de l’expansion démographique. L’habitat laisse deviner une amorce d’organisation sociale plus hiérarchisée : à Lerne, dans le golfe de Nauplie, la maison des Tuiles, rectangulaire et flanquée de corridors supportant des escaliers conduisant à un étage, semble correspondre à la résidence de l’élite locale. Dans le Nord-Est égéen, des sites comme ceux de Poliochni à Lemnos et de Thermi à Lesbos ont révélé les premiers établissements fortifiés connus dans le monde grec. La découverte d’innombrables sceaux permet d’imaginer un système de redistribution de ressources à partir d’un centre administratif. On note également l’apparition des grandes tombes circulaires (tombes à voûte de la Messara en Crète). Cette période est caractérisée par la céramique dite « d’Urfiniss ». Milieu du IIIe millénaire av. J.-C. : Vers 2300, dans les Cyclades, en Argolide, des destructions quasi systématiques (Lerne, Myrtos) semblent signaler l’arrivée d’envahisseurs dont les territoires d’origine (Russie méridionale, Croissant fertile, plateau anatolien…) demeurent l’objet de bien des débats. On retrouve ainsi des traces linguistiques dans des toponymes « préhelléniques » ou « égéens » inexplicables en grec. Vers 2000 av. J.-C. : Premières formes palatiales en Crète. On ne sait s’il s’agit là d’un processus d’imitation de formes extérieures – identifiées notamment en Asie Mineure sur des sites tels que celui de Beyce Sultan – ou d’un développement local spontané. Vers le XVIIe siècle av. J.-C. : La philologie comparée permet de dégager les principaux traits d’une société patriarcale, fortement organisée, tirant l’essentiel de ses ressources de l’élevage. La religion est marquée par une distinction tripartite et trifonctionnelle se retrouvant dans la société humaine. Les premiers sanctuaires célébrant des divinités ouraniennes apparaissent, différents des cultes chtoniens de la Méditerranée. Apparition du cheval et développement de la poterie « minyenne » et de l’usage du tour, nouveau en Grèce continentale. Vers 1700 av. J.-C. : Destruction générale des sites crétois, entraînant l’édification des seconds palais (Cnossos, Phaistos, Mallia et Zakros). Vers 1650 av. J.-C. : Eruption de Santorin. L’activité intense du volcan, contemporaine de la disparition de la civilisation minoenne, contribuera à l’élaboration du fameux mythe de l’Atlantide. Vers 1600-1500 av. J.-C. : Apogée du palais crétois de Cnossos et de l’emprise minoenne sur la Méditerranée orientale, ce qui laisse imaginer l’existence d’une véritable thalassocratie dont rend peut-être compte le mythe de Thésée et du Minotaure. L’Histoire de la Crète, notamment dans sa phase minoenne, est présentée de manière approfondie dans la chronologie de Clio consacrée à cette île.
 
Seconde moitié du second millénaire av. J.-C. : Début de la Grèce mycénienne. Sur le continent, essentiellement en Messénie, en Argolide et en Béotie, débute l’époque mycénienne (aussi appelée Helladique récent) dont l’apogée se situe autour de 1450-1180, avec les palais de Pylos, Mycènes ou encore Tyrinthe. On y retrouve une forte influence de la Crète minoenne, ce qui a poussé l’archéologue Arthur Evans à imaginer une invasion de la Grèce par les Crétois, une idée abandonnée aujourd’hui. Car, s’il est vrai que les caractéristiques de l’artisanat permettent de parler de « crétisation de la Grèce », on retrouve aussi dans la péninsule une réelle influence nordique (utilisation de l’ambre, goût pour les casques décorés de dents de sangliers…) propre aux Achéens, ces nouveaux « Grecs » venus des Balkans. Ils sont peu nombreux et leur invasion n’entraîne pas de réelle coupure archéologique : ils s’emparent du pouvoir et leur importance politique et sociale est telle que c’est sous ce terme qu’Homère désignera l’ensemble des Grecs qui combattront devant Troie. La civilisation achéenne est connue grâce aux fouilles menées à Mycènes, Tyrinthe, Pylos, Coracou (près de Corinthe), Asiné et Midéa en Argolide. Elles ont fourni une énorme documentation archéologique, notamment d’importantes archives, sous forme de tablettes rédigées en linéaire B, une écriture apparentée au linéaire A, que M. Ventris et J. Chadwick parviendront à déchiffrer en 1953. La Grèce semble alors morcelée en un grand nombre de royaumes, les plus puissants se situant dans le Péloponnèse (Mycènes, Argos et Tyrinthe, Pylos, Lacédémone…). C’est ce qui ressort notamment du fameux catalogue des vaisseaux du chant II de l’Iliade, dont il faut néanmoins user avec précaution. L’impression de puissance qui émane des ruines de Mycènes et de ses fameux murs cyclopéens laisse penser que tous devaient admettre l’hégémonie de la cité que la légende attribuera à Agamemnon. Contrairement aux édifices minoens, les palais mycéniens sont en effet puissamment fortifiés. Ils diffèrent également par leur type architectural. Au labyrinthe crétois s’oppose là un ensemble plus simple, clairement ordonné (megaron tripartite), assurant lui aussi un rôle de centre administratif et de production : y étaient pratiquées les activités artisanales et la perception de prélèvements fiscaux en nature dont la circulation était strictement contrôlée par un système de scellés. Cette société est dominée par une aristocratie guerrière dont on retrouve l’éclat dans la richesse des armes découvertes, dans l’iconographie, mais aussi dans les tombes (à fosses tout d’abord, à chambres avec accès par un couloir – le dromos – et, enfin, à coupole, ou tholos). Vers 1450 av. J.-C. : Les Achéens semblent s’emparer définitivement de la Crète : la plupart des palais sont détruits, à l’exception de celui de Cnossos où s’installe jusque vers 1375 av. J.-C. une administration mycénienne (les archives y sont rédigées en grec). De façon générale, l’expansion achéenne s’étend à l’ensemble de la Méditerranée orientale : on en retrouve des traces à Rhodes ou encore à Chypre. Fin du XIIIe siècle av. J.-C. : C’est à cette époque que les Grecs plaçaient la guerre de Troie, considérée comme l’événement fondateur de leur histoire puisqu’elle avait été, selon Thucydide, la première manifestation de leur unité. Sous la houlette du roi de Mycènes, une expédition navale aurait alors été menée contre la riche cité contrôlant le Nord-Ouest de l’Anatolie, au voisinage des Détroits. Il faut lier cette tradition (que les données archéologiques ne confirment pas exactement) à l’expansion achéenne contemporaine : le monde mycénien était ainsi devenu le maillon central du commerce qui, depuis la Sardaigne jusqu’à Chypre, reliait les deux bassins de la Méditerranée. Les marins fondaient alors des comptoirs tout en pratiquant des razzias et autres actes de piraterie. La guerre de Troie ne serait alors qu’un raid de pillage plus important que les autres. La trace de l’événement se situerait au niveau archéologique de Troie VIIa et non à celui de Troie II où Schliemann découvrit le fameux « trésor de Priam », contemporain, en réalité, de la fin du IIIe millénaire av. J.-C. XIIe siècle av. J.-C. : Alors que l’ensemble de l’Orient méditerranéen est bouleversé par les invasions des Peuples de la mer, les palais mycéniens sont détruits. La légende explique cette rupture par l’irruption de nouveaux envahisseurs, les Doriens, interprétée comme le retour des Héraclides, les fils d’Héraclès. Cette théorie permettra pendant longtemps d’expliquer les différences de dialectes en Grèce, l’hostilité entre Sparte et Athènes, le passage à l’âge du fer, la naissance de la cité… Aujourd’hui, les spécialistes estiment que le fer existait déjà dans le monde achéen, mais que son travail était plus difficile. La langue, le dorien, ne serait que l’évolution naturelle du mycénien parlé. Quant à la disparition des centres mycéniens, elle n’aurait pas été brutale mais progressive, et ce, pour des raisons plus complexes qu’une invasion massive. Des phénomènes naturels (un séisme à Tirynthe par exemple) semblent avoir aggravé une crise majeure de l’organisation politico-sociale. L’effondrement aurait été progressif. Ainsi, si certains s’appuient sur une irruption dorienne modifiant la structure ethnique et linguistique, chassant une première vague de colons vers l’Egée et l’Asie Mineure, d’autres ne voient dans ce nouveau peuple que la masse servile locale qui se serait révoltée contre un système trop rigide. Milieu du XIIe siècle - VIIIe siècle av. J.-C. : Après la chute des palais mycéniens s’étend une longue période de transition que l’on appelle « les âges obscurs ». Obscurs, car cette époque semble avoir été sombre et difficile pour les populations confrontées, semble-t-il, à une violence endémique. La civilisation semble même marquer un retour en arrière, un déclin, dans des domaines que maîtrisaient bien les Mycéniens, comme l’architecture, l’agriculture ou encore l’écriture. Il n’existe plus ainsi de documents écrits en Grèce propre. Obscurs également, car ces temps visiblement troublés n’ont laissé que peu de traces exploitables pour l’archéologie : la crémation succède à l’inhumation et le retour à une économie de subsistance a laissé peu de traces. Mais c’est pourtant durant cette période incertaine que se préparent les mutations majeures du monde hellénique et la liaison entre, d’une part, le pouvoir palatial et la société hiérarchisée de la période mycénienne et, d’autre part, les structures des Etats-cités archaïques, la redéfinition des aristocraties et les nouvelles pratiques religieuses. 1180-1065 av. J.-C. : Les sites mycéniens se font de plus en plus rares, les populations se dispersent à la faveur de mouvements centrifuges. Parfois, de nouveaux regroupements s’opèrent : ce seront les premiers synoecismes. Les différentes régions du monde grec sont isolées en raison de la détérioration des communications internes et de la rareté des liaisons avec l’extérieur, jusqu’en 800 environ. Vers 1100 av. J.-C. : Début de l’âge du fer en Grèce. Vers 1000 av. J.-C. : La tombe de Lefkandi, en Eubée, laisse penser que les communautés étaient alors dirigées par des chefs aristocratiques locaux, formant une oligarchie politique et militaire. Fin XIe-Xe siècle av. J.-C. : Des vagues d’immigrants venus de Grèce s’installent sur la côte occidentale de l’Asie Mineure, constituant ainsi la Grèce d’Ionie. Xe-VIIIe siècle av. J.-C. : Période géométrique, caractérisée par l’utilisation d’un tour de potier plus rapide et par un décor fait de motifs figurant des demi-cercles ou des cercles concentriques, que l’on trouve notamment en Attique, en Eubée et en Argolide. Ce style serait né à Athènes (quartier du Céramique) et témoigne de l’importance nouvelle prise par l’Attique dans le monde grec. Vers 800 apparaissent des décors figurés (chevaux, oiseaux, guerriers) et la céramique est diffusée hors de Grèce, jusqu’en Syrie du Nord, à l’embouchure de l’Oronte. De façon plus générale, les IXe et VIIIe siècles sont marqués par le retour de la stabilité et d’une certaine prospérité, ainsi que par un renouveau de l’agriculture et par un essor démographique. Les communautés paraissent soucieuses de s’enraciner dans un territoire que les tombes des héros locaux vont bientôt délimiter. Vers 800 av. J.-C. : Création de l’alphabet grec, de 24 signes, à partir de l’écriture phénicienne à laquelle ont été rajoutées des voyelles. IXe-VIIIe siècles av. J.-C. : Composition définitive dans le monde ionien des poèmes homériques, en hexamètres dactyliques, dans un langage dit « formulaire ». Ils sont l’œuvre d’un aède ou rhapsode (c’est-à-dire le « couseur », amalgamant divers morceaux originairement indépendants au gré de ses récitations) que tous les Anciens, de façon unanime, considèrent comme le père de ces épopées : Homère. En réalité, l’Iliade est antérieure à l’Odyssée. L’Iliade (traitant de la colère d’Achille durant la guerre de Troie) et l’Odyssée (exploitant le thème des errances d’Ulysse, du voyage de Télémaque et du massacre des prétendants) évoquent une société héroïque dont on a démontré les contradictions. Ces poèmes ne dépeignent en réalité ni le monde mycénien ni les siècles obscurs ni même le VIIIe siècle, mais un monde imaginaire que seule une lecture stratigraphique peut permettre d’approcher avec justesse. Ces poèmes, mis par écrit au VIe siècle seulement, vont façonner les esprits et les âmes des Grecs : les enfants y apprendront à lire, les adolescents à penser et leurs aînés à vivre. Entre 850 et 750 av. J.-C. : Apparition des premiers temples, à l’architecture encore très sommaire. Dans un ex-voto de l’Heraion d’Argos apparaît un édifice quadrangulaire, à toit à double pente, précédé d’un portique à toit plat qui n’est pas encore bien incorporé au bâtiment. Notons que depuis 1000 av. J.-C. environ, la religion grecque a beaucoup évolué : les puissances chthoniennes ont perdu de leur importance au profit de divinités comme Zeus ou Apollon, et, de façon générale, les dieux prennent plus de poids par rapport aux déesses. Milieu du VIIIe av. J.-C. : Naissance en Béotie d’Hésiode, un rude paysan qui va se faire poète, car les muses « lui apprirent un beau chant alors qu’il faisait paître ses agneaux au pied de l’Hélicon divin » (Théogonie, 22-23). La Théogonie chante les générations des dieux que le poète tente de hiérarchiser. Quant aux Travaux, ils évoquent le monde des hommes, le cycle des saisons et les conseils moraux qui doivent présider aux actions de ceux qui veulent rester en harmonie avec leurs dieux. Notons que cet effort de rationalisation d’un panthéon jusque-là très confus participe à la mise en place du polythéisme grec traditionnel et de ses rituels. Milieu du VIIIe siècle av. J.-C. - fin du VIe siècle av. J.-C. : La Grèce archaïque des Etats-cités. L’arrivée, en plusieurs groupes distincts, des envahisseurs doriens et la fin des royaumes mycéniens ont entraîné un véritable émiettement politique que la géographie de la Grèce a assurément renforcé. Apparaît alors un type beaucoup plus restreint de groupement humain : la « polis », c’est-à-dire la cité, une communauté autonome inscrite sur un territoire. C’est à cette époque que se définissent en effet les cités qui resteront identiques jusqu’à la fin de l’indépendance de la Grèce et dont les problèmes internes et les relations conflictuelles vont constituer la trame des époques archaïque et classique jusqu’à ce que la tutelle macédonienne ne mette fin à leur indépendance. En dépit de l’éclatement politique et de la diversité des histoires particulières s’ébauchent alors une civilisation spécifique et une réelle conscience panhellénique. 776 av. J.-C. : Création des jeux Panhelléniques d’Olympie dont la récurrence, tous les quatre ans, allait servir de comput aux Grecs. 754 av. J.-C. : Première liste des éphores (cinq magistrats dotés de l’essentiel du pouvoir et contrôlant les rois) à Sparte. A Athènes, au même moment, début des magistratures décennales puis annuelles. 750 av. J.-C. : Fondation d’Erétrie en Eubée. 747 av. J.-C. : Installation de l’oligarchie des Bacchiades à Corinthe. Milieu duVIIIe siècle av. J.-C. : Alors que, depuis 800 environ, toute la côte occidentale de l’Asie Mineure est grecque, les habitants de la péninsule hellénique se tournent vers l’Occident. A l’origine de cette colonisation, on trouve le régime social des cités et la prépondérance de l’aristocratie des génè, les clans. Bon nombre de paysans préfèrent émigrer. D’abord anarchique, le phénomène est rapidement encadré par les cités elles-mêmes, qui y gagnent le statut de métropoles. Ce sont elles, en effet, qui dotent les expéditions de chefs – les oecistes – et de lois, après la bénédiction de l’oracle de Delphes. Ainsi, en 750, les Grecs fondent Cumes en Campanie, contrôlent bientôt le détroit de Messine et s’installent en Sicile, à Naxos ou encore Syracuse. Vers 740-720 av. J.-C. : Première guerre de Messénie. La conquête de la région ne sera achevée par les Spartiates qu’en 682. Vers 700 av. J.-C. : Colonisation de la Chalcidique – la péninsule fermant, à l’est, le golfe de Salonique – par les Chalcidiens d’Eubée qui y fondent une trentaine de colonies, mais la ville de Potidée y est une création des Corinthiens. VIIe siècle - VIe siècle av. J.-C. : L’essor des cités définit de nouveaux enjeux politiques. C’est à cette époque que se développe la phalange hoplitique qui élargit la fonction guerrière à tous les citoyens. La première représentation figurée de ce nouveau mode de combat collectif, à rebours des pratiques homériques, date de 640 av. J.-C. (vase Chigi). Il s’agit d’une formation de fantassins, serrée et profonde de plusieurs rangs, organisée pour l’attaque frontale et la résistance au choc de l’adversaire. Elle donne à voir une solidarité exceptionnelle entre soldats. On y retrouve le principe de parité qui devait devenir la base du système démocratique d’Athènes. 685 av. J.-C. : A Athènes, début de la liste des archontes, les magistrats temporaires choisis au sein de l’aristocratie. Vers 680 av. J.-C. : Les Grecs commencent à utiliser la monnaie, apparue précédemment en Lydie. Elle ne se répand véritablement que vers le milieu du VIe siècle. Chaque cité frappe alors sa propre monnaie. Vers 530-525 apparaissent les fameuses monnaies d’Athènes frappées de la chouette, l’attribut d’Athéna, la « déesse aux yeux pers » protectrice de la cité. 675-625 av. J.-C. : Développement de la céramique attique dite « orientalisante ». Milieu du VIIe siècle - fin du VIe siècle av. J.-C. : Epoque des tyrannies de Cypselos à Corinthe (657), de Pheidon à Argos (650-630), de Cylon à Athènes (635), de Clisthène à Sicyone (610-580), des Pisistratides à Athènes, de Polycrate à Samos… Ce phénomène politique, que l’on retrouve aussi en Grande Grèce et en Sicile, témoigne du besoin impérieux de résoudre le problème de l’inadaptation de la cité aux mutations d’ordre économique, social et militaire alors en cours. Il permet d’apaiser momentanément les tensions au sein du corps civique par la mise en place d’un gouvernement autoritaire, exercé par un seul avec le soutien de la masse hostile au pouvoir aristocratique traditionnel. 657 av. J.-C. : Fondation de Byzance. Vers 630-620 av. J.-C. : A Athènes, archontat de l’Alcméonide Mégaclès qui est à l’origine de la souillure religieuse qui affecte l’ensemble de sa descendance, car il fait exécuter sur l’Acropole le conspirateur Cylon qui s’était placé sous la protection d’Athéna. 621 av. J.-C. : La législation de Dracon à Athènes substitue un droit écrit à la coutume et l’autorité des tribunaux aux vengeances privées. De façon générale, la fin du VIIe siècle est marquée par une intense activité législative (loi de Dréros en Crète et de Lycurgue à Sparte…) et par la réalisation d’inscriptions monumentales car, désormais, la loi est commune à tous. Vers 600 av. J.-C. : Début de la céramique à figures noires. VIe siècle av. J.-C. : Cette période voit la naissance, dans les cités de la côte ionienne, de la philosophie grecque. Ses premiers représentants sont les « Présocratiques », parmi lesquels on retient les Milésiens Thalès, Anaximandre et Anaximène, Xénophane de Colophon et Héraclite d’Ephèse, Parménide d’Elée et son disciple Zénon (comme beaucoup de philosophes ioniens, Parménide partira s’installer en Grande Grèce), Anaxagore de Clazomènes, Pythagore et Démocrite d’Abdère, le premier théoricien de l’atomisme. Tyran-philosophe d’Agrigente en Sicile grecque, Empédocle est le seul des penseurs de cette génération qui ne soit pas originaire d’Ionie. 594 av. J.-C. : Archontat de Solon à Athènes. Il amnistie les bannis, résout la crise agraire en abolissant les dettes et la contrainte par corps et jette les fondements de la constitution démocratique de la cité. 561 av. J.-C. : Etablissement de la tyrannie des Pisistratides à Athènes. Alors que la cité est divisée en deux factions (les Eupatrides, les aristocrates, contre les commerçants, « ceux de la côte »), Pisistrate s’appuie sur les paysans pauvres et les petites gens. Son pouvoir est rapidement contesté et il devra s’exiler à deux reprises (en 556-551 et vers 549) avant de revenir en 538. C’est néanmoins une époque de stabilité et de prospérité, marquée par le développement de fêtes comme les Panathénées et les Dionysies. Vers 550 av. J.-C. : Premières korai de l’Acropole d’Athènes. 546-540 av. J.-C. : Conquête de l’Asie Mineure et des cités d’Ionie par les Perses. 534 av. J.-C. : Création d’un concours de tragédie à Athènes. Vers 530 av. J.-C. : Début de la céramique à figures rouges. 527 av. J.-C. : Mort de Pisistrate. Hippias et Hipparque, ses fils, exercent conjointement le pouvoir. 520-489 av. J.-C. : Cléomène Ier, roi de Sparte. 514 av. J.-C. : Hipparque est assassiné par deux aristocrates, Harmodios et Aristogiton (les « tyrannoctones »), qui deviennent les héros de la démocratie. 510 av. J.-C. : Suite aux menées de l’Alcméonide Clisthène et du roi de Sparte, Hippias perd le pouvoir et fuit en Asie Mineure où il servira désormais les Perses. 508-507 av. J.-C. : La rivalité qui oppose, à Athènes, Isagoras à Clisthène entraîne l’intervention malheureuse du Spartiate Cléomène. Réformes démocratiques de Clisthène.
 
Dès la fin du VIe siècle avant J.-C., les Grecs d’Ionie doivent compter avec l’émergence en Orient d’une lourde menace pour leur indépendance. Puissamment organisé par la dynastie achéménide, l’Empire perse étend en effet ses conquêtes des rives du Nil aux frontières de l’Inde et, une fois soumis le plateau anatolien et détruit le Royaume lydien, les nouveaux maîtres de l’Orient vont entreprendre d’imposer leurs volontés au monde grec, ce qui va engendrer les guerres médiques, moment fondateur de l’Histoire grecque, dans la mesure où elles vont réunir pour un temps les cités, jusque-là divisées, contre l’ennemi commun. 499-493 av. J.-C. : En Asie Mineure, révolte ionienne contre les tyrans locaux maintenus au pouvoir par les Perses. En Europe, seule Athènes et Erétrie répondent à l’appel d’Aristagoras de Milet par l’envoi de bateaux. En 498, Sardes est incendiée, y compris le temple de la grande-déesse mère anatolienne, Cybèle. Défaits une première fois à Ladè en 494, les Ioniens sont définitivement battus lors de la prise de Milet. 491 av. J.-C. : Le Grand Roi Darius demande aux Grecs d’Europe « la terre et l’eau », un signe de soumission symbolisant l’entrée dans l’ordre perse, ce que de nombreux insulaires acceptent. 490 av. J.-C. : Première guerre médique. Hérodote la présente comme une expédition punitive contre Athènes coupable d’avoir incendié Sardes. Les Perses cherchent en réalité à assurer leur domination dans la région des Détroits et en mer Egée. Miltiade permet aux Athéniens de remporter la victoire de Marathon contre les Perses de Darius. Cette confrontation avec les Barbares participe à la prise de conscience par les Grecs de leur propre identité. Remportée par les seuls hoplites Athéniens (assistés de quelques Platéens), la bataille de Marathon ne manque pas de susciter l’exaltation de la cité et de sa population. 487 av. J.-C. : Le tirage au sort des archontes rend plus accessible la magistrature suprême ; premier ostracisme, permettant d’exiler, par un vote écrit et secret, toute personnalité politique susceptible de prendre un trop grand ascendant sur la foule et donc de menacer la démocratie. 486 av. J.-C. : Mort de Darius Ier. Xerxès lui succède. 483 av. J.-C. : A Athènes, une loi navale crée une flotte civique. Il est désormais possible d’associer à la défense de la cité les citoyens qui n’ont pas les moyens de se payer l’armement hoplitique, les thètes. Ils constituent dès lors un important réservoir de rameurs. Cette mesure est l’œuvre de Thémistocle, qui s’était opposé à Aristide, un des hommes de Marathon. La construction de la flotte sera financée par l’exploitation des mines d’argent du Laurion et par la mise en place des liturgies, charges fiscales pesant sur les citoyens les plus riches pour permettre la construction et l’armement des trières. 481 av. J.-C. : Une alliance panhellénique, placée sous l’autorité de Sparte, est scellée pour faire face à la nouvelle invasion perse qui se prépare. 480 av. J.-C. : Début de la deuxième guerre médique. Les Perses envahissent la Thrace, la Thessalie et la Macédoine. Ils franchissent les Thermopyles en dépit de l’héroïque résistance des Spartiates de Léonidas, s’emparent d’Athènes, dont la population s’est réfugiée sur les bateaux de la flotte (suite à l’interprétation par Thémistocle de l’oracle de la pythie de Delphes relatif au « rempart de bois »). Les Grecs remportent alors l’éclatante victoire navale de Salamine, à l’entrée du golfe Saronique. 479 av. J.-C. : Les Grecs l’emportent définitivement à Platées en Béotie, contre Mardonios, le beau-frère de Xerxès, et au cap Mycale. L’Ionie est libérée. 477 av. J.-C. : Formation de la Ligue de Délos. Après avoir rejeté l’autorité du Spartiate Pausanias sur la ligue hellénique et la flotte des Grecs coalisés, Athènes se voit offrir la direction des opérations contre les Perses. La nouvelle flotte, principal moyen d’action, doit être entretenue à frais communs. Chaque allié, après avoir prêté serment, a le choix entre l’équipement de son propre contingent et le paiement d’une contribution de remplacement, le tribut, qui doit alimenter le trésor de la ligue, gardé dans le sanctuaire de l’île de Délos. La ligue devient l’instrument de la puissance athénienne, première puissance navale du moment. Elle s’oppose de plus en plus à la Ligue péloponnésienne constituée autour de Sparte. 472 av. J.-C. : Rédaction des Perses d’Eschyle. Originaire d’Eleusis, il est le premier des trois grands tragiques grecs (525-456 av. J.-C.). Après avoir lui-même participé aux guerres médiques, il voyage en Sicile où il finira par s’installer. La tradition lui attribue plus de quatre-vingts pièces et de nombreuses victoires dans les concours de tragédie. Il ne nous en reste que sept : outre Les Perses, Les Sept contre Thèbes, Les Suppliantes, la trilogie de l’Orestie et Prométhée enchaîné. Ses héros évoluent au sein de communautés sur lesquelles se répercutent les malédictions dont ils sont l’objet et les conséquences de leurs actes. Une place importante est donc laissée au chœur qui traduit cette notion de malheur collectif. Les dieux, qui règlent le cours de la vie humaine et punissent l’hubris, l’orgueil, sont également présents dans son théâtre imprégné de hiératisme. Vers 468 av. J.-C. : Révolte de Naxos qui veut quitter la Ligue de Délos. Elle est assiégée et vaincue par les Athéniens, ce qui témoigne du caractère déjà impérialiste de la ligue. 468 av J.-C. : Sophocle l’emporte sur Eschyle à un concours de tragédie. Originaire de l’Attique, Sophocle (496-406 av. J.-C.) a occupé des magistratures athéniennes à plusieurs reprises. Seules sept de ses œuvres – sur plus d’une centaine – sont parvenues jusqu’à nous : Philoctète, Oedipe à Colone, Ajax, Antigone, Les Trachiniennes, Œdipe Roi et Electre. Le poète, qui a, par ailleurs, participé à l’introduction du culte d’Asclépios, incarne un tragique davantage centré sur l’homme à qui il offre une place d’autant plus grande que les dieux semblent plus distants. 468-456 av. J.-C. : Construction du temple dorique de Zeus à Olympie. 467-466 av. J.-C. : Victoire de l’Eurymédon, l’une des plus éclatantes victoires remportées par la Ligue de Délos, alors dirigée par l’Athénien Cimon, sur les Perses. 465-463 av. J.-C. : Révolte de Thasos qui veut quitter la Ligue de Délos. Vaincue, elle doit détruire ses remparts, payer une indemnité de guerre et réintégrer la Ligue. Il n’est plus question d’adhésion volontaire, mais bien de coercition. 464 av. J.-C. : Tremblement de terre à Sparte. Les Hilotes (les populations asservies par les Spartiates) et les Messéniens, eux aussi soumis à Lacédémone, vont en profiter pour se révolter. En 462, l’Athénien Cimon vient aider les Lacédémoniens qui n’arrivent pas à déloger les révoltés du mont Ithome. Il rencontre alors l’opposition de son compatriote Ephialte. A Athènes, en effet, les factions se déchirent de plus en plus, dressant les uns contre les autres les partisans (les laconisants) ou adversaires de Sparte, ou encore les impérialistes et les tenants d’une politique plus modérée. Les procès politiques et les mesures d’ostracisme se multiplient. 462 av. J.-C. : Ephialte réforme l’assemblée athénienne de l’Aréopage. Le vieux conseil, déconsidéré, ne conserve que ses attributions judiciaires, et l’essentiel du contrôle des magistrats passe aux mains des instances populaires. 462-446 av. J.-C. : L’impérialisme belliqueux d’Athènes entraîne une politique d’expansion : en Grèce même, pour profiter de l’affaiblissement de la puissance spartiate, mais aussi en Egypte. 461 av. J.-C. : Ostracisme de Cimon qui a échoué dans son aide aux Spartiates. La faction démocratique se débarrasse ainsi de lui, mais l’un de ses représentants, Ephialte, est assassiné. La figure de Périclès s’impose alors de plus en plus sur la scène politique athénienne. 461 av. J.-C. : Gagnés à l’idée de la rupture avec Sparte, les Athéniens s’allient avec tous les adversaires de la Ligue péloponnésienne (Argos et Mégare notamment). C’est le début de ce que l’on appelle parfois la première guerre du Péloponnèse (461-446 av. J.-C.) qui donne lieu à une série de conflits locaux. 459 av. J.-C. : Les Athéniens installent des Messéniens à Naupacte. Corinthe leur déclare la guerre. 458-456 av. J.-C. : Siège et prise d’Egine par les Athéniens. 457 av. J.-C. : Ouverture de l’archontat aux zeugites qui constituent la troisième classe sociale de la communauté civique athénienne (ils possédaient une richesses de 200 mesures de grain et servaient dans l’armée comme hoplites). Les autres catégories étaient les pentacosiomédimnes (qui disposaient de 500 mesures), les chevaliers (qui disposaient de 300) et les thètes, rameurs dans la flotte, qui étaient les plus pauvres. Début du système de la misthophorie, c’est-à-dire de la rétribution des citoyens exerçant des charges publiques, ce qui permet d’intégrer politiquement et socialement les membres de la quatrième et dernière classe, les thètes. C’est là une étape majeure de la démocratisation de la cité athénienne. 457 av. J.-C. : Achèvement des Longs Murs reliant Athènes à son port, Le Pirée. Vers 455 av. J.-C. : Premières tragédies d’Euripide (484-406 av. J.-C.). Le poète, originaire de Salamine, est considéré comme le dernier, mais aussi le plus moderne des grands tragiques grecs. Souvent présenté comme un intellectuel asocial, il était peu apprécié de ses contemporains, autant pour son caractère jugé difficile que pour le côté novateur de ses œuvres et finira même par partir vivre en Macédoine à la fin de sa vie. Durant sa carrière, contemporaine de celle de Sophocle, il rédigea près d’une centaine de pièces. Nous n’en conservons aujourd’hui que dix-huit, parmi lesquelles Iphigénie à Aulis, Les Troyennes, Alceste, Les Suppliantes… Marqué par la sophistique du milieu du siècle, dont on retrouve les débats dans ses dialogues, il s’attache davantage que ses prédécesseurs aux tréfonds de l’âme et à l’individu, au détriment des croyances et des mythes traditionnels. 455 av. J.-C. : Début de la carrière du sophiste Protagoras (490-421 av. J.-C.) qui témoigne de l’importance du talent oratoire dans le régime démocratique. Son nom reste lié, comme celui de Gorgias, à la naissance des écoles de sophistique où un maître rémunéré se charge d’apprendre l’art du discours aux jeunes gens de la bonne société athénienne, soucieux de résultats concrets. On lui reproche d’avoir ainsi appris à ses élèves à tenir sur chaque chose deux discours opposés, menant ainsi à l’aporie et plus, généralement, au relativisme. C’est d’ailleurs à lui que l’on attribue cette fameuse maxime : « l’homme est la mesure de toutes choses. » 454 av. J.-C. : Par peur d’un coup de main perse, le trésor de Délos est transféré à Athènes, ce qui ne manque pas de susciter la réprobation des membres de la Ligue. Un prélèvement supplémentaire d’un sixième est institué pour le trésor d’Athéna. 451 av. J.-C. : Trêve de cinq ans entre Athènes et Sparte. 451-450 av. J.-C. : Loi de Périclès sur la citoyenneté. Elle restreint l’accès au corps civique et la transmission de la capacité politique aux enfants de parents athéniens. La décision est prise de reconstruire l’Acropole, incendiée par les Perses en 480, et ce, en puisant largement dans le trésor des Alliés. Le Parthénon ne sera achevé qu’en 438, les Propylées en 432. Cette opération de prestige fournira, pendant plus de dix ans, du travail à toute la population urbaine. 449 av. J.-C. : Paix de Callias avec les Perses qui évacuent l’Egée et la frange littorale de l’Asie Mineure. 448 av. J.-C. : Deuxième guerre sacrée à Delphes dont l’amphictyonie, qui administre le sanctuaire, est depuis longtemps devenu un enjeu dans la lutte que se livrent les puissances voisines. Institution regroupant plusieurs cités autour du culte rendu à un sanctuaire (ainsi les amphictyonies ionienne au Panionion et dorienne au cap Triopion, dans le Péloponnèse), l’amphictyonie peut devenir un enjeu des rivalités opposant les cités membres. C’est ainsi qu’au début du VIe siècle avant notre ère, une première « guerre sacrée » s’était déclenchée au sein de l’amphictyonie delphique entre les Thessaliens et la cité de Krisa qui gênait leur accès à la mer. Athènes est ainsi, par ce biais, très présente en Grèce centrale où elle soutient les démocrates contre les oligarques pro-spartiates. 447 av. J.-C. : Sculpture de la statue de Zeus à Olympie par Phidias. 446 av. J.-C. : Paix de statu quo de trente ans avec Sparte. 445 av. J.-C. : Institution du culte d’Athéna Niké, déesse de la victoire, sur l’Acropole. 443 av. J.-C. : Ostracisme de Thucydide, chef du parti conservateur, qui critiquait l’usage du trésor à des fins strictement athéniennes. Périclès le défend et l’emporte. L’opposition se réfugie dans la clandestinité des hétairies, les clubs d’oligarques ennemis du régime. Périclès, « premier des citoyens », gouverne seul, on parle même d’une « monarchie » péricléenne jusqu’en 429 (avec une brève éclipse en 430), fondée sur l’exercice pendant quatorze ans de la stratégie, la seule magistrature éligible et soumise à réélection. Mais ses opposants le suspecteront sans cesse d’aspirer à la tyrannie. 441-439 av. J.-C. : Périclès dirige personnellement la guerre de Samos après que la cité a refusé l’ingérence d’Athènes dans le conflit qui l’oppose à Milet. Cette révolte témoigne du mécontentement croissant des alliés face aux exactions financières, à la multiplication des clérouquies (des colonies de citoyens athéniens se voyant attribuer les meilleures terres), au soutien inconditionnel à la démocratie imposée… Périclès fait occuper l’île et renverser l’oligarchie. 438 av. J.-C. : Mort de Pindare. Cet aristocrate thébain est l’un des plus fameux poètes lyriques de l’Antiquité. Il composait ses odes aussi bien pour les individus, les cités que pour les vainqueurs des Jeux. 435-431 av. J.-C. : De multiples conflits locaux opposent Athènes à Corinthe et Mégare, les seules cités capables de contester son hégémonie sur la mer. Ce sont ces heurts successifs qui entraînent la guerre du Péloponnèse. 432- 404 av. J.-C. : Guerre du Péloponnèse durant laquelle s’affrontent Athènes, Sparte et leurs alliés respectifs. On distingue trois phases dans ce terrible conflit : de 431 à 421, la guerre d’Archidamos est aussi appelée la guerre de Dix Ans. Conscient de la supériorité, sur terre, de l’adversaire, Périclès opte pour une stratégie radicalement nouvelle : il choisit d’abandonner l’Attique à l’armée spartiate et de se retrancher à l’abri des fortifications athéniennes, tout en conservant une ouverture sur l’extérieur grâce à ses ports. La ligue est ainsi encore mise à contribution, ce qui ne manquera pas d’entraîner des révoltes (Mytilène en 427). C’est à contre cœur que les paysans athéniens abandonnent leurs champs et leurs sanctuaires aux hoplites lacédémoniens qui envahissent, saison après saison, leur territoire. D’autant plus qu’au printemps 430, la peste accomplit de grands ravages dans la population entassée dans la cité. Périclès lui-même en meurt en 429. Cette épidémie entraîne un important renouvellement du personnel politique davantage issu du commerce et de l’industrie, incarné par Cléon. En 421, la paix de Nicias met un terme momentané au conflit, sur le continent du moins, car la guerre se déplace en Sicile où le jeu des alliances pousse les Spartiates et les Athéniens à intervenir. Ces derniers subissent un cuisant échec à Syracuse (415-413). Suite à ce désastre, les cités alliées de l’Empire athénien se révoltent. Sparte, qui occupe l’Attique, porte la guerre en mer Egée grâce au soutien financier des Perses. En 411, Athènes est de surcroît affaiblie par un coup d’Etat remettant en cause une démocratie de plus en plus déstabilisée par les factions. Est ainsi proposé un retour à un régime politique « modéré », en fait très oligarchique, ce qui suscite la constitution en contre-pouvoir démocratique de la flotte basée à Samos. Le mouvement, dirigé par Thrasybule, permet l’instauration d’un système intermédiaire. A partir de 407, l’alliance entre le Spartiate Lysandre et le Perse Cyrus permet de battre Athènes à Notion. La cité relève ponctuellement la tête l’année suivante aux Arginuses avant de voir sa flotte entièrement détruite à Aigos Potamos en 405. La jonction de la flotte de Lysandre et de l’armée spartiate campée en Attique marque la défaite finale d’Athènes dont Thèbes et Corinthe réclament la destruction. Sparte, qui est désormais la principale puissance de la péninsule, s’y oppose. Il lui faudra néanmoins évacuer toutes ses possessions extérieures, démolir les Longs Murs et remettre sa flotte. 424 av. J.-C. : Mort d’Hérodote (485-424). Son intérêt pour l’histoire, considérée comme une « enquête » sur les hommes et leurs mœurs l’a conduit à réaliser une œuvre remarquable traitant aussi bien des guerres médiques que du quotidien des Egyptiens. Les dieux sont néanmoins encore très présents puisqu’ils ne manquent pas de punir l’hubris – l’orgueil excessif – des puissants. 415 av. J.-C. : Alcibiade, un jeune homme ambitieux, est compromis dans l’affaire des Hermès mutilés. Des parodies de rites secrets d’Eleusis auraient été pratiquées par la jeunesse dorée athénienne. 404 av. J.-C. : Divisée entre oligarques, démocrates et modérés, Athènes voit le conseil démocratique de la Boulè destitué par Lysandre. Une commission de trente membres est élue pour « redresser » la constitution. Avec l’appui de la garnison spartiate, la faction oligarchique finit par s’imposer par la force, au prix d’une multitude de proscriptions. 403 av. J.-C. : Restauration de la démocratie à Athènes. Lysandre se rend impopulaire en reprenant à son compte la domination athénienne en mer Egée et en favorisant l’instauration de régimes oligarchiques. Sa politique d’expansion prend une tournure telle que les Perses finissent par prendre leurs distances avec lui. Le caractère personnel de ses entreprises est finalement désavoué par les autorités spartiates. Le roi de Sparte Pausanias prend le contre-pied de sa politique à l’encontre des Trente : son intervention à Athènes entraîne leur chute et une amnistie générale. 401-400 av. J.-C. : Expédition des Dix Mille en Asie, dont Xénophon fera par la suite le récit dans l’Anabase. Les soldats démobilisés se font mercenaires et soutiennent Cyrus dans la lutte dynastique qui s’engage dans l’Empire perse. 399 av. J.-C. : Mort de Socrate (470-399). Athènes règle là ses comptes avec les maîtres à penser, accusés d’impiété ou de corruption de la jeunesse. Passé maître dans l’art de dialoguer, il aimait pousser ses interlocuteurs à raisonner sur les valeurs traditionnelles. 399 av. J.-C. : A Sparte, échec de la conspiration de Cinadon, héraut des revendications égalitaires des non-citoyens. La cité traverse par ailleurs à cette époque une grave crise : son corps civique souffre de l’oliganthropie (le manque d’hommes) et d’une crise économique lié à la rigidité du système spartiate : répartition particulière des terres civiques, refus – officiel – de l’économie monétaire… Les citoyens appauvris sont déchus de leur statut quand ils ne peuvent plus payer leur part communautaire (syssitie). Ils alimentent ainsi les rangs des mercenaires partant tenter leur chance à l’extérieur. 398-360 av. J.-C. : Brillant règne du roi spartiate Agésilas. Pour ses contemporains, ce fut l’un des plus grands hommes de son temps, et Xénophon le présente comme le roi idéal. Il conduit deux campagnes victorieuses en Asie, avant de mener une politique anti-thébaine sur le continent. 395 av. J.-C. : Thèbes ne cesse de gagner en importance en Grèce centrale. Elle détient désormais six des onze districts de la Confédération béotienne, fondée en 446 av. J.-C. et dont les organes fédéraux siègent dans sa citadelle, la Cadmée. 395-394 av. J.-C. : Guerre de Corinthe, suscitée par les Perses ayant fomenté une coalition réunissant Thèbes, Athènes, Argos et Corinthe, pour freiner les menées expansionnistes des Spartiates en Asie Mineure. En remportant la victoire à Coronée en 394, Sparte maintient son hégémonie sur le continent. Mais elle est vaincue en mer Egée par les Athéniens, à Cnide. 394 av. J.-C. : Sous la houlette de Conon, Athènes reconstitue sa puissance navale. De nouvelles clérouquies apparaissent dans le Nord de la mer Egée. 392 av. J.-C. : L’Assemblée des femmes d’Aristophane (445-v. 386 av. J.-C.). Ce poète comique est l’auteur de plus de quarante pièces (les Nuées, Lysistrata…) tournant en dérision la politique et les goûts du démos athénien. v. 387 av. J.-C. : Fondation de l’Académie par Platon (427-347 av. J.-C.). Il a longtemps fréquenté le groupe de Socrate, dont il s’attachera à retranscrire la figure – idéalisée sans doute – dans ses dialogues. Aristocrate athénien destiné à la carrière politique, il tentera à trois reprises d’inspirer le gouvernement des tyrans siciliens, sans succès. 386 av. J.-C. : Paix d’Antalcidas, appelée aussi Paix du Roi. Les Perses réintègrent alors les cités d’Asie et Chypre. En retour, ils reconnaissent à Sparte le rôle de garant de la paix sur le continent. 380 av. J.-C. : Dans son Panégyrique, Isocrate défend les droits d’Athènes à l’hégémonie, des droits mythiques et historiques réactualisés selon lui par le rôle du Pirée dans la mer Egée. 379-371 av. J.-C. : Les Thébains Pélopidas et Epaminondas entreprennent de libérer la Béotie de la pression des cités voisines (Sparte notamment). Epaminondas, stratège hors pair, met en place le fameux Bataillon sacré, une armée civique permanente de 300 citoyens. Il invente aussi la tactique de la phalange oblique. 378 av. J.-C. : Formation de la Seconde Confédération athénienne. Elle n’est plus dirigée contre les Perses, mais contre Sparte. Toute l’autorité est cette fois entre les mains du Conseil fédéral. 371 av. J.-C. : Thèbes, qui a refusé de participer à une nouvelle paix commune, remporte à Leuctres une éclatante victoire contre les Spartiates, grâce à son stratège Epaminondas qui entreprend une offensive militaire mais aussi politique dans le Péloponnèse. Il y fonde par synoecisme une nouvelle capitale pour les Arcadiens, Mégalopolis, ainsi qu’une cité pour les hilotes de Messénie. 371-370 av. J.-C. : Apogée de l’Etat thessalien dirigé par Jason de Phères. Il meurt assassiné avant la mise en œuvre d’une expédition, qu’il voulait panhellénique, en Asie contre les Perses. 367 av. J.-C. : Une nouvelle Paix du Roi prend acte du transfert d’hégémonie de Sparte à Thèbes. 362 av. J.-C. : Bataille de Mantinée et mort d’Epaminondas. Mais Thèbes reste puissante en Grèce centrale. Elle dirige notamment l’amphictionie de Delphes. 359 av. J.-C. : L’Argéade Philippe II s’impose difficilement parmi d’autres prétendants au trône macédonien grâce, notamment, à sa valeur militaire (il a été otage dans la décennie 360 à Thèbes où il a rencontré Epaminondas). Il réforme l’armée et l’administration. Après avoir édifié un véritable glacis protecteur au nord de son royaume, en Thrace notamment, il va, par son action, procéder à de profonds changements dans le monde grec qui, pour la première fois, sous sa houlette, va réaliser son unité politique. 357-355 av. J.-C. : Guerre des Alliés contre Athènes. Seconde moitié du IVe siècle av. J.-C. : Développement d’une idéologie pacifiste, au sein des populations les plus riches, lasses de payer les frais des politiques impérialistes. Le coût de la guerre est devenu tel qu’il a fallu créer les symmories. Ces regroupements de contribuables devaient permettre d’augmenter leur nombre, tout en baissant d’autant la charge impartie à chacun. C’est à cette époque, vers 356 av. J.-C., que Xénophon écrit Sur les moyens de se procurer des revenus : selon lui, seule la paix rassemble les conditions les plus favorables à la prospérité. D’autres regrettent le développement du mercenariat et souligne que la guerre ne cesse de nourrir la guerre. 357-356 av. J.-C. : Campagnes macédoniennes en Thrace. Philippe s’empare de Pydna, d’Amphipolis, de Potidée, ainsi que des mines d’or du mont Pangée qu’il fait exploiter pour son propre compte. Les Athéniens sont de plus en plus divisés quant à l’attitude à adopter face à cet Etat en pleine expansion. Démosthène, son plus célèbre détracteur, ne voit en Philippe qu’un tyran visant à sacrifier la liberté et la démocratie. En revanche, Isocrate voit dans la monarchie macédonienne le moyen le plus efficace d’assurer la défense de l’hellénisme. 354 av. J.-C. : A Athènes, arrivée au pouvoir d’Euboulos qui souhaite utiliser les dépenses publiques pour les besoins des plus pauvres et non pour les dépenses militaires. 353-352 av. J.-C. : La Thessalie, dont Philippe devient l’archonte à vie, est intégrée à la Macédoine. Vers 350 av. J.-C. : Edification du mausolée d’Halicarnasse qui sera, dès l’Antiquité, considéré comme l’une des Sept Merveilles du monde. 348 av. J.-C. : Philippe s’empare d’Olynthe, une ancienne colonie athénienne. 346 av. J.-C. : En devenant majoritaire à l’amphictyonie de Delphes, Philippe s’impose en Grèce centrale. 342 av. J.-C. : Aristote devient le précepteur du fils de Philippe. Originaire de Stagire en Macédoine (384-322), cet ancien élève d’Isocrate puis de Platon, passera sept ans auprès d’Alexandre. Il fondera par la suite le Lycée (335 av. J.-C.), où il dispensera son enseignement philosophique. 340 av. J.-C. : La guerre éclate entre Athènes et Philippe à propos des Détroits. 339 av. J.-C. : Quatrième Guerre sacrée suscitée par Athènes. Philippe est nommé chef de guerre de l’amphictyonie delphique. 338 av. J.-C. : Bataille décisive de Chéronée. La victoire macédonienne est arrachée par la cavalerie d’Alexandre. Philippe met fin à la Ligue athénienne et à la Confédération béotienne. 337 av. J.-C. : A Corinthe, là même où, en 481, les Grecs s’étaient unis contre les Perses, constitution d’une nouvelle Ligue panhellénique, lors d’un congrès où seule Sparte refuse de se rendre. La paix commune est arbitrée par un roi grec cette fois : les cités doivent prêter serment à Philippe. L’ennemi perse n’est pas clairement désigné mais nombreux songent déjà à s’attaquer à un Empire affaibli par les révoltes des satrapes. 336 av. J.-C. : Assassinat de Philippe II lors des fêtes d’Aigai. Son fils Alexandre lui succède en Macédoine et est proclamé nouvel hégémon de la ligue de Corinthe. 335 av. J.-C. : Révolte de Thèbes. 334-326 av. J.-C. : Conquêtes d’Alexandre qui réorganise l’Empire perse. Il entraîne avec lui les soldats grecs en Asie Mineure, en Egypte, en Bactriane, en Sogdiane et parvient jusqu’à l’Indus. Epuisés, ses hommes refuseront de franchir le fleuve, marquant l’heure du retour vers l’Europe. Mais son expédition allait pour longtemps lier le destin du monde grec à celui de l’Orient. 324 av. J.-C. : Lors des Noces de Suse, Alexandre contraint ses soldats à épouser des femmes barbares, heurtant profondément la sensibilité de ses hommes convaincus de la supériorité de l’hellénisme. 323 av. J.-C. : Mort d’Alexandre à Babylone.
 
La période hellénistique est marquée par le déclin de la Grèce proprement dite par rapport aux royaumes orientaux et au monde insulaire (Délos, Samos, Rhodes, Samothrace…). Après quarante ans de luttes acharnées et d’alliances instables entre les Diadoques (323-281), trois grands ensembles politiques finissent par se détacher : la Macédoine d’Antigone Gonatas, l’Egypte de Ptolémée II, et l’Asie d’Antiochos. C’est la génération des Epigones durant laquelle se consolident les royaumes nouvellement créés. La cité reste une réalité incontournable, mais elle est désormais une structure politique locale dans laquelle les enjeux de la vie citoyenne relèvent davantage des questions d’approvisionnements et de financements que des problèmes militaires et diplomatiques. Elle perd toute responsabilité à l’échelle internationale : c’est là l’échec de l’idéal d’autonomie, désormais mieux défendu par les structures plus récentes des Etats fédéraux, face à l’irrépressible montée en puissance des royaumes : l’hellénisme s’inscrit en effet désormais dans cette nouvelle forme politique, caractérisée par l’évergétisme et le culte rendu aux souverains. Dans ce nouveau contexte, le foyer originel du monde grec n’occupe plus qu’une situation marginale dans le nouvel espace gagné à l’hellénisme et dont les centres de gravité vont désormais se situer en Syrie, à Alexandrie, à Pergame ou à Rhodes… 323-217 av. J.-C. Le siècle des rois. 323 av. J.-C. : La mort prématurée d’Alexandre pose le problème de sa succession. Peuvent y prétendre son demi-frère, Philippe Arrhidée, et l’enfant à naître qu’attend son épouse, Roxane. Un compromis est trouvé, sur la base d’une royauté collégiale. Cratère est nommé prostatès, ou tuteur, des rois. Les compagnons d’Alexandre – les Diadoques – se partagent les grands gouvernements régionaux : l’Europe revient à Antipater, qui dirige la Grèce et la Macédoine depuis 334 en tant que stratège d’Alexandre ; Perdiccas s’adjuge l’Asie. Quant aux différentes satrapies, l’Egypte revient à Ptolémée, l’Anatolie occidentale à Antigone le Borgne, la Cappadoce et la Paphlagonie à Eumène, et la Thrace à Lysimaque. Mais les conflits personnels, doublés des tendance particularistes hermétiques au rêve unitaire d’Alexandre, vont bientôt conduire à de violents conflits entre les Diadoques. 323-322 av. J.-C. : Guerre lamiaque. Les Athéniens, sous la direction d’Hypéride et de Démosthène, et les Etoliens profitent de la disparition d’Alexandre pour se révolter contre la tutelle macédonienne. Les rebelles sont finalement battus sur mer, à Amorgos, et sur terre, à Crannon. Athènes se voit imposer l’installation d’une garnison à Munychia, au-dessus du Pirée. Un gouvernement oligarchique est mis en place, sous la protection des lances de l’occupant macédonien. 322 av. J.-C. : Mort de Démosthène, qui se suicide à Calauria avant d’être arrêté. Athènes lui rendra des honneurs posthumes en 280 av. J.-C. 321 av. J.-C. : Après la mort de Cratère et l’assassinat du régent Perdiccas, la conférence de Triparadisos procède à un nouveau partage de l’empire. Antipater se voit confirmer la possession de la Macédoine et le titre d’ « épimélète » des rois (ce titre désignait jadis à Athènes un fonctionnaire investi d’une mission particulière et correspondait à un pouvoir de nature temporaire et technique ; dans le cas d’Antipater, il signifiait qu’il était « gouverneur » ou « tuteur » des deux jeunes rois Alexandre IV et Philippe Arrhidée), Ptolémée celle de l’Egypte, Lysimaque celle de la Thrace, Antigone le Borgne celle de l’Asie Mineure (où il est chargé de faire la guerre à Eumène), et Séleucos celle de la Babylonie. La lutte entre les Diadoques n’en continue pas moins, en Europe et en Asie, pour réduire le nombre des ayants droit à l’héritage d’Alexandre et refaire le partage. 319 av. J.-C. : A la mort d’Antipater, un conflit éclate entre Polyperchon, stratège d’Europe et « protecteur » des rois Philippe Arrhidée et Alexandre IV, et son fils Cassandre. 318 av. J.-C. : Pour se gagner la faveur des Grecs, Polyperchon amnistie les vaincus de la Guerre lamiaque. 317-316 av. J.-C. : Après avoir fait assassiner Philippe Arrhidée l’année précédente, Olympias, la mère d’Alexandre, revient sur le devant de la scène politique en Macédoine… avant d’être elle-même exécutée sur l’ordre de Cassandre. 317-307 av. J.-C. : Démétrios de Phalère est nommé épimélète d’Athènes et dirige la cité, dans le cadre d’un régime censitaire, pour le compte de Cassandre. 315-311 av. J.-C. : Une troisième phase de lutte entre les Diadoques aboutit, en 311, à une nouvelle paix : Cassandre est reconnu stratège d’Europe jusqu’à la majorité d’Alexandre IV, qu’il ne tarde pas à faire assassiner avec sa mère, Roxane. Il va désormais diriger le royaume des Argéades jusqu’en 297. Pour se donner une légitimité dynastique, il a épousé une sœur d’Alexandre. Vers 315-314 av. J.-C. : Emergence de la Ligue des insulaires, centrée autour de Délos. 307 av. J.-C. : Le fils d’Antigone le Borgne, Démétrios Poliorcète (« le preneur de cités ») s’empare d’Athènes, contraignant son homonyme Démétrios de Phalère à l’exil. Il libère le Pirée, prend le contrôle de la cité où il restaure la démocratie. Il se lance ensuite dans une campagne dans le Péloponnèse, restaure la Ligue de Corinthe dont il devient l’hégémon, avant d’entreprendre la conquête de la Macédoine. 306 av. J.-C. : Démétrios remporte une grande victoire sur la flotte ptolémaïque à Salamine de Chypre. 306-305 av. J.-C. : « L’année des rois ». Fort de la victoire remportée l’année précédente par son fils, Antigone le Borgne se déclare roi. Par la suite, les autres Diadoques font de même. 306-277 : Compétition pour la Macédoine et dernières tentatives unitaires. 305-304 : Echec du siège de Rhodes conduit par Démétrios Poliorcète. L’île, dotée d’une véritable armée civique, sera par la suite la seule à conserver une réelle indépendance au IIIe siècle. C’est à cette époque qu’est construit le fameux Colosse, symbole de la puissance de la cité. 301 av. J.-C. : Antigone le Borgne est défait et tué à la bataille d’Ipsos en Phrygie, face à Cassandre, Séleucos et Lysimaque. Démétrios Poliorcète n’est plus qu’un roi sans terre, doté seulement d’une flotte et de quelques points d’appui. 297 av. J.-C. : Mort de Cassandre. 297-294 av. J.-C. : Les fils de Cassandre dirigent la Macédoine. 297-280 av. J.-C. : En Epire, Pyrrhus fait d’une royauté familiale une monarchie militaire. Il soumet la noblesse rebelle, met en place une administration centralisée et développe l’urbanisation d’un pays de tradition pastorale. Une nouvelle capitale, Ambracie, est fondée et le sanctuaire de Dodone gagne en importance. Le souverain s’engagera ensuite dans diverses aventures conquérantes qui demeureront sans lendemain. C'est le cas en Macédoine puis en Italie du Sud – où il soutient les Tarentins contre les Romains, confrontés pour la première fois à des éléphants de guerre – mais aussi en Sicile où il tentera d’établir une royauté qui sera éphémère. 295-294 av. J.-C. : A Athènes, tyrannie militaire de Lacharès. Résistance démocratique au Pirée. 294 av. J.-C. : Démétrios contrôle de nouveau Athènes, la Grèce centrale et finit par s’imposer en Macédoine. Il donne à son royaume une nouvelle capitale, maritime : Démétrias, au fond du golfe de Thessalie. Grâce à sa flotte, il met en place un système de points d’appui pourvus de garnisons : Démétrias, Chalcis, Le Pirée, Corinthe, établissant un itinéraire maritime entre la Macédoine et le Péloponnèse, via les fameux « verrous de la Grèce » 290 av. J.-C. : Démétrios Poliorcète s’empare de Corcyre en mer Ionienne. 288 av. J.-C. : Partage de la Macédoine entre Pyrrhus et Lysimaque, qui se sont unis pour en chasser Démétrios 287 av. J.-C. : Athènes se libère de la garnison macédonienne. Elle est soutenue dans sa révolte par Ptolémée. La paix est finalement conclue entre Démétrios et Ptolémée : Athènes est libérée, mais pas le Pirée. 285 av. J.-C. : Lysimaque, seul roi de Macédoine, se trouve à la tête du dernier royaume eurasiatique, centré sur l’Egée et rassemblant les Balkans, la région de la mer Noire et l’Asie Mineure. Démétrios, quant à lui, est fait prisonnier par Séleucos. Il meurt en 283 av. J.-C. 281 av. J.-C. : En Italie, les Tarentins appellent Pyrrhus contre les Romains. 281 av. J.-C. : Séleucos remporte la victoire de Couropédion en Lydie, contre Lysimaque qui meurt dans l’affrontement. Sa disparition ouvre une crise dynastique en Macédoine : Lysimaque avait, en effet, fait assassiner son fils deux ans plus tôt. 281-263 av. J.-C. : Règne d’Aréos à Sparte qui apporte un nouveau style royal en effaçant son collègue. Premier monnayage d’argent à Sparte. 280 av. J.-C. : Ptolémée Keraunos (« la foudre »), un prince lagide déshérité et réfugié à la cour de Lysimaque, se rend maître de la Macédoine, après avoir fait tuer Séleucos, son ancien protecteur, alors qu’il s’apprêtait à franchir les Détroits pour s’emparer du royaume. 279-278 av. J.-C. : Un nouvel élément de déstabilisation fait irruption dans la région. Les Galates, des Celtes qui, profitant de la disparition du royaume de Lysimaque, envahissent la Macédoine. Ptolémée Kéraunos est tué au cours d’une bataille livrée contre ces terribles barbares. Le fils de Démétrios Poliorcète, Antigone Gonatas, va profiter de l’anarchie dans laquelle est plongée la Macédoine pour monter sur son trône. Dans le même temps, la confédération des Etoliens, un peuple montagnard de l’Ouest, prend une nouvelle dimension après avoir contribué à l’endiguement de l’incursion celte. Elle contrôle les Thermopyles et bénéficie du prestige de Delphes dont elle préside l’amphictyonie. Elle s’étend alors vers l’est, en Phocide, en Locride occidentale, en Thessalie et constitue bientôt l’Etat grec le plus étendu qui ait jamais existé. Le centre de ce koinon se situe à Thermos. 277 av. J.-C. : Antigone Gonatas, le fils de Démétrios Poliorcète, remporte la victoire de Lysimachéia et reconstitue le glacis protecteur de la Macédoine après avoir battu les Galates. Le royaume macédonien est recentré sur Pella. Les aspects les plus ostentatoires de l’absolutisme hellénistique, comme l’effigie du souverain sur les monnaies et le culte royal, sont abandonnés. 276-239 av. J.-C. : Règne d’Antigone Gonatas. Après une difficile période de contestation et d’invasion, la Macédoine devient un royaume stable et indépendant, et son influence s’étend à l’ensemble de la Grèce balkanique (hors des régions dominées par les ligues (ou confédérations étolienne et achéenne, dite aussi « achaïenne »). Ami des philosophes, entouré d’une cour d’hommes de lettres comme Hiéronymos de Cardia ou le poète Aratos de Soloi, Antigone avait une haute conception de son métier de roi, perçu comme « une noble servitude » et il fonde la dynastie qui règnera jusqu’à l’invasion romaine. Il s’imposera à Athènes, résistera à Pyrrhus rentré de ses aventures occidentales, mais perdra Corinthe dont s’emparera Aratos pour le compte de la Ligue achéenne. 272 av. J.-C. : Mort de Pyrrhus à Argos. Vers 268-261 : Guerre de Chrémonidès. Elle doit son nom à l’Athénien qui engagea sa cité dans une alliance avec le roi Réus de Sparte, avec l’appui lagide, pour réunir une coalition contre Antigone Gonatas, en prétendant restaurer l’alliance panhellénique de 481 contre les Barbares. Mais la Macédoine l’emporte. Si les Lagides conservent la maîtrise de l’Egée, le conflit a des répercussions importantes en Grèce même, car il marque le début d’une longue période de domination politique antigonide à Athènes notamment, et la mise en place d’un réseau de garnisons macédoniennes en Attique. 253 av. J.-C. : Le neveu d’Antigone, Alexandre, fait sécession à Corinthe. Vers 251 av. J.-C. : L’antique fédération des cités achéennes, au nord-ouest du Péloponnèse, restaurée en 280 av. J.-C. dans un souci de liberté, se structure : elle adopte un gouvernement fédéral, un stratège et dix damiourgoi (commandants de districts), installés à Argos. En 251, elle libère et intègre Sicyone, avant de s’emparer de Corinthe en 243, grâce à l’action d’Aratos de Sicyone. Elle représente bientôt une puissance territoriale égale à celle des Etoliens. Polybe rend compte de ses velléités d’unifier, à terme, l’ensemble du Péloponnèse. 247-220 av. J.-C. : Apogée de la confédération étolienne. A la tête de l’organisation des peuples de Grèce centrale, elle menace la frontière sud de la Macédoine, entrave ses communications avec le Péloponnèse et limite sa liberté d’action en Grèce centrale. A partir de Naupacte, dans le golfe de Corinthe, elle multiplie les actes de piraterie. 247 av. J.-C. : Création d’une nouvelle fête panhellénique à Delphes, les Sôtéria, célébrant la victoire contre les Celtes et la « furie » gauloise. 244-222 av. J.-C. : Epoque des rois réformateurs à Sparte. Agis IV et Cléomène III entreprennent de redistribuer les terres, d’abolir les dettes et de restaurer le corps civique en agrégeant des périèques possessionnés en terre ou en réintégrant des citoyens dégradés pour cause de pauvreté. 239-229 av. J.-C. : En Macédoine, Démétrios II succède à Antigone Gonatas. Son règne apparaît comme une période de repli relatif. Il échoue notamment à reprendre Corinthe en 239, lors de la guerre démétriaque. 229 av. J.-C. : La mort de Démétrios II, qui ne laisse derrière lui que le jeune Philippe V, entraîne une période critique pour la Macédoine. La Thessalie rallie les Etoliens et fait sécession. Avec le soutien de Ptolémée III, Athènes se libère en achetant le départ des troupes macédoniennes et affiche désormais sa neutralité sous la direction d’Eurycleidès et de Mikion. La cité, régie par l’Aréopage et le premier des stratèges, n’a plus de clérouquies (sorte de colonies). Le Pirée décline : le port n’est plus sur les grandes routes de commerce, domaine dans lequel les plus riches n’investissent plus, davantage intéressés par la propriété foncière. Athènes conserve néanmoins toujours un grand prestige intellectuel et artistique. 229-228 av. J.-C. : Première guerre illyrienne. Pour la première fois, Rome traverse l’Adriatique avec des troupes pour affronter le royaume illyrien – dont l’existence est attestée entre Danube et côte adriatique dès le milieu du Ve siècle avant J.-C., et qui n’a cessé de se renforcer sous le règne d’Agrôn, puis sous la tutelle de sa femme Teuta. Elle lui reproche de profiter de la faiblesse de ses voisins pour multiplier les actes de piraterie et mener une politique expansionniste qui pourrait lui permettre de contrôler le Sud de l’Adriatique. Le conflit se règle par un traité maintenant la souveraineté illyrienne, sous une sorte de protectorat romain. Pour faire contrepoids au royaume de Teuta, Démétrios de Pharos est autorisé à se créer une principauté en Dalmatie. 227 av. J.-C. : Un élan de solidarité pour aider Rhodes, détruite par un tremblement de terre, permet de rebâtir la cité. La fin du IIIe siècle va marquer l’apogée de la cité, dont l’aire d’influence s’étend à la Carie et aux îles du Dodécanèse. Profitant du déclin de la puissance lagide, elle apparaît comme la véritable puissance égéenne de cette fin du IIIe siècle av. J.-C. Elle prend le relais du Pirée de l’époque classique. 227 av. J.-C. : A Sparte, Cléomène se débarrasse d’Agis et des magistrats élus. La royauté spartiate évolue alors vers une monarchie de type absolutiste. 227-222 av. J.-C. : La Guerre de Cléomène livre l’Elide, l’Achaïe et Argos à Sparte. Mais le roi tombe devant la coalition des Achéens et des Macédoniens à la bataille de Sellasie. Sparte est prise et son roi s’exile. 224 av. J.-C. : Aratos de Sicyone rallie le camp antigonide au prix de la restitution de Corinthe. La même année, Antigone Doson, roi tuteur de Macédoine en attendant l’avènement véritable de Philippe V, réorganise cités et peuples dans le cadre d’une Ligue hellénique, qui rassemble la plupart des Grecs à l’exception du camp étolien. 221 av. J.-C. : Avènement de Philipe V. 220-217 av. J.-C. : Guerre des Alliés. Philippe V et la Ligue hellénique déclarent la guerre aux Etoliens, pris en étau entre la puissance macédonienne au nord et la Ligue achéenne au sud. Au printemps 218, Philippe dévaste l’Achaïe, marche sur Sparte et démontre sa puissance et son autorité. La Paix de Naupacte ramène le statu quo. C’est la dernière paix entre Grecs encore seuls maîtres de leur destin. 219 av. J.-C. : Les Romains entament une nouvelle guerre contre l’Illyrie, justifiée par l’attitude de Démétrios de Pharos qui, malgré les engagements pris lors de la conclusion du traité de 228, continue à pratiquer la piraterie. Après être devenu, grâce aux Romains, l’homme fort du royaume illyrien, il se montre désormais trop indépendant. Il se réfugie auprès de Philippe V de Macédoine. 217 av. J.-C. : L’Illyrien Skerdilaïdas menace les frontières nord-ouest de la Macédoine. Philippe V est contraint d’intervenir en Adriatique, jusque dans la zone d’influence de Rome.
 
Alors que depuis des décennies, les Ptolémées, les Séleucides et les Antigonides se partageaient seuls l’Orient méditerranéen, à la fin du IIIe siècle, les Romains interviennent dans les affaires grecques à de nombreuses reprises : durant la première guerre punique, les guerres d’Illyrie, les trois guerres de Macédoine et la guerre contre le roi séleucide Antiochos. Ils entretiennent d’abord des rapports de confiance, soutenus par une véritable convergence d’intérêts communs, comme la Sicile ou l’Adriatique, mais aussi de principes : on voyait Rome comme un Etat sur le modèle de la cité grecque (Aristote l’a incluse dans son étude des cités). L’allié romain apparaît ainsi un temps comme un libérateur : c’est du moins ce qui ressort de la proclamation de la liberté des Grecs en 196. Mais l’ « amitié » romaine se transforme peu à peu en protectorat et, finalement, en un nouvel impérialisme. En moins de deux siècles, l’expansion des fils de la Louve va donc aboutir à l’annexion de tous les Etats grecs. Une annexion et une intégration à l’ordre impérial paradoxales, puisque, comme l’a écrit Horace, la culture grecque n’en perdurera pas moins (« Et la Grèce conquise conquit son farouche vainqueur, et importa les arts au sein du Latium sauvage » (Horace). 215-205 av. J.-C. : Première guerre de Macédoine car Philippe refuse de livrer Démétrios de Pharos. Il cherche par ailleurs à profiter de la guerre punique en concluant une alliance avec Hannibal et en prenant pied en Illyrie. 213 av. J.-C. : Philippe s’empare du port de Lissos sur l’Adriatique. 212-211 av. J.-C. : Les Romains s’allient aux Etoliens contre la Macédoine. Les premiers s’engagent à intervenir sur mer, les seconds sur terre. Il est prévu que les Etoliens recevront tous les territoires conquis, tandis que les Romains s’adjugeront le butin, sans prétendre à des annexions durables. 205 av. J.-C. : La paix de Phoinicé marque la fin de la première guerre de Macédoine, plutôt favorable à Philippe V. L’Illyrie est partagée entre les belligérants. En Grèce, désormais divisée en deux camps, une sorte de pacte général de non-agression doit assurer le maintien de la paix. 205-204 av. J.-C. : Les Romains décident d’importer à Rome le culte de Cybèle. 201 av. J.-C. : Des ambassadeurs de Pergame et de Rhodes (à la tête de la Ligue des insulaires) viennent à Rome pour dénoncer les agressions macédoniennes en mer Egée. Le Sénat, qui redoute par ailleurs un rapprochement entre la Macédoine et Antiochos contre la puissance lagide, envoie un ultimatum à Philippe qui doit renoncer à toutes nouvelles conquêtes en Grèce : Rome se pose ainsi en protectrice de la péninsule hellénique. 200 av. J.-C. : Début de la seconde guerre macédonienne. 198 av. J.-C. : Adhésion des Achéens au camp romain, grâce au consul philhellène Flaminius qui commande en Grèce jusqu’en 194. 197 av. J.-C. : Déroute de l’armée macédonienne à Cynocéphale, face à Rome et à ses alliés achéens et étoliens. Cette bataille marque la supériorité de la légion, d’emploi plus souple, sur la phalange. La paix de Tempè met fin au conflit. Elle impose à Philippe V de renoncer à la Thessalie et à la Grèce, dont Flaminius proclame la liberté, à l’occasion des jeux Isthmiques de Corinthe de 196. Une liberté octroyée car c’est déjà bien une véritable tutelle qui se met en place. Très apprécié en Grèce pour avoir, le premier, posé le principe que « les Grecs ne devaient pas être traités comme les Ibères », Flaminius sera le premier Romain à recevoir des honneurs religieux dans les cités. Rome commence à favoriser les regroupements régionaux pour éviter l’atomisation politique, facteur d’instabilité. 195 av. J.-C. : Expédition panhellénique contre le maître de Sparte, Nabis, présenté comme un tyran révolutionnaire. Le combattre permet aux Romains de maintenir des forces en Grèce sans contrevenir à la déclaration de Corinthe. Il restera néanmoins en place jusqu’en 192. 192 av. J.-C. : Après l’assassinat de Nabis, la Confédération achéenne, dirigée par Philipoemen, huit fois stratège, fait preuve d’une certaine indépendance vis-à-vis de Rome (« résistance légaliste »). L’un de ses bras droits est le père de Polybe. 191 av. J.-C. : Les Romains libèrent Delphes du contrôle étolien : le sanctuaire va, dès lors, devenir un centre proromain. Sparte entre dans la Ligue achéenne qui réalise ainsi l’unification du Péloponnèse. 192-188 av. J.-C. : Les Romains affrontent Antiochos III le Grand de Syrie, dont le royaume est en pleine expansion. Il cherche à étendre sa sphère d’influence en Grèce en profitant du mécontentement des Etoliens qui, frustrés par la paix de 196, s’estiment lésés par Rome. Fort d’une réelle aura auprès des Grecs, il n’en est pas moins défait aux Thermopyles en 191, puis à Magnésie du Sipyle en 189, par les Scipions vainqueurs d’Hannibal. La paix d’Apamée lui enjoint d’abandonner ses possessions en Asie Mineure, de se replier derrière le Taurus et de supporter de lourdes clauses financières et navales. Désormais, c’est Pergame, dirigée par Eumène, qui devient le royaume le plus puissant d’Asie Mineure. En Grèce même, la Confédération étolienne qui avait pris parti contre Rome perd son indépendance : elle doit désormais « respecter la toute-puissance et la majesté du peuple romain ». 184-181 av. J.-C. : Campagne de pacification de Philippe en Thrace. 181-180 av. J.-C. : Le nouveau stratège de la Ligue achéenne, Callicratès, est un partisan résolu de la soumission à Rome. 180 av. J.-C. : Mort du fils de Philippe V, Démétrios, que Rome aurait voulu voir succéder à son père. 179 av. J.-C. : Mort de Philippe V. Si la fin de son règne a été marquée par une pratique du pouvoir de plus en plus despotique, son bilan à la tête de la Macédoine correspond néanmoins à la reconstruction efficace d’un royaume meurtri par les guerres. Son fils Persée lui succède. 178 av. J.-C. : Persée devient le gendre de Séleucos IV et le beau-frère de Prusias IV de Bithynie. 174 av. J.-C. : Persée lance une vaste offensive diplomatique en Grèce, où il devient très populaire. Eumène de Pergame, le plus important soutien des Romains dans l’Orient hellénistique, ne tarde pas à s’en plaindre. 171-168 av. J.-C. : Troisième guerre macédonienne. Persée est défait à Pydna en 168 par Paul-Emile qui le traîne en triomphe à Rome. Les exactions commises par les Romains dans les sanctuaires furent telles que le préteur responsable fut traduit en justice à son retour à Rome. La royauté macédonienne est définitivement brisée. Son territoire est divisé en quatre districts distincts (Amphipolis, Thessalonique, Pella, Pelagonia). Théoriquement libres, ses habitants doivent payer tribut à Rome qui installe véritablement son autorité dans la région. L’Illyrie partage le même sort : elle est divisée en trois Etats. Quant à l’Epire qui s’était rangée dans le camp de Persée, elle est ravagée : 150 000 personnes sont réduites en esclavage, 70 oppida détruits, Dodone est pillée. Rhodes et Pergame qui ne s’étaient pas suffisamment engagées aux côtés des Romains sont humiliées. Dans l’ensemble de la Grèce, les classes dirigeantes sont épurées : un millier d’Achéens sont déportés en Italie, parmi lesquels Polybe, fils du stratège Lycortas. 166 av. J.-C. : Athènes est l’une des rares cités à se voir gratifiée par le nouvel ordre romain. Elle se voit restituer quelques clérouquies, reçoit Lemnos et le territoire d’Haliarte. Pour faire pièce à la puissante Rhodes, les Romains lui donnent surtout Délos. Le port franc va assurer à l’île d’Apollon un renouveau économique sans précédent, qui durera jusqu’au sac de Sylla en 86. Rhodes reste néanmoins célèbre pour ses écoles de rhéteurs et son enseignement du stoïcisme par Poseidonios d’Apamée. 150-148 av. J.-C. : Un prétendant au trône macédonien défie la puissance romaine. Andriskos prétend être le fils de Persée. En un rien de temps, avec l’aide des Thraces, il prend le contrôle de toute la Macédoine. En 149, le préteur P. Iuventius Thalna subit une défaite cuisante. L’année suivante, Andriskos est vaincu, mais l’aventure montre clairement les limites du statut et de l’organisation de 167. 148 av. J.-C. : La Macédoine devient une province romaine. Les quatre districts autonomes sont transformés en circonscriptions administratives. Elle est dirigée par un proconsul résidant à Thessalonique, dont dépend également l’Illyrie. Le magistrat exerce par ailleurs une autorité informelle sur l’ensemble des cités de Grèce. Décennie 140 av. J.-C. : Début de la construction de la via Egnatia, qui part des ports d’Apollonia et de Dyrrachium (Epidamme) sur l’Adriatique, passe par Pella, rejoint la mer Egée à Thessalonique, et s’arrête à Cypsela sur l’Hèbre, la frontière orientale de la Macédoine. 147 av. J.-C. : Rome autorise Sparte, qui voulait depuis longtemps faire sécession, à quitter la Ligue achéenne et prône bientôt le départ de toutes les cités non achéennes (qui ne sont pas situées en Achaïe, au nord-ouest du Péloponnèse) de la confédération (Argos, Corinthe...). Elle cherche là à affaiblir la dernière puissance grecque. 146 av. J.-C. : La Ligue achéenne s’engage dans une guerre suicidaire contre Rome. La confédération est dissoute, et Corinthe, sous prétexte que des légats romains y auraient été agressés, est rasée par le consul Mummius. Une partie de son territoire est transformée en ager publicus. Certains historiens considèrent cette date de 146 av. J.-C. comme la fin de l’histoire grecque indépendante. S’il est vrai que le centre et le Sud de la péninsule n’ont pas encore de réel statut provincial (ils n’ont pas de garnisons et sont relativement à l’abri des réquisitions), seules Sparte, Athènes et Delphes sont considérées comme fédérées. Toutes les autres cités, qui le plus souvent adoptent un régime oligarchique favorable à Rome, doivent payer tribut et se soumettre officieusement au proconsul de Macédoine. 133 av. J.-C. : A sa mort, Attale III, le roi de Pergame, fait du peuple romain l’héritier de ses biens. 88 av. J.-C. : Le roi du Pont, Mithridate IV, trouve des appuis en Grèce, notamment à Athènes, pour chasser les Romains de la Méditerranée orientale. Délos, restée fidèle au Sénat, est saccagée et 20 000 habitants sont massacrés. 87 av. J.-C. : Sylla débarque en Grèce. L’année suivante, il s’empare d’Athènes où s’étaient réfugiées les forces pontiques. 69 av. J.-C. : Délos est pillée par les pirates. 67-66 av. J.-C. : Répression d’un soulèvement crétois. L’île est réduite en province romaine liée à Cyrène. Décennie 60 av. J.-C. : Première organisation de l’Orient romain par Pompée. En 64, seule l’Egypte lagide est encore un royaume grec indépendant. 49 av. J.-C. : La Grèce se rallie au parti de Pompée et du Sénat romain. 48 av. J.-C. : Durant la première guerre civile, la Thessalie est le cadre de la bataille de Pharsale. Pompée y est vaincu par César qui rétablit l’ordre en Grèce et en Egypte. 44 av. J.-C. : César fonde la colonie de Corinthe. 42 av. J.-C. : Deuxième guerre civile. Après la bataille de Philippes, en Macédoine, qui a vu la défaite de Brutus et de Cassius, l’Orient revient à Antoine. Considéré comme « le dernier prince de l’Orient grec », il tente de mettre en place une sorte d’ « empire fédéral ptolémaïque » et aime à se présenter comme un « nouveau Dionysos ». 31 av. J.-C. : La Grèce ne cesse pas de souffrir des guerres civiles romaines (passage des troupes, pillages, levées de soldats et d’argent…). C’est ainsi qu’à Actium, face à un promontoire qui ferme le golfe d’Ambracie entre l’Epire et l’Acarnanie, Octave remporte sur Antoine et Cléopâtre une victoire navale décisive. Le royaume lagide disparaît et la plupart des histoires grecques s’arrêtent ainsi en 31 av. J.-C. car il n’existe plus de royaume indépendant. 30 av. J.-C. : Fondation de Nicopolis d’Epire. 27 av. J.-C. : Auguste divise la Grèce, protégée sur sa frontière septentrionale par des légions, en deux provinces attribuées au Sénat. Au nord, la Macédoine avec Thessalonique pour capitale ; au sud, la province d’Achaïe. Si la structure de base reste la cité, la carte politique est néanmoins simplifiée par les synoecismes encouragés par l’administration. En plus de Lemnos et Imbros, Haliarte, Oropos, Salamine et Délos, Athènes reçoit ainsi plusieurs Cyclades. De nouvelles cités sont également créées, pour lotir les vétérans (Patras en Achaïe pour ceux des Xe et XIIe Légions, Byllis et Dyrrachium en Illyrie) ou redonner vie à des régions dévastées (Corinthe, Bouthrôtos d’Epire). Corinthe, véritable isthme entre Occident et Orient et dont les ports s’ouvrent sur l’Italie et l’Egée, devient capitale. 15-44 après J.-C. : Les deux provinces sont réunies et confiées au légat de Mésie pour faire face aux menaces barbares et, peut-être, à de l’agitation en Grèce même (Athènes s’est révoltée en 13-14). 25 : Mort de Strabon. De culture grecque, cet auteur a laissé une œuvre tout à la fois historique et géographique. Dans sa Géographie, il évoque la péninsule balkanique aux livres VII, VIII, IX et X. 66-67 : Spectaculaire tournée de l’empereur Néron en Grèce. La liberté est, à cette occasion, accordée à toutes les cités. La province d’Achaïe cesse brièvement d’exister avant d’être reconstituée plus tard par Vespasien. La Thessalie, qui dépendait jusqu’alors de l’Achaïe, passe à la Macédoine. C’est peut-être à la même date qu’est créée une province d’Epire à partir des régions nord-ouest de l’Achaïe (Epire, Acarnanie, région du golfe d’Ambracien, îles de la mer Ionienne), l’Achaïe perdant ainsi toute sa façade ionienne à part le Péloponnèse. L’administration romaine s’efface, aucun gouverneur n’est attesté jusqu’en 74. C’est encore sous Néron que sont entrepris des travaux sur l’isthme de Corinthe. 74 : Réaction antiphilosophique et antihellénique de Vespasien. Rétablissement de la province d’Achaïe. IIe siècle : L’université d’Athènes, qui, en dépit de son appellation, n’a rien d’institutionnel, continue de rayonner : la ville fait figure de capitale intellectuelle. C’est l’époque des professeurs néo-attiques et de la seconde sophistique. De façon générale, le « siècle d’or » des Antonins est marqué par ce qu’on appelle « la paix impériale » – qui n’exclut pas une réelle décadence économique de la région. 117-138 : Règne de l’empereur philhellène (« graeculus ») Hadrien. Il voyage à plusieurs reprises en Grèce (125, 128, 131-132) et orne Athènes de monuments de prestige (gymnase, bibliothèque, temples à Héra et à Zeus olympien). Il dote la vieille cité d’un quartier neuf qui porte son nom. En 132, il fonde le Panhellénion, une structure fédérale accueillant les cités répondant à des critères de langue et d’histoire communes. Certaines cités obtiennent des promotions juridiques : Nicopolis, Patras, Philippes deviennent ainsi des colonies. L’époque est marquée par le développement des ligues : sous le contrôle des aristocrates, elles ne servent qu’à célébrer le culte impérial. Comme Hadrien, Lucius Verus, Marc-Aurèle et Commode se feront initier aux mystères d’Eleusis. Le sanctuaire devient l’un des bastions du paganisme capable de résister aux religions à mystères venues d’Orient. 125 : Mort de Plutarque. Né à Chéronée en Béotie (v. 46), ce prêtre d’Apollon à Delphes incarne la renaissance culturelle grecque, avec ses Moralia et, surtout, ses Vies parallèles. Milieu du IIe siècle : Description de la Grèce dans la Périégèse de Pausanias. 161-180 : Règne de Marc Aurèle qui rédige ses Pensées en grec, langue de ses éducateurs et des philosophes stoïciens qu’il admire. 170 : Les barbares Costoboques, venus de Bohème, pillent Eleusis. Vers 177 : Mort d’Hérode Atticus, un célèbre rhéteur et un mécène prodigue qui consacra sa richesse à orner Athènes de monuments (on lui doit notamment l’Odéon édifié au pied de l’Acropole). 212 : L’édit de Caracalla étend la citoyenneté romaine à tous les hommes libres de l’Empire. Les Athéniens prennent le gentilice Aurèlios (Aurèlia pour les femmes) et lui ajoutent leur nom grec avec leur patronyme. 258-268 : Les Goths sont en Attique. 267 : Invasion des Hérules qui saccagent Athènes. L’année suivante, Valérien entreprend de fortifier la cité. Fin du IIIe siècle - début du IVe siècle : Sous Dioclétien et la Tétrarchie, la décentralisation du pouvoir permet de rétablir une situation inquiétante sur le plan militaire. Il y a désormais davantage de provinces administratives : l’Epire nouvelle à l’est, l’Epire ancienne à l’ouest, la Macédoine, la Thessalie au centre et l’Achaïe au sud. Toutes les cités sont alignées sur le modèle des civitates. 313 : L’édit de Constantin autorise la pratique chrétienne. Lui-même se convertit en 323. L’université d’Athènes va, peu à peu, devenir le dernier foyer de la philosophie païenne. 324 : L’empereur Constantin décide de la fondation, sur le site de Byzance, d’une cité dynastique portant son nom : Constantinople. Il inaugure là le déplacement – déjà annoncé par la prépondérance des éléments helléniques dans le Bas-Empire – du centre de l’empire sur les Détroits, vers l’Orient. 325 : Lors du concile de Nicée, où l’on retrouve une majorité d’Hellènes, est condamnée l’hérésie d’Arius, un prêtre grec d’Alexandrie. 363 : Mort de Julien l’Apostat, passionné d’hellénisme, c’est-à-dire de paganisme et de culture classique. Il est considéré comme un bienfaiteur de la Grèce. 391-394 : Sous le règne de Théodose Ier, une série de lois sonne officiellement le glas du paganisme : le culte est interdit, les temples sont fermés (certains sont transformés en hôpitaux ou encore en maisons de jeux). 394 : Suppression des jeux Olympiques (dernière olympiade). 396 : Arrêt de la célébration des mystères d’Eleusis. 447 : Les Huns poussent jusqu’aux Thermopyles. En 467 et en 477, ce sont les Vandales qui viennent ravager les îles Ioniennes. 476 : Rome tombe sous les coups des Barbares, les Hérules d’Odoacre. Les débuts du christianisme en Grèce L'apparition du christianisme en Grèce nous est connue par le Livre des Actes des Apôtres et les écrits pauliniens qui évoquent la période allant de la décennie 30 à la décennie 60 de notre ère. On y voit des disciples de Jésus parcourir les synagogues de Macédoine et de la Grèce. Cette information de la présence juive dans la région est bien attestée par ailleurs par d'autres sources et par l'archéologie. Les communautés du 1er siècle sont composées en grande partie de convertis (prosélytes) ou de « Craignant Dieu » c'est-à-dire de païens qui ne se sont pas encore fait circoncire. Les progrès du christianisme dans ce milieu sont rapides et généralisés. Dès la fin des temps apostoliques, il y a des communautés à Athènes, Corinthe, en Crête et dans les villes de Philippes et de Thessalonique en Macédoine. Les diverses communautés se développent au IIe siècle. L’évêque d’Athènes Publius est ainsi mis à mort sous Marc Aurèle, mais la cité avait produit plusieurs apologistes dont Quadratus et Aristide, contemporains des règnes d’Hadrien et d’Antonin le Pieux, et Athénagore, auteur vers 176 d’un traité sur la Résurrection. Il n'en reste pas moins que l’évangélisation de la Grèce demeure très mal connue pour ce qui concerne la vie des églises durant les siècles ultérieurs, notamment au IIIe siècle. On note simplement la faible participation des évêques du diocèse civil de Macédoine – correspondant aux provinces d’Achaïe, de Thessalie, de Macédoine et d’Epire. Au concile de Nicée, réuni en 325, les communautés d’Athènes et de Larissa sont représentées, mais on remarque l’absence de Corinthe, de Lacédémone et de la Crète, alors que de nouvelles églises, celles de Lemnos et de Thèbes sont mentionnées. Thessalonique, en Macédoine, envoie un représentant à Nicée, mais ni Philippes ni Bérée. Au milieu du Ve siècle, un document mentionne la présence de vingt-et-un évêques en Achaïe, quinze en Epire et huit en Crète, alors que onze évêques macédoniens sont représentés au concile de Chalcédoine. A la fin du Ve siècle, le paganisme institutionnel à disparu de Grèce et la christianisation est générale. A partir de ce moment, elle constituera l'une des composantes essentielles de la civilisation hellénique.
 
C’est une autre Histoire qui commence avec la fin de l’Antiquité et le long millénaire qui voit l’Empire romain se maintenir en Orient après que les Barbares ont eu raison de celui qui a survécu en Occident jusqu’en 476. L’ancienne Grèce fait désormais partie de ce nouvel espace politique et culturel désigné ultérieurement sous le nom de « byzantin ». Réduite au rang provincial par ses vainqueurs au IIe siècle avant J.-C., elle a cependant conservé un prestige culturel sans égal, et Athènes demeure, au cours des siècles suivants, l’une des grandes métropoles intellectuelles où continue à s’affirmer la culture antique. Il en ira autrement après que Justinien aura mis fin à cette survivance du paganisme traditionnel et la Grèce, submergée en partie par les envahisseurs slaves, pèsera peu dans les destinées de l’Empire byzantin, même si elle y brillera localement de ses derniers feux aux XIVe et XVe siècles, après un temps qui aura vu les barons francs descendants des croisés de 1204 marquer profondément de leur empreinte les vieilles terres du Péloponnèse. Milieu du VIe siècle : Des Barbares slaves et bulgares atteignent l’isthme de Corinthe. A la même époque, la Grèce est affectée par de violents séismes et même par un raz-de-marée. Fin du Ve siècle : Tandis qu’en Occident s’établissent des royaumes barbares, la Grèce continue de faire partie de l’Empire romain d’Orient que nous avons coutume de désigner sous le nom d’Empire byzantin. 529 : L’empereur Justinien – qui parlait latin et non pas grec – interdit aux païens d’enseigner et ferme l’Académie d’Athènes. Il abolit le proconsulat d’Achaïe et le divise en quatre provinces ou « stratégies » : Hellade, Nicopolis, Péloponnèse, Iles. L’organisation romaine disparaît alors définitivement. Fin du VIe siècle : Les Slaves submergent les Balkans. L’empire ne contrôle plus que les îles de la mer Egée et une mince bande côtière s’étendant de Constantinople au cap Malée. 617-619 : Thessalonique résiste aux Slaves. Elle est sauvée, selon la tradition, par l’intervention de saint Démétrius. 623 : Des groupes slaves parviennent jusqu’en Crète. 649 : Les Arabes dévastent Chypre, puis s’emparent de Rhodes en 654. 674-678 : Echec des conquérants arabes devant Constantinople. Une nouvelle tentative, en 717-718, se termine également sur un échec. Le pouvoir impérial organise alors, pour faire face aux menaces arabe et slave, de nouvelles circonscriptions militaires, les thèmes, dont le nom désigne également un corps d’armée. C’est ainsi qu’un thème de l’Hellade – ou des Helladiques – est établi en Grèce. 746-747 : La peste ravage le Péloponnèse, favorisant ainsi l’installation des populations slaves qui ne deviendront chrétiennes qu’au IXe siècle. Milieu du VIIIe siècle : Développement de la querelle iconoclaste. L’iconoclasme sera condamné par le concile de Nicée en 787 et l’orthodoxie iconophile sera solennellement réaffirmée en 843. Cette crise a vu l’ancienne Grèce prendre clairement parti en faveur des images, alors que l’iconoclasme rencontrait ses principaux soutiens dans la partie orientale de l’empire. Début du IXe siècle : L’empereur de Constantinople rétablit son autorité sur la Grèce du Nord et le Péloponnèse après l’échec des Slaves contre Patras. 827 : Conquête de la Crète par les Arabes. Ils poussent de là des raids de pillage vers les archipels et les côtes du Péloponnèse. 869 : Mort de Léon le Mathématicien. Cet ancien archevêque de Thessalonique (840-843) doit son surnom à l’étendue de sa culture et à l’enseignement qu’il a dispensé à Constantinople. Milieu du IXe siècle : Evangélisation des Slaves par deux frères de la région de Thessalonique, Cyrille et Méthode. Fin du IXe siècle : Les Arabes s’emparent de Samos et de Lemnos… 961 : Les Byzantins reprennent la Crète aux Arabes. Seconde moitié du Xe siècle : Arrivée du moine Athanase dans la presqu’île la plus orientale de la Chalcidique, l’Athos. Il y fonde un établissement à mi-chemin entre érémitisme et cénobitisme : les moines, isolés dans leur cellule toute la semaine, se rassemblent pour les offices du samedi et du dimanche. Durant la même période, saint Nikon le Métanoïte évangélise les Slaves du Péloponnèse, progressivement assimilés à l’élément grec. 978 : Les Bulgares envahissent la Thessalie. Ils parviennent dans le Péloponnèse en 996. 1054 : L’affrontement qui oppose le pape Léon IX au patriarche Michel Cérulaire entraîne le schisme d’Orient entre les catholiques romains et le monde oriental. 1081 : Le normand Robert Guiscard se pose en champion de l’empereur Michel Parapinakes et envahit l’Epire. Son fils Bohémond est battu à Larissa en 1084. Fin du XIe siècle : Fin du règne de la dynastie macédonienne qui a marqué l’apogée de Byzance, victorieuse sur tous les fronts, contre les Arabes en Crète et en Syrie ou encore contre les Bulgares dans les Balkans. 1099 : Première croisade. La pénétration franque commence en Orient. 1147 : Une flotte sicilienne commandée par Georges d’Antioche s’empare de Corfou, avant de ravager les côtes de l’Eubée, l’Attique et la Béotie. Corinthe est pillée. Milieu du XIIe siècle : Le terme « hellène », jusque-là abandonné, réapparaît chez des auteurs comme Niketas Chionates, G. Tornikes, ou J. Tzetses, pour différencier la culture de l’empire d’Orient de celle des Latins. 1185 : Les Normands de Sicile ravagent les îles Ioniennes et Thessalonique. 1192 : A l’occasion de la troisième croisade, fondation du royaume des Lusignan à Chypre. mars 1204 : La quatrième croisade, détournée de son but initial, s’empare de Constantinople qui est mise à sac. Les chevaliers occidentaux sont accompagnés d’Alexis Ange, le fils d’Isaac II détrôné par Alexis III. Après trois jours de pillage, les croisés et les Vénitiens se partagent l’Empire byzantin déchu. 16 mai 1204 : Le comte Baudouin de Flandre est couronné à Sainte-Sophie empereur latin. Le nouveau patriarche de Constantinople est un Vénitien, Thomas Morosini. Baudouin reçoit un quart de l’empire : la Thrace, la partie Nord-Ouest de l’Asie Mineure, des îles de la mer Egée, comme Lesbos, Chio et Samos. C’est l’empire franc de Constantinople (1204-1261). Le reste est réparti entre les Vénitiens et les chevaliers, au titre de fief impérial. La Sérénissime annexe les îles et les ports les plus importants (îles Ioniennes, Crète, l’Eubée, Andros et Naxos, les villes portuaires de l’Hellespont comme Gallipoli). Elle dispose par ailleurs des 3/8 de Constantinople, dont Sainte-Sophie. La cité italienne renonce en revanche à l’exercice d’une souveraineté directe sur les territoires lui revenant (l’Epire, l’Acarnanie, l’Etolie et le Péloponnèse), se contentant de quelques points d’appui (Modon, Coron). Boniface de Montferrat s’empare de Thessalonique et se taille un royaume embrassant les régions voisines de Macédoine et de Thessalie (1204-1224). C’est devant lui que sont directement responsables les chevaliers francs qui ont créé des principautés dans la Grèce centrale et méridionale. Il défait une armée byzantine aux Thermopyles et prend Thèbes. Après une attaque contre Athènes, il remet l’Attique et la Béotie au Bourguignon Otton de La Roche. Le Péloponnèse est placé sous la coupe de Guillaume de Champlitte et de Godefroy de Villehardouin et devient la principauté d’Achaïe ou Morée, la plus originale des principautés, entièrement occidentale par son genre de vie et d’une structure féodale extrêmement différenciée. Mais l’hellénisme n’est pas mort : trois Etats (l’empire de Nicée, fondé par Théodore Laskaris, celui de Trébizonde et le despotat d’Epire) veulent chasser les Francs et refaire, chacun à son profit, l’unité de l’empire. 14 avril 1205 : Près d’Andrinople, la chevalerie latine est anéantie par les troupes bulgaro-coumanes du tsar Kajolan, appelé par l’aristocratie grecque en rébellion. Les Latins doivent évacuer l’Asie Mineure. 1224 : Le despote d’Epire pénètre dans Thessalonique après un long siège. C’est la fin du royaume de Macédoine et de Thessalie. Le vainqueur se proclame alors « autocrator » et revendique l’héritage des empereurs de Byzance et la direction de la lutte pour Constantinople. Il entre ainsi en conflit avec l’empire de Nicée. 1249 : En Morée, Villehardouin fait édifier la forteresse de Mistra (à 5 kilomètres de la Sparte antique). 1261 : Après avoir vaincu une coalition rassemblant le despote d’Epire, Guillaume de Villehardouin et le roi serbe (bataille de Pélagonia en 1259), Michel VIII Paléologue, qui régnait sur Nicée, reconquiert Constantinople. Il s’y fait couronner après avoir concédé d’immenses privilèges économiques aux Génois, en échange du concours de leur flotte. Printemps 1263 : Une flotte génoise, venue soutenir Byzance contre les Franco-Vénitiens est battue devant Settepozzi, dans le golfe de Nauplie. 22 mai 1267 : A Viterbe, le comte de Provence Charles d’Anjou signe avec le pape un traité d’amitié et un arrangement sur le futur partage de l’Empire byzantin avec Baudouin II, l’empereur latin chassé de Constantinople. Guillaume de Villehardouin place sa terre sous sa suzeraineté. Mais la croisade de son frère, saint Louis, va le contraindre à renoncer à ses plans contre Byzance. 1273 : Charles d’Anjou reçoit à sa cour napolitaine des envoyés du tsar de Bulgarie et du roi de Serbie. Tous les ennemis de Byzance, latins et grecs, slaves et albanais se coalisent sous sa direction, alors qu’il est déjà allié et apparenté avec l’empereur titulaire de Constantinople, comme avec le maître de la Grèce franque. 6 juillet 1274 : Lors du concile de Lyon, la primauté du pape et celle de la foi romaine sont reconnues par les envoyés de l’empereur byzantin. Sous la pression du pape, Charles d’Anjou doit renoncer à ses projets. Mais dans l’Empire byzantin, la décision n’est pas acceptée. 1275 : Michel VIII envoie des troupes contre la Thessalie rebelle. 1278 : Mort de Guillaume II de Villehardouin. La principauté de Morée passe sous l’autorité directe de Charles d’Anjou. Mais la population grecque, déjà en révolte contre les chefs latins, reste insoumise. Jean de Thessalie se pose en chef des Grecs orthodoxes et réunit un concile qui condamne l’empereur comme hérétique. 1281 : Charles d’Anjou et l’empereur latin titulaire, Philippe, le fils de Baudouin II, sous le patronage du pape français, Martin IV, pro-angevin, signent le traité d’Orvieto, « en vue du rétablissement de l’Empire romain usurpé par le Paléologue ». Martin IV va jusqu’à déclarer hérétique l’empereur unioniste qui avait eu pour sa part tant de mal à faire accepter sa décision dans son propre camp. 1282 : Jean de Thessalie et le nouveau roi de Serbie, Miloutine, envahissent la Macédoine. 1282-1332 : Règne d’Andronic II Paléologue, auquel est associé son fils, Michel IX. Pour lutter contre les Turcs puis contre les Bulgares, il recrute les Almugavares, de fougueux et redoutables mercenaires catalans dirigés par Roger de Flor. Ils ravageront la Grèce et finiront par s’installer dans le duché d’Athènes enlevé aux Français. 31 mars 1282 : Vêpres siciliennes. Michel Paléologue, allié de Pierre III d’Aragon qui veut reprendre la Sicile perdue en 1266 par les Hohenstaufen, a activement participé à leur déclenchement. L’orage qui s’amassait depuis vingt ans sur l’empire s’éloigne. 1308 : Les chevaliers de l’Hôpital de Saint-Jean occupent Rhodes et les îles voisines. 1308 : Andronic II introduit une importante modification dans l’administration du Péloponnèse. Il décide de ne plus changer tous les ans le gouverneur de Morée. C’est Michel Cantacuzène qui occupera la fonction jusqu’à sa mort en 1316. Dans le cadre de cette renaissance de la puissance byzantine dans le Péloponnèse, des privilèges commerciaux sont accordés au port de Monemvasie, afin de créer un pôle byzantin capable de concurrencer les centres vénitiens de Coron et Modon. 1318 : La dynastie des Anges s’éteint en Epire et en Thessalie. 1320-1328 : Guerre civile entre Andronic II et son petit-fils Andronic III. 1337 : L’Epire et l’Acarnanie sont incorporées à l’empire. S’il subsiste bien des principautés latines en Grèce, il n’y a plus de principautés grecques dissidentes dans la péninsule balkanique. Les anciens Etats séparatistes sont tous redevenus des provinces de l’empire. Années 1340 : Trois guerres civiles opposent les Paléologue aux Cantacuzène. Jean Cantacuzène est un homme d’Etat qui a servi Andronic III. Quand ce dernier disparaît, éclate une guerre civile entre les partisans du ministre et ceux de la régente Anne de Savoie (1341-1346). Sur ce conflit se greffent une querelle religieuse (courant ascético-mystique de l’hésychasme, dont le foyer principal est le mont Athos) et le soulèvement des zélotes provoqué par la crise économique. Soutenu par les hésychastes, le ministre l’emporte et règne jusqu’en 1352, date à laquelle l’héritier légitime revendique le trône. En 1354, il abdique et se fait moine. 1342 : Le parti populaire des zélotes s’empare du pouvoir à Thessalonique. Vers 1349 : Le territoire byzantin de Morée est transformé par Jean Cantacuzène en despotat autonome. Il le confie à son fils Manuel, pour renforcer la position de la nouvelle dynastie face aux Paléologues. Mistra devient par ailleurs le pôle essentiel de la défense méridionale de l’empire face aux Turcs. Milieu du XIVe siècle : Les guerres dynastiques entre Paléologue et Cantacuzène permettent aux Turcs de s’installer à Gallipoli, située sur la rive européenne du Bosphore. Ils établissent ainsi une tête de pont qui va leur permettre d’occuper, en un demi-siècle, plus de la moitié des Balkans. 1354 : Jean V Paléologue n’arrive pas à déloger Manuel Cantacuzène de Morée et celui-ci en conservera le contrôle jusqu’à sa mort, survenue en 1380. Alors que Byzance sombre dans le chaos, la région est marquée par un réel essor culturel et économique. 1363 : Sous Murad 1er (1359-1389) est créé un corps militaire d’un type nouveau, les Yeni Ceri (« les nouvelles troupes ») connus sous le nom de Janissaires. D’abord constitué de prisonniers de guerre, il est ensuite formé par une élite de jeunes gens recrutés par le devchirme, la levée obligatoire des enfants chrétiens, convertis de force et éduqués spécialement. Y sont soumis tous les chrétiens orthodoxes de Roumélie (C'est-à-dire les régions anciennement byzantines à peuplement chrétien conquises par les Ottomans). Cette mesure sera étendue à tout l’empire en 1521. 1379 : Une compagnie navarraise enlève la Thessalie aux Catalans. 1382 : La Morée passe sous le sceptre du despote de Mistra, Théodore 1er, le troisième fils de l’empereur. 1388-1394 : A Athènes, règne du duc Nerio 1er Acciajuoli, d’une famille de marchands florentins déjà maîtres de Corinthe. 1393 : Le grand capitaine turc Evrenoz-beg s’empare de la Thessalie. 1393 : Seules la Morée, Trébizonde et Constantinople échappent encore aux Ottomans. 1394-1395 : A l’appel d’un baron en butte à ses voisins, les Osmanlis d’Evrenoz-beg battent le despote Théodore Paléologue sous les murs de Corinthe, envahissent la Morée byzantine et, avec l’appui des Navarrais, prennent les forteresses de Leontinoi et d’Akova. 1394-1402 : Le sultan Bajazet met le siège (en fait, six sièges successifs) devant Constantinople qui ne sera sauvée que par l’avancée du Khan des Mongols, Tamerlan. En dix-huit mois, ce dernier a détruit le pouvoir ottoman en Anatolie et restauré les différents émirats qui, depuis, lui versent tribut. C’est à cette occasion que le sultan fait bâtir Anadolu Hissar (« Le fort de l’Est » ou, plus exactement, le fort du côté anatolien du Bosphore) sur la rive orientale du Bosphore. 25 septembre 1396 : Bataille de Nicopolis. Une armée occidentale est battue par les Turcs. 1397 : Athènes est occupée par les Turcs. Le despotat byzantin de Morée est de nouveau envahi. Constantinople est assiégée. Fin du XIVe siècle : Différents empereurs ont favorisé l’installation de dizaines de milliers d’Albanais en Béotie, en Attique et dans le Péloponnèse pour garder les passages stratégiques et repeupler les villages déserts. 1399-1402 : Tournée en Occident, alors marqué par la guerre de Cent Ans, de l’empereur Manuel II pour demander de l’aide contre les Ottomans. 1415 : Sous Manuel II, le philosophe néo-platonicien Gémiste-Pléthon soumet des mémoires à l’empereur et au despote de Morée sur la simplification du système fiscal et la constitution d’une armée indigène. C’est là, dans le Péloponnèse byzantin qu’au crépuscule de l’empire, l’hellénisme exprime sa volonté de vivre et de rénover l’Etat. 1422 : Mehmed 1er (1421-1451) assiège Constantinople, sans succès. 1423 : Les Turcs envahissent de nouveau la Grèce méridionale et détruisent l’Hexamilion, la muraille longue de 6 000 pas qui séparait le Péloponnèse de la Grèce continentale à l’endroit le plus étroit de l’isthme de Corinthe, et ravagent la Morée. Par le traité de 1424, l’empereur s’engage à ne pas reconstruire l’Hexamilion. Par ailleurs, le despote de Thessalonique, déjà attaqué en 1387, 1391 et 1393, se voit contraint de céder la ville aux Vénitiens car il ne peut plus en assurer la défense. 1428 : En Morée, poursuite de la lutte avec les petits Etats latins voisins. Le comte Carlo Tocco doit céder au despote ses possessions du Péloponnèse. Printemps 1430 : Le despote de Morée Constantin, frère de l’empereur, entre à Patras après un long siège. 1430 : Mourad II prend Thessalonique aux Vénitiens. La ville, mise à sac, restera sous l’autorité des Turcs jusqu’en 1913. 1432 : La principauté latine d’Achaïe cesse d’exister. A l’exception des colonies vénitiennes de Coron et Modon dans le Sud-Ouest, de Nauplie et d’Argos à l’est, tout le Péloponnèse est désormais sous le contrôle des Grecs. 1439 : Lors du concile de Florence, le cardinal romain Cesarini et le métropolite de Nicée Bessarion, proclament l’union des Eglises. Une partie du peuple de Constantinople excité par des moines intransigeants proteste et l’accord reste lettre morte. 1443 : Le despote de Morée, Constantin Paléologue, reconstruit le mur de l’Hexamilion. Il étend son pouvoir à l’Attique et fait des raids sur le Pinde. 10 novembre 1444 : La bataille de Varna ruine les espérances de la Chrétienté face aux Turcs. 10 décembre 1446 : Mourad II affronte Constantin sur l’Hexamilion. La Morée est saccagée et plus de 60 000 de ses habitants sont faits prisonniers. Son despote ne conserve que Mistra et doit verser tribut. 6 janvier 1449 : A la mort du basileus, Constantin Paléologue devient Constantin XI, le dernier empereur de Byzance. A ce moment, seules Constantinople, Mistra, Trébizonde, les Sporades du Nord et les îles des Détroits demeurent sous le contrôle des Grecs. 1452 : Le légat du pape Isidore vient en personne à Constantinople proclamer l’union et célébrer à Sainte-Sophie, le 12 décembre, une messe selon le rite latin, ce qui déchaîne la colère de la foule, hostile, malgré l’urgence que représente la menace ottomane, au rapprochement des Eglises. Mars 1452 : Mehmed II entreprend la construction de Rumeli Hissar, en face du château déjà édifié par Bajazet. Une rampe peut permettre de tirer au canon sur tout navire entrant dans le Bosphore. Mai 1453 : Chute de Constantinople, à l’issue d’un siège commencé le 5 avril 1453. 7 000 à 8 000 Byzantins ont dû affronter près de 100 000 Turcs, forts d’une artillerie conséquente. Les 26 navires de la flotte byzantine doivent faire face à 400 navires ottomans. Le 26 mai, la porte Saint-Romain (aujourd’hui Topkapi, « du canon ») s’effondre. Trois jours plus tard, l’attaque générale est donnée et Constantin meurt dans la bataille. Le 30 mai, les premières prières musulmanes sont récitées à Sainte Sophie. Mehmet II peut entrer dans la ville (eis tên polin en grec, qui deviendra « Istanbul » en turc.)
 
Province périphérique de l’Empire byzantin – mais qui fut cependant, sur le plan artistique et culturel, l’un des cadres, à Mistra, de ses derniers feux –, la Grèce va subir, à partir de la fin du XVe siècle, l’interminable « nuit ottomane ». Les foyers qui avaient jadis rayonné depuis le Péloponnèse ou l’Attique sont désormais réduits à une économie rurale des plus modestes, et la seule cité grecque de quelque importance demeure la macédonienne Salonique, le grand port de commerce installé au débouché de la vallée du Vardar. Pour le reste, le pays grec, soumis aux exactions de l’occupant, maintient alors péniblement, dans ses refuges montagnards, une identité constamment menacée et c’est à partir de la diaspora grecque éclairée que se développe tout d’abord la nostalgie d’un passé glorieux. Quand ce sentiment « hellénique » viendra s’unir aux résistances des klephtes – à la fois insurgés et bandits – contre la puissance ottomane, le temps du réveil national sera venu. Le patriarcat de Constantinople Avec la mort de Constantin Dragazes et la conquête militaire ottomane de l'empire, il ne subsiste plus de pouvoir civil byzantin. De ce fait, le patriarche de Constantinople – qui sera toujours choisi parmi les sujets « grecs » – se trouve être la plus haute autorité hellénique de l'Empire ottoman, une charge à laquelle la tradition impériale de sujétion du pouvoir religieux au pouvoir civil ne l'avait pas préparé. Dès le règne de Mehmet II, le sultan va donc se servir de cette autorité, de fait entièrement contrôlée par lui, pour faire approuver et adopter sa légitimité et sa politique par les populations chrétiennes de l'empire. Ainsi, les patriarches vont devenir les défenseurs de l'obéissance due au sultan et les pourfendeurs de toutes les velléités autonomistes ou émancipatrices. Cette position, apparemment toute « collaborationniste » du patriarcat est fondée théologiquement sur la spiritualité doloriste du monde byzantin tardif qui ne manque presque jamais de justifier la victoire turque par les péchés de Byzance et, en particulier, par les dérives « unionistes » considérées comme peccamineuses, des derniers empereurs. Tout cela explique la rapide chute de l'institution, les scissions successives des orthodoxes russes d'abord (1459), puis des orthodoxes grecs (1833), et, au fil des siècles, son presque rejet par les fidèles orthodoxes épris de liberté. 1456 : Le patriarche Gennadios, confronté aux problèmes nés de la conquête et aux unionistes favorables à Rome, démissionne. Mehmet II avait fait de ce moine prisonnier son premier patriarche, une fonction dont il faut désormais décider du mode de désignation du détenteur. Le patriarche doit être nommé par le Saint Synode, composé de métropolites et de hauts dignitaires du patriarcat, mais avec l’accord du sultan. Avec l’institution du cadeau, l’argent joue un rôle important et pousse les autorités à ne pas attendre la mort des titulaires et à multiplier les élections dont l’intérêt financier est pour elles considérable. Entre 1453 et 1654 se succèdent 39 patriarches, mais il aura fallu procéder à 64 nominations, certains se trouvant dans l’obligation, en fonction des besoins du sultan, de racheter leur fonction. Pour trouver les fonds nécessaires, les candidats doivent être soutenus par des groupes d’intérêts politico-financiers (grandes familles de Constantinople ou de Trébizonde, ou par les moines du mont Athos). 1456 : Athènes tombe aux mains des Ottomans et le Parthénon, devenu depuis près de mille ans une église consacrée à la Sainte Vierge, est transformé en mosquée. 1459 : L’Eglise russe condamne la « soumission » du concile de Florence et se déclare indépendante de Constantinople. 1460 : Fin du despotat grec de Morée. Thomas à Patras et Démétrius Paléologue à Mistra doivent payer un tribut. 1461 : Chute de l’empire de Trébizonde. Aucun Etat ou principauté ne représente plus désormais, jusqu’au XIXe siècle, le peuple grec ou l’hellénisme. 1463 : Première guerre turco-vénitienne. Début d’une lutte de plus de deux siècles, interrompue par de courtes trêves aboutissant à la conquête de toutes les îles grecques par les Ottomans et à l’éviction des Latins de l'espace grec actuel. 1464 : Mehmed II rase l’Hexamilion. Décennie 1470 : Venise cède l’Eubée aux Ottomans. 1472 : Le prince moscovite Ivan II épouse la fille du dernier Basileus. D’où la légende selon laquelle un roi orthodoxe blond viendra un jour libérer les Grecs… Ce qui contribuera à entretenir les sympathies pro-russes des Grecs et légitimera la théorie russe de la « troisième Rome » faisant de Moscou l’héritière de Byzance. 1489 : Venise s’empare de Chypre. 1494 : Le roi de France Charles VIII rachète aux Paléologues leurs droits au trône de Byzance et se déclare roi des Grecs. Mais il doit abandonner son projet d’expédition. 1499-1503 : Deuxième guerre turco-vénitienne à l’issue de laquelle Venise perd Methone, Navarin et Coroni qu’elle occupait sur les côtes du Péloponnèse. 1500-1501 : Prise de Cephalonie. 1523 : Chute de Rhodes. Vers 1530 : Constantinople atteint près de 400 000 habitants. Les Grecs n’en constituent plus qu’à peine 40 %. 1532 : Le Génois Andrea Doria dirige une expédition dans le Péloponnèse. Il s’empare de Patras et de Coroni. Les populations grecques se soulèvent, mais les Turcs seront victorieux en 1534. 1534 : Première apparition du terme « klephte » dans une chronique turque pour désigner les brigands de Macédoine. Les autorités créent des compagnies d’armatoles, des miliciens locaux payés pour lutter contre eux. 1537 : Campagne de Khayreddin Barberousse dans les îles grecques. Il fera 18 000 captifs en un an. Du fait de la multiplication des actes de piraterie, les îles tendent à se vider : en 1563, un rapport vénitien affirmera ainsi que sur les quinze îles du duché de Naxos, seules cinq sont encore habitées. 1540 : Venise perd Nauplie et Monemvasia. Seconde moitié du XVIe siècle : Suite aux accords conclus entre François 1er et Soliman, les Français remettent en cause le monopole italien en Méditerranée orientale : c’est le régime des Capitulations, autorisant le commerce français dans certains ports, les Echelles du Levant (dont les principales sont Smyrne, Salonique et Constantinople). Anglais (1580) et Hollandais (1612) bénéficieront par la suite des mêmes avantages. 1570 : Chute de Chio et des Cyclades (sauf Tinos). 1571 : La prise de Famagouste conclut la conquête de Chypre par les Turcs. 1571 : Révolte du Magne et soulèvement sur les côtes nord du golfe de Corinthe et d’Epire. Des représentants de « la Grèce et de l’Albanie esclaves » sont envoyés à Don Juan – le vainqueur, en octobre, de la bataille de Lépante – mais sans succès. 1572 : Le sultan entreprend de repeupler Samos, abandonnée par ses habitants en 1475. Pour échapper aux pirates, ils s’étaient réfugiés à Chios. 1578 : 5 000 moines vivent au mont Athos. Ils sont environ 12 000 dans l’ensemble de la Grèce continentale. La seconde moitié du XVIe siècle est marquée par la construction de nouveaux monastères sur le mont Athos ainsi qu’aux Météores ou encore dans les Agrapha. Leur ornementation commence à être marquée par les artistes de l’école crétoise qui valorisent la sobriété des gestes, la noblesse des attitudes et la tradition byzantine. 1589 : Le métropolite de Moscou s'émancipe du patriarche de Constantinople et se déclare lui-même patriarche. A partir de ce moment, le monde orthodoxe est divisé en 3 patriarcats : Constantinople, Moscou, mont Sinaï. 1598 : Le métropolite de Larissa-Trikkla, Dionysos II dit « le Skylosophos » refuse de payer la djizya, la capitation due aux Turcs par les dhimmis chrétiens. Mais sa révolte tourne court et il doit, en 1600, se réfugier en Italie. 1601 : Après l’église des Saints-Apôtres et celle de la Vierge Pammacaristos, toutes deux confisquées par le sultan, l’église Saint-Georges du Phanar devient le nouveau siège du patriarcat à Constantinople. Son quartier va donner leur nom aux Phanariotes, les laïcs qui se regroupent autour du patriarcat. Ils constituent peu à peu un groupe de notables auquel on peut accéder par le talent ou la fortune. Occidentalisés par leur éducation, ils sont liés au patriarcat par leurs fonctions, mais aussi aux Ottomans qui utilisent leurs compétences (comme fermiers généraux, interprètes, commerçants, ministres, diplomates). 1611 : Dionysos II dit le Skylosophos déclenche une nouvelle insurrection. Mille paysans pénètrent même dans Ioanina à ses côtés. Vaincu, il est écorché vif et sa peau est envoyée au sérail avec la tête de 85 de ses compagnons. 1637 : Dernière levée d’enfants chrétiens pour constituer les troupes de Janissaires. 1645 : Les Ottomans entreprennent la conquête de la Crète et entament le siège de sa capitale, Candie. Première moitié du XVIIe siècle : Des Capucins s’établissent en Grèce, dans les régions sous domination italienne. En plus de leurs activités d’enseignement, ils créent une graphie de la langue grecque en alphabet latin, le frangochiotika. On leur doit aussi un dictionnaire italo-grec dédié à Richelieu. 1650 : Explosion du volcan de Santorin. 1661 : Nomination du premier Grand Drogman de la Porte, Panayotis Nicousios. Il fait office d’assistant aux affaires étrangères, une fonction qui sera toujours assumée par des Grecs (des Phanariotes) jusqu’en 1821. 1669 : Les Français créent, près de Galata, au nord de la Corne d’Or, une école de langues. Transportée plus tard à Paris, elle deviendra l’école des Langues orientales vivantes. L’année 1661 est également marquée par la fin de la guerre de Crète. Au terme d’un conflit long et difficile, les Ottomans s’emparent de l’île dans laquelle Venise ne conserve que les forts de la Souda, de Gramvoussa et de Spinalonga. Ils atteignent là leur apogée en Méditerranée orientale… au moment même où l’on peut percevoir les premiers signes d’un déclin continental que l’échec subi en 1683 devant Vienne va confirmer. 1671 : Un voyageur français s’étonne que plus de 40 navires pirates écument la mer Egée durant l’été. Les habitats-refuges et les places fortes se multiplient dans les montagnes. 1673 : Alexandre Mavrocordatos est nommé Grand Drogman, après avoir dirigé l’école patriarcale. Il devient un diplomate incontournable et impressionnera fortement Tournefort, le botaniste envoyé en Asie par Louis XIV en 1700. 1674 : Une description d’Athènes estime la population de la ville à une petite dizaine de milliers d’habitants. Les Turcs y détiennent le plus souvent les terres labourables, tandis que les Grecs se spécialisent davantage dans les oliveraies et les vignes. La cité relève alors de l’eunuque noir du sérail qui afferme chaque année ses revenus à un « voïvode », c'est-à-dire à un seigneur autochtone relevant de l'autorité du sultan selon un terme slave. 1676 : Installation par Gênes de colons grecs magniotes en Corse. De façon générale, le XVIIe siècle est marqué par une forte émigration et la multiplication des implantations de populations hellénophones en Occident (Italie, Sicile) mais aussi en Géorgie. Septembre 1687 : Le Vénitien Francesco Morosini attaque Athènes. Un obus retombe en chandelle sur le toit du Parthénon, faisant exploser les munitions que les Turcs y avaient entreposées. L’année suivante, il tente de descendre les statues du fronton ouest pour les rapporter à Venise, mais elles chutent et s’écrasent sur le sol. Il n’emporte finalement avec lui que trois lions de marbre qui sont encore à l’Arsenal de Venise. 1687-1688 : La peste ravage le Péloponnèse. 1700 : Une représentation désormais permanente du tsar à Constantinople permet le développement de la propagande de Pierre le Grand, notamment à destination des monastères grecs. 1711 : A la veille d’une nouvelle guerre contre le sultan, Pierre le Grand fait appel aux Rums – ces Grecs qui sont sujets ottomans – « contre celui qui piétine notre foi commune ». La Porte nomme par ailleurs de plus en plus de Phanariotes, jugés plus sûrs que les princes locaux, dans les provinces danubiennes. 1715 : Venise doit évacuer le Péloponnèse envahi par les Turcs. La Porte laisse une large autonomie aux villages de la région, ce que confirmera la paix de Passarowitz en 1718 : chaque village libre a son conseil de notables envoyant des représentants dans les instances régionales. Désormais, seules les îles Ioniennes échappent à la domination ottomane. 1730 : Pierre le Grand accorde aux Rums l’exemption douanière et la liberté de commercer dans toute la Russie. Cette dernière apparaît désormais comme un nouvel adversaire d’autant plus redoutable qu’il s’adresse au sentiment religieux des Grecs. Elle tente ainsi de déstabiliser l’adversaire de l’intérieur tout en continuant à le combattre de l’extérieur à la faveur des guerres qui opposent le tsar au sultan. 1731 : Dans les Bases rationnelles de la politique des nations, Ibrahim Mütteferrika, un agent diplomatique ottoman porte un regard amer sur la situation turque : « Pourquoi les nations chrétiennes qui étaient auparavant si faibles comparées aux musulmanes, commencent-elles à dominer tant de pays à l’époque moderne, et même à vaincre les armées ottomanes jadis victorieuses ? » 1749 : Le patriarche Cyrille V décide de la construction d’un imposant bâtiment pour l’académie athonique du monastère de Vatopédi, uniquement destiné à l’enseignement. 1768 : Début d’une nouvelle guerre russo-turque. Février 1770 : Les frères Orlov (Grégoire, Alexis et Théodore), assistés de trois amis grecs, officiers dans l’armée russe, organisent un soulèvement dans le Péloponnèse, dans l’idée de mobiliser les Turcs pendant que les Russes attaqueraient dans les provinces danubiennes. Les villages musulmans de Laconie sont brûlés, et les Turcs des forteresses massacrés. Les volontaires, venus de toute la Grèce et même de Crète (envoyés par le sfakiote Daskaloyannis), affluent. Mais, dès avril 1770, les Turcs arrivent dans l’isthme et remportent une victoire à Tripolis. En dépit de la prise de Navarin, Orlov repart en juin en laissant les Grecs seuls face aux représailles : la flotte des Grecs insurgés se contentera dès lors de patrouiller en Egée pendant près de quatre ans, mais sans rien y accomplir d’exceptionnel. La révolte est sévèrement réprimée par les troupes albanaises : dans le Péloponnèse, 20 000 personnes sont réduites en esclavage, 30 000 autres quittent la région. En Crète, le sfakiote Daskaloyannis est torturé à mort. 1774 : Par le traité de Kutchuk-Kaïnardji, qui met fin à la guerre russo-turque de 1768-1774, la Russie obtient le droit de libre navigation dans les Détroits, plus un droit de regard sur les affaires concernant les sujets orthodoxes de La Porte. C’est depuis la Crimée reconquise sur les Turcs que Catherine II formulera bientôt ses projets de mainmise sur Constantinople. La grande puissance du Nord ne va plus cesser de soutenir le mouvement irrédentiste grec, mais elle devra compter avec l’Angleterre à partir du début du XIXe siècle. 1779 : Accords russo-turcs d’Aïnali-Kavak. Plusieurs concernent les Rums et leur protection. 1779 : Les Albanais engagés pour châtier le Péloponnèse révolté sont si dangereux que les propriétaires turcs demandent leur expulsion. 1788 : Ali Pacha, un Albanais musulman au service de La Porte, est nommé à la tête de toute la région de Ioanina. Il rencontre l’hostilité des Souliotes, les habitants insoumis de cette région d’Epire. 1788 : Lambros Katsonis, un marin ayant participé à la révolte de 1770, engagé ensuite comme officier dans la flotte russe, obtient un congé officiel pour réorganiser la lutte en Egée. Il pratique ainsi une sorte de piraterie nationaliste et perturbe le trafic turc en mer Egée. Lâché par les Russes, il est vaincu en 1792. Décennie 1790 : Rhigas Feraios (1757-1798), secrétaire du drogman puis du hospodar de Valachie, traduit en grec et en serbe la Déclaration des droits de l’homme, puis, au cours des années suivantes, la Marseillaise et les constitutions de 1791 et 1793. Il écrit le Thourio, un hymne révolutionnaire, et appelle au soulèvement des chrétiens des Balkans. Arrêté à Vienne en 1797, il est étranglé l’année suivante et son corps est jeté dans le Danube. 1792 : Ali Pacha lance 10 000 hommes contre les Souliotes qui, dirigés par les Tzavellas et les Botzaris, résistent farouchement avec succès. 1792 et 1798 : A deux reprises, le patriarche appelle à la soumission en pleine guerre russo-turque. Il rappelle que la conquête turque est une punition divine qui a évité de céder à l’hérésie papiste. 1797-1798 : Expédition des frères Stéphanopolis dans le Péloponnèse : ils cherchent à évaluer l’éventuelle aide qu’apporterait la population à une attaque française contre le sultan. 1797-1800 et 1807-1809 : Les Français occupent les îles Ioniennes (entre 1800 et 1807, ce sont les Russes qui s’y installent, avant d’y être remplacés par les Anglais). Début du XIXe siècle : Tandis que l’archéologie ne cesse de se développer, Adamantios Koraïs (1748-1833) prône le retour aux sources antiques. La période médiévale est, à ses yeux, une époque décadente tandis que la domination ottomane, dont il dénonce les élites turquisantes, est synonyme de corruption. Il invente le katharévoussa, une version purifiée de la langue grecque, sorte de langue véhiculaire indispensable à ses yeux à l’homogénéisation d’un nouvel Etat hellénique. Il traduit Hippocrate, Isocrate, Plutarque, Homère. Ces travaux participent ainsi de la nouvelle identité néoclassique qui, alliée aux idées révolutionnaires de l’époque, concourt à l’exaltation de l’Antiquité grecque et à la lutte de la liberté contre le despotisme. On assiste alors à la résurgence du terme « hellène » (et non pas « grec » qui est latin ou celui de « rum » qui est arabo-turc et péjoratif par son rapport à la dhimitude des chrétiens d'Orient sous tutelle musulmane), indépendant de toute référence à une soumission. En 1827 sera votée une motion de reconnaissance nationale à Koraïs, malgré la condamnation des Phanaraiotes et du patriarcat qui apparaissent comme de plus en plus discrédités. 1803 : Ali Pacha a acculé les derniers Souliotes rebelles dans le monastère de Zalongo. 22 femmes, 6 hommes et leurs enfants se jettent dans le ravin plutôt que de finir esclaves et torturés. Leur sacrifice entre alors dans la légende populaire. 1804 : Constitution du bataillon grec d’Odessa. Près de 20 000 Grecs combattent alors dans des armées étrangères notamment russe. 1807 : Le patriarcat participe à la défense de Constantinople contre la flotte anglaise. 1814 : Naissance à Odessa d’une société secrète, Philiki Haeteria (Société amicale) qui préparera la guerre d’indépendance. Fondée par trois employés de commerce, elle recrute ses membres en Russie, dans les provinces danubiennes, essentiellement au sein des catégories moyennes de la population : ce sont les commerçants et les Grecs de la diaspora qui en constituent l’âme. Ses initiateurs, appelés « apôtres », se partagent les régions à contacter. La société cherche le soutien du Tsar, ou plutôt de son chef des Affaires étrangères, Ioannis Capodistria, qui est originaire de Corfou. 1816 : Fondation de l’Atheneum à Munich. Comme d’autres associations (l’Hellenikon Xenodocheion à Paris, ou la Philomousa Hetairia à Vienne), ces sociétés accueillent des Grecs qui diffusent des idées révolutionnaires et collectent des fonds sous couvert d’activités culturelles. 1814 : L’Anglais Leake note que : « Il n’y a pas de communauté grecque, même avec des possibilités financières limitées, tant en Grèce même que dans les autres régions de Turquie, ou dans celles qui sont sous domination autrichienne ou russe, qui n’ait une école pour l’apprentissage de la langue antique et, dans bien des cas, des autres branches de l’éducation. » 1819 : Le patriarche de Constantinople interdit les prénoms païens, comme Pausanias, Epaminondas, Lycurgue…, qui reviennent à la mode. De façon générale, il condamne publiquement toute forme de résistance à la domination ottomane : devenu une marionnette entre les mains du sultan, il peut payer de sa vie la moindre révolte grecque, et n'a plus aucune liberté d'expression ou de manœuvre.
 
Soumise depuis le XVe siècle à la domination ottomane, la Grèce – réduite au rang d’un espace marginal au sein d’un vaste empire étendu du Danube au Tigre et de la mer Noire aux côtes libyennes – va se poser, quand débute le XIXe siècle, comme le modèle du réveil des nationalités appelé à bouleverser la carte de l’Europe. Il lui faudra cependant une guerre d’indépendance longue et douloureuse pour se reconstituer sous la forme d’un Etat souverain, largement dépendant du bon vouloir des puissances, essentiellement l’Angleterre et la Russie. La longue marche de l’hellénisme ressuscité le conduit jusqu’à la première guerre mondiale, à l’issue de laquelle la Grèce sera contrainte de réduire ses ambitions et de renoncer à la « Grande Idée » qui impliquait le retour en son sein de la côte ionienne et de Constantinople. 1821 : La guerre d’indépendance éclate, soutenue par l’Occident et appuyée par le mouvement philhellène. En février 1821, un premier foyer de révolte échoue sur le Danube, en Moldavie et en Valachie. En mars, c’est au tour du Péloponnèse de s’embraser, sous l’action de Dikaios Papaflessas et d’autres membres de l’Hétairie. Le mouvement se limite vite à cette région, à la Grèce continentale et aux îles les plus proches (ainsi que Samos). La Crète réclame déjà l’Enosis, c’est-à-dire l’union à la Grèce. Quant à Chypre, les autorités ottomanes préviennent toute rébellion en faisant réunir près de 500 notables… pour en exécuter 470 par surprise. Partout, les révoltés ont bien du mal à convaincre les classes aisées et, parfois, comme à Samos, une véritable révolution sociale précède l’entreprise de libération nationale. Dans l’empire, les représailles contre les Rums et les Phanariotes sont immédiates. Le patriarche, qui avait pourtant condamné la révolte, est pendu et son cadavre est exposé. Janvier 1822 : Sous l’égide des notables qui ont pris la tête de la révolte en écartant l’élément populaire, l’Assemblée nationale, réunie près d’Epidaure, vote une constitution démocratique. Après s’être donné pour chef le phanariote Alexandre Mavrocordatos, elle crée un gouvernement général doté d’un exécutif de 5 personnes, sans pour autant supprimer les gouvernements locaux issus des réformes de 1715 (Sénat du Péloponnèse, Sénat de la Grèce continentale de l’Ouest…). L’indépendance est proclamée, l’esclavage aboli. 1822 : Une expédition de 30 000 hommes, menée par Mahmoud Dramali, est écrasée par une bande d’irréguliers conduite par Théodore Colocotronis, dans les défilés des Dervenakia, dans le Péloponnèse. La même année, les massacres de Chio, immortalisés par Delacroix, font près 30 000 morts et autant d’esclaves grecs vendus sur les marchés. 1823 : Une deuxième Assemblée nationale, réunie à Astros, supprime tous les gouvernements locaux. 1823-1824 : Le parti des notables s’oppose à celui des chefs de guerre, incarné par Colocotronis, plus en phase avec la paysannerie dans ce qui ressemble de plus en plus à une guerre civile. Finalement, les libéraux insulaires menés par des figures telles que G. Countoriotis et A. Mavrocordatos, la personnalité politique la plus marquante de la révolution, l’emportent sur les notables péloponnésiens. 1824 : Massacres de Kassos et Psara. 1824 : Mort de lord Byron à Missolonghi. 1824-1825 : Publication par C. Fauriel des deux tomes des Chants populaires de la Grèce moderne. Y est célébrée la figure du klephte qui, de voleur, ancien paysan s’attaquant aux possédants, devient un héros de la liberté. 1825 : Mehmet-Ali, vice-roi d’Egypte, intervient dans la guerre. Son fils, Ibrahim Pacha, après avoir étouffé la révolution en Crète, débarque ses troupes dans le Péloponnèse qu’elles ravagent pendant deux ans. Mistra est mise à sac. La même année, la flotte égyptienne est détruite à Méthone. 1826 : Prise de Missolonghi. Défendue par Botzaris, Karaïskakis et Mavrocordatos, la ville avait, jusqu’alors, vaillamment résisté aux assauts turcs. Une poignée d’hommes font finalement sauter les dépôts de poudre de la citadelle. Avec la prise de l’Acropole d’Athènes, les Turcs semblent néanmoins redevenir maîtres de la Grèce continentale. Mais Karaïskakis trouble toujours la région, tandis que Colocotronis dans le Péloponnèse, Miaoulis et Sachtouris sur mer, forcent les grandes puissances à se pencher plus sérieusement sur la question de l’Orient. Ces événements ne manquent pas de raviver le philhellénisme européen : le roi Louis Ier de Bavière rachète à prix d’or des captifs grecs destinés aux marchés aux esclaves. Trente fils de chefs (dont les jeunes Botzaris, Kanaris, Metaxas…) sont mis en sécurité à Munich et admis dans le corps royal des cadets. Juillet 1827 : La Triple Alliance (France-Russie-Angleterre) veut trouver une médiation entre la Grèce et la Porte, en espérant pouvoir obtenir l’autonomie sous souveraineté du sultan. Ce dernier refuse. 1827 : La troisième Assemblée nationale grecque, réunie cette fois à Trézène, désigne Jean Capodistria (1776-1831) gouverneur de la Grèce. Secrétaire d’Etat des îles Ioniennes en 1803, il était entré au service de la Russie en 1809 pour, finalement, devenir ministre des Affaires étrangères (1816-1822) du tsar Alexandre 1er, avant de soutenir la cause grecque. Il mène une politique pro-russe et impose sa dictature personnelle, sans régler les questions sociales les plus importantes, notamment celle des terres anciennement turques à transmettre aux paysans et dont la plus grande partie passe alors aux mains des notables. Il contribue néanmoins à la mise en place de l’administration du nouvel Etat. 1827 : Dans l’armée qui assiège l’Acropole, seuls 1 500 des 11 000 Grecs sont originaires de la Grèce du Sud : l’immense majorité d’entre eux vient des territoires encore occupés. 20 octobre 1827 : La flotte ottomane est anéantie par la Triple Alliance lors de la bataille de Navarin, en Messénie. 1828 : Guerre russo-turque. Pendant ce temps, les gouvernements britannique et français passent un accord avec Mehmet Ali, en faveur du retrait des forces égyptiennes du Péloponnèse. 1829 : Au traité d’Andrinople, les autorités ottomanes vaincues par la Russie reconnaissent l’autonomie de la Grèce. Février 1830 : Le protocole de Londres déclare la Grèce Etat indépendant sous une monarchie héréditaire confiée aux Wittelsbach ; une façon de séparer la cause grecque du traité d’Andrinople et du succès russe. Le royaume comprend le Péloponnèse, les Cyclades et la Grèce continentale jusqu’à une ligne de démarcation courant du golfe d’Arta au golfe de Volo au nord. 1831 : Capodistria est assassiné par deux membres de la puissante famille péloponnésienne des Mavromichali. 1832 : Samos devient autonome sous souveraineté du sultan. Deux tiers des Hellènes sont encore sous domination ottomane. 1832-1843 : La politique grecque reste dominée par le parti russe (société secrète Philorthodoxe). Ce n’est qu’après 1870 que les Grecs découvriront que la Russie soutenait aussi l’adversaire bulgare en Macédoine. 1832-1862 : Règne du Wittelsbach Othon 1er, imposé par les puissances protectrices après la reconnaissance par la Porte de l’indépendance. Avant lui, Léopold de Saxe-Cobourg avait refusé cette couronne. 25 janvier 1833 : Othon, encore mineur, et un conseil de régence présidé par le comte Armansperg débarquent à Nauplie, capitale provisoire du nouveau royaume. Jusqu’en 1835 au moins, les Grecs sont écartés du pouvoir au profit des Bavarois : le journal officiel, les décrets et les lois sont rédigés en grec et en allemand. Aucune constitution n’est donnée au nouvel Etat, dont une série de mesures administratives permettent néanmoins l’organisation. Mais ce règne est globalement un échec : des volontaires bavarois viennent remplacer les troupes grecques licenciées, laissant les démobilisés, originaires des territoires occupés par les Turcs, sans aucune ressource. Au niveau fiscal, tandis que la dette se creuse, le système s’avère parfois pire que le précédent et rien n’est fait pour régler l’incontournable question de la distribution des biens nationaux aux paysans. Quant au domaine politique, l’omniprésence des trois partis anglais, russe et français reflètent la mise sous tutelle de la Grèce par les puissances protectrices. 1833 : L'Eglise de Grèce proclame son autocéphalie et rompt sa sujétion au patriarcat de Constantinople complètement inféode au pouvoir ottoman. Athènes est choisie comme capitale du nouvel Etat grec. 1837 : Création de l’université d’Athènes, marquant la fin de la décentralisation intellectuelle caractéristique de la domination turque. Athènes redevient le centre de l’hellénisme dans son ensemble. En dépit de la constitution d’un ministère purement grec sous la présidence du roi, le maintien de la politique pro-russe suscite l’hostilité anglaise. La légation anglaise devient le quartier général de l’opposition politique constitutionnelle et des conspirations. 1839-1880 : Période des Tanzimat (« réorganisation ») dans l’Empire ottoman, visant à réduire les interventions des puissances dans les affaires intérieures. La protection des chrétiens étant devenue le motif d’ingérence par excellence, une égalité apparente est assurée aux non-musulmans. 1840 : Londres obtient de la Sublime Porte la destitution du patriarche pro-russe Grégoire VI. Février 1841 : Le protocole de Londres enlève la Crète au vice-roi d’Egypte pour la rendre au sultan. Une nouvelle révolte est violemment réprimée. 1843 : L’Etat grec en faillite fait appel au crédit des puissances protectrices. Dans l’Heptanèse – îles Ioniennes –, développement d’un mouvement libéral, favorisé par l’administration du haut-commissaire anglais Seaton. 3 septembre 1843 : Le jour de la ratification de la convention financière de Londres (prévoyant la mise au service de l’emprunt de toutes les ressources du pays), la révolte éclate à Athènes contre la « xénocratie », la domination étrangère. Elle est conduite par Kallerghis, d’origine crétoise, imposé comme chef militaire de la rébellion par les Anglais. Mars 1844 : Promulgation d’une constitution, très conservatrice, basée sur un système plus ou moins censitaire. Sont néanmoins proclamées certaines libertés individuelles (presse, association…). 1844-1856 : Monarchie constitutionnelle. L’union momentanée des trois grands partis se disloque rapidement. Le profrançais Colettis parvient à s’assurer de la majorité à la chambre et favorise l’intervention royale dans la vie politique. Les ministères de cour sont dévoués à la couronne. Perçu comme le type même du politicien aventurier et corrompu, Colettis prône l’extension territoriale pour résoudre tous les maux de la Grèce. 1844 : Discours du Premier ministre Colettis sur la Grande Idée (Megale Idea), un thème développé depuis la décennie 1830 déjà : il s’agit-là d’intégrer l’ensemble de l’hellénisme – de la ligne d’Aimos au cap Ténare et de l’Adriatique à la mer Noire et au Taurus – dans l’Etat grec. Ce projet, pour le moins irréaliste, impliquant l’expansion aux dépens de l’Empire ottoman et la conquête de Constantinople, se heurte aux aspirations des autres jeunes nations balkaniques (après la guerre de Crimée notamment, les Grecs ne seront plus les seuls à réclamer l’héritage de l’Empire ottoman) et à la politique orientale des puissances occidentales. Milieu du XIXe siècle : Constantin Paparigopoulos (1815-1891) révise l’idéologie nationale néoclassique en réalisant une synthèse de la tradition et de la modernité. 1847 : Anarchie politique et instabilité gouvernementale après la mort de Colettis. 1848-1849 : Révoltes dans l’Heptanèse où les plus radicaux réclament l’union à la Grèce. Janvier-juillet 1850 : Suite à l’affaire Pacifico (un diplomate anglais réclamant des indemnités à l’Etat grec pour le pillage de sa maison), blocus de la Grèce par la Grande-Bretagne de Palmerston bien décidée à rétablir l’influence britannique face à la Russie, de qui le roi s’est encore rapproché depuis 1848. L’opinion publique soutient d’autant plus la politique du tsar, que ce dernier renonce à sa part dans le service de l’emprunt. 29 janvier 1850 : Grâce à l’intermédiaire du tsar, le patriarcat reconnaît l’indépendance administrative de l’Eglise de Grèce. 1853 : Célèbre phrase du tsar Nicolas à l’ambassadeur d’Angleterre au sujet de l’Empire ottoman : « Nous avons sur les bras […] un homme très malade. Ce serait […] un grand malheur si, un de ces jours, il venait à nous échapper. » 1853-1856 : Guerre de Crimée qui oppose la Russie à une coalition formée par la Turquie, la Grande-Bretagne et la France. Des révoltes éclatent en Thessalie (dans les monts Agrapha avec Chatzipetrou), en Epire, en Macédoine, avec des anciens de 1821. L’Etat grec soutient les Rums de Roumélie jusqu’à ce que la pression franco-anglaise ne l’en empêche (en 1854-1857, les forces britanniques et françaises occupent le Pirée). Il ne sera pas autorisé à participer au Congrès de Paris. 1854 : Publication de La Grèce contemporaine d’Edmond About. L’écrivain français y pourfend la classe dirigeante athénienne et bavaroise et marque sa préférence pour la Grèce profonde, celle des armatoles, des klephtes et autres insoumis. Dans Le roi des montagnes, il mettra néanmoins à mal le mythe romantique des pallikares. 1855 : Abolition du kharadj, l’impôt foncier spécifique que devaient payer les Infidèles dans l’Empire ottoman. 1855 : Traité de commerce entre la Grèce et la Porte, facilitant l’expansion commerciale des Hellènes (20 % du commerce de la Grèce se fait alors avec la Turquie). Les différentes parties de l’hellénisme tendent à s’unifier sur les plans culturel et économique même si, dans ce dernier domaine, les Grecs de l’Empire ottoman, des îles et de la diaspora restent plus nombreux et plus riches que ceux du royaume. C’est bien Constantinople et non Athènes qui apparaît comme la capitale économique des Grecs : ils y bénéficient de leurs relations avec les grandes entreprises des puissances occidentales implantées en Turquie. Notons également qu’une grande partie de l’intelligentsia grecque reste largement constituée de Phanariotes. 1856 : Début de la navigation à vapeur en Grèce. 1856-1875 : Essor économique. Déjà, entre 1840 et 1860, la superficie des terres cultivées a doublé. La bourgeoisie, porteuse de nouvelles aspirations politiques, se développe. 1856 : Mise en place de l’égalité religieuse dans l’Empire ottoman. En théorie, les rayas (le « bétail » terme désignant les chrétiens) sont placés sur le même pied que les musulmans. 1857 : Mort du poète Dionysos Solomos, dont l’Hymne à la liberté a, en partie, été repris dans l’hymne national grec. 1858 : A Constantinople, le pouvoir autorise la convocation d’un conseil provisoire visant à mettre en œuvre une réforme plus démocratique et libérale de l’administration des communautés grecques. 1859 : Lors des élections en Grèce, des membres de l’opposition antidynastique entrent au Parlement (Ep. Deliyorghis). En dépit de la perte de sa majorité dès l’année suivante, le roi garde le même gouvernement Miaoulis, à peine remanié, jusqu’en 1862. 1861 : La population grecque atteint les 1 096 810 habitants – alors qu'elle ne comptait que 850 250 habitants en 1840. Cet accroissement s'explique largement par l’arrivée de Grecs des Balkans et d'Anatolie. Mai 1861-mai 1862 : Dernier ministère Miaoulis. L’opposition autour de Constantin Canaris, un vieux héros de la guerre d’indépendance, prend de l’ampleur. Septembre 1861 : Attentat contre la reine. Février-avril 1862 : Du fait de la détention dans la ville d’officiers suspects, Nauplie est le centre de la conspiration contre Othon. Elle est suivie par quelques villes du Péloponnèse et certaines îles des Cyclades. Mais le mouvement manque de cohésion et d’unité : Canaris ne semble pas prêt à prendre la tête d’un mouvement qui affiche des velléités d’organisation populaire (comité révolutionnaire à Nauplie). Néanmoins, Voulgaris prend la tête du mouvement anti-othonien (pro-anglais). Octobre 1862 : Suite aux mutineries des garnisons de l’Acarnanie, de Patras, de Corinthe et d’Athènes, Othon est destitué et quitte le pays. C’est la fin de la dynastie des Wittelsbach en Grèce. De toute façon, la question de la succession aurait posé problème : le roi n’avait pas d’enfant et ses frères, qui auraient donc dû lui succéder, sont des catholiques romains. L’Angleterre se charge de trouver un nouveau monarque : le prince danois Guillaume-Georges de Glucksbourg. Dès décembre, une nouvelle assemblée constituante est élue. Octobre 1863 : Georges Ier, roi des Hellènes, monte sur le trône. 29 mars 1864 : Cession à la Grèce de l’Heptanèse, des îles Ioniennes, sous protectorat britannique depuis 1815. Ses lettrés, comme Tertzetis ou Lascaratos, participeront à la rénovation intellectuelle. 1864 : Dans l’Empire ottoman, la loi des vilayets institue l’admission de chrétiens dans les conseils administratifs provinciaux et communaux. Le pouvoir reste néanmoins entre les mains des musulmans. Octobre 1864 : Vote d’une nouvelle constitution plus démocratique : tout pouvoir émane de la nation, les prérogatives de la couronne sont limitées. 1865-1872 : Parution de la monumentale Histoire de la nation grecque depuis l’Antiquité jusqu’à ces jours de Paparrigopoulos. En réaction contre le culte exclusif de l’Antiquité, elle promeut l’idée d’une réelle continuité historique de la nation grecque, réhabilite l’Empire byzantin, la lutte contre l’Ottoman et l’idée du rétablissement de Byzance sous la forme d’un énorme Etat-nation grec. 1866-1869 : Les Crétois qui, depuis 1858 réclament l’application des réformes promises, se révoltent une nouvelle fois. Un gouvernement local proclame l’union avec la Grèce. Le gouvernement Coumoundouros soutient l’action des rebelles qui s’illustrent lors du fameux épisode du monastère d’Arkadi. 1867 : Lors du traité de Voeslau avec la Serbie, le ministre des Affaires étrangères Tricoupis développe l’idée que l’Orient chrétien s’appartient à lui-même et doit décider de son sort par une action combinée et indépendante des puissances étrangères. Il jette là les bases d’une alliance des peuples balkaniques. Mais, en janvier 1868, le ministère Coumoundouros, à l’origine de cette démarche, doit démissionner. Voulgaris est chargé d’appliquer la politique du roi qui s’en remet aux puissances protectrices pour régler la question crétoise. 1869 : Création de l’Association pour la propagation des lettres grecques, qui dépend du ministère grec des Affaires extérieures. Son but est « d’élever le niveau culturel du peuple et ainsi contribuer à sauver et répandre la langue grecque et la pensée grecque dans les communautés des Grecs non libérés ». 1869 : La Grèce n’est pas représentée à la conférence de Paris, qui décide de laisser la Crète, néanmoins considérée comme une province privilégiée bénéficiant de statuts spéciaux, au sultan. 1870 : Las de payer une Eglise dont le haut-clergé est exclusivement grec, les Bulgares obtiennent du sultan un firman leur attribuant une église autonome, l’exarchat, sous dépendance spirituelle du patriarcat. Ce dernier refuse de le reconnaître, du fait de l’inextricable problème de la Macédoine disputée par les Grecs, les Bulgares et, bientôt, les Serbes. En 1872, il déclare la nouvelle Eglise schismatique. 1871 : L’Etude sur la vie des Grecs modernes de N. Politis (1852-1921) fonde la science du folklore. 1871-1911 : La distribution de 265 000 hectares de terres permet la formation progressive d’une catégorie de petits et moyens propriétaires. 1875 : Tricoupis introduit le régime parlementaire : le roi est désormais contraint de nommer un ministère ayant la confiance de la chambre. 1876 : La constitution turque, d’inspiration occidentale, définit une nationalité ottomane, sans distinction de religion. 1877-1878 : A l’occasion de la guerre russo-turque, Coumoundouros veut envoyer des troupes en Thessalie. Mais la Turquie, après la prise d’Andrinople, a déjà signé l’armistice. 3 mars 1878 : Le traité préliminaire de San Stefano entre la Russie et la Porte prévoit des agrandissements pour le Monténégro et la Serbie qui deviennent, avec la Roumanie, des Etats indépendants, et la constitution d’une principauté bulgare autonome. 1878 : Lors du congrès de Berlin, l’Angleterre prend la défense de l’Empire ottoman, ce qui lui permet d’obtenir l’île de Chypre en échange de ses services. La Grèce y réclame l’Epire, la Thessalie et la Crète. Elle n’obtient que de ponctuelles rectifications de sa frontière septentrionale. Le congrès marque par ailleurs une importante étape dans la question d’Orient, avec l’apparition d’un nouvel acteur : l’Allemagne, en plein « Drang nach Osten », et dont la présence économique ne tarde pas à devenir incontournable. A terme, cette nouvelle donne participera au revirement de la politique anglaise : l’intégrité de l’Empire ottoman aura moins d’importance et la politique nationale grecque apparaîtra moins en contradiction avec ses propres entreprises. 1879 : Depuis 1853, la population citadine en Grèce est passée de 8 % à 28 %. Décennie 1880 : Emergence plus nette de deux formations politiques : les éléments progressistes de la bourgeoisie, les intellectuels et une grande partie du peuple se regroupent derrière Charilaos Tricoupis, qui veut se concentrer sur le développement intérieur et le progrès social, tandis que les conservateurs suivent Coumoundouros. Ce dernier meurt en 1883, passant la main à Th. Deliyannis, promoteur de la Grande Idée et, donc, d’une politique extérieure active. 1881 : La Thessalie, ainsi que le district d’Arta, sont cédés à la Grèce contre l’indemnisation des propriétaires turcs de ces régions. 1882-1885 : Gouvernement Tricoupis, qui reste à la tête du pays jusqu’en 1895 (avec quelques interruptions seulement : 1885-1886 et 1890-1892, années durant lesquelles c’est Deliyannis qui assure la direction des affaires). Fort d’une solide majorité, il réorganise l’armée, l’administration, la justice et lutte contre la corruption. Une importante politique de travaux publics est mise en œuvre. Ses résultats sont spectaculaires mais le prix à payer est très lourd pour les classes moyennes supportant les nouveaux emprunts, aussi bien intérieurs qu’extérieurs. En revanche, l’augmentation des impôts, essentiellement indirects, ne touche ni le revenu ni le capital. Le service de l’emprunt absorbe bientôt près de la moitié des revenus de l’Etat. 1882-1893 : Percement de l’isthme de Corinthe. 1885 : La Bulgarie annexe la Roumélie orientale. Les Balkans s’enflamment. 1888 : Parution de Mon Voyage de Jean Psichari (1854-1929), un écrivain français d’origine grecque. Son nom est attaché au mouvement dit « vulgariste ». Il identifie la lutte pour la patrie avec celle pour la langue démotique. 1890-1912 : L’Etat grec ouvre plus de 30 consulats et sous-consulats en Russie, touchée par une forte émigration des Grecs du Pont. 1893 : Tricoupis déclare l’Etat grec en faillite. Il perdra les élections en 1895 et quittera la Grèce pour venir s’installer à Cannes. 1893 : Les Macédoniens slaves attachés à la Bulgarie fondent l’Organisation révolutionnaire intérieure de la Macédoine (ORIM), prônant l’autonomie de la Macédoine. Des bandes armées bulgares et grecques commencent à opérer dans la région : on parle de « guerre des Komitadjis ». 1894 : A Athènes, fondation par de jeunes officiers nationalistes de la Société nationale, qui intervient dans les régions où vivent des Grecs « esclaves » (Epire, Crète, Macédoine). Fin du XIXe siècle : L’argent ne cesse d’affluer dans le pays. Les Grecs, installés dans les Balkans ou dans l’empire, transfèrent en effet leurs capitaux. Ils permettent ainsi le développement toujours plus important d’une véritable classe bourgeoise grecque. Néanmoins, la situation de la paysannerie reste difficile : la grande propriété occupe toujours plus de la moitié de la superficie totale (soit 75 % de la SAU). Tandis que les paysans entretiennent l’agitation dans les campagnes en réclamant des réformes agraires, apparaissent également des troubles dans le monde des ouvriers dont le nombre a été multiplié par 5 entre 1870 et 1917, date à laquelle ils sont, à peu près, 35 000. 1896 : Des échauffourées sanglantes éclatent lors de la grève des mineurs du Laurion. 1896 : Jeux Olympiques d’Athènes marquant un regain de fierté patriotique. Un riche marchand grec, Constantin Averoff, a fait construire pour l’occasion le stade panathénaïque. Spiridon Louys, un petit paysan de 23 ans originaire de Maroussi, au nord d’Athènes, remporte le premier marathon olympique. 1897 : Lors de la guerre gréco-turque en Thessalie, la Grèce, dont les troupes étaient commandées par le prince héritier Constantin, est vaincue. Cette défaite met à mal le mythe politique de la Grande Idée. 1898 : Début du Haut Commissariat du prince Georges en Crète qui a reçu un statut d’autonomie. La Grèce doit, par ailleurs, accepter une commission internationale de contrôle pour le règlement des indemnités dues à la Turquie et pour l’ensemble de sa dette publique. 1905 : A Thérissos, en Crète, le ministre de la Justice et des Affaires étrangères du gouvernement autonome, Vénizélos, se révolte. Dans le même temps, la création du centre ouvrier de Volo marque le début du mouvement syndicaliste. A Monastir, la fondation d’un Comité pour la libération de l’Albanie inaugure un cycle de guérillas et de réunions clandestines qui empoisonne la vie des Epirotes. 1906 : Le prince Georges démissionne. Il est remplacé par un ancien premier ministre grec, Zaïmis. 1908 : Ferdinand de Bulgarie se proclame Tsar d’une Bulgarie indépendante. En Grèce, de violentes critiques sont adressées au gouvernement jugé incapable de profiter de l’affaiblissement de la Turquie, en proie à la révolution libérale « Jeune Turque ». 1908 : La révolution « Jeune Turque » restaure le régime constitutionnel. Le sultan Abdul-Hamid abdique l’année suivante. Marqués par le modèle jacobin, les Jeunes Turcs rêvent d’une unité nationale, d’une société homogène, d’un ensemble uniforme de citoyens. Ils veulent donc la suppression des millets et de leurs institutions autonomes. Cet épisode est marqué par la montée en puissance d’un nouveau nationalisme, celui des Turcs. Ces derniers ne parlent plus d’ « Ottomans », tandis que les Rums n’utilisent plus que le mot « Grecs ». La situation des chrétiens de Turquie devient difficile (fermetures d’écoles, persécutions…). Du coup, en Thrace, en Macédoine, ces populations se rapprochent face à l’ennemi commun : la lutte des komitadjis est suspendue. Août 1909 : En Grèce éclate un coup d’Etat, fomenté par une ligue militaire préconisant la réforme de l’armée et l’assainissement de la vie politique. Le roi et le gouvernement de Kyriakoulis Mavromichalis doivent céder. Les rebelles appellent Vénizélos en Grèce. 1910 : Création des centres ouvriers d’Athènes et du Pirée. Une loi interdit la participation des patrons aux organisations ouvrières, marquant la naissance d’un véritable syndicalisme moderne en Grèce. La même année, création de l’Association éducative qui prendra part à la réforme de 1917 fondant l’enseignement primaire sur la langue parlée. La langue puriste n’en reste pas moins encore la langue officielle de l’Etat et de l’enseignement supérieur. 1911 : La constitution de 1864 est révisée et marque la création d’un véritable Etat de droit. L’article 17 sur l’inviolabilité de la propriété est supprimé, autorisant – en théorie seulement – l’expropriation des grands domaines à des fins sociales. Beaucoup de réformes sont mises en œuvre et l’on introduit l’impôt sur le revenu. 1912 : Le gouvernement turc expulse les journalistes de nationalité grecque « pour avoir sapé l’unité ottomane ». 1er juillet 1912 : La population du Dodécanèse, sous tutelle italienne, réclame officiellement l’union avec la Grèce. 5 DEPUIS QUAND ? 18 octobre 1912 : Tandis que la Grèce accueille les députés de la Crète, désormais autonome, à la chambre, le royaume déclare la guerre à la Turquie qui est, elle-même, entrée en conflit, la veille, avec la Serbie et la Bulgarie. L’alliance qui a vu depuis quelques années les Etats balkaniques préparer une action commune contre l’empire est bien en place. Les Grecs prennent Salonique et Ioanina. La flotte s’empare des îles de la mer Egée (Chio, Samos, Mytilène). Les Bulgares et les Serbes libèrent quant à eux une grande partie de la Macédoine et de la Thrace. 18 mars 1913 : Assassinat du roi Georges Ier à Salonique. Son fils aîné, Constantin, lui succède (le cadet, Georges, est haut-commissaire de la Crète autonome). 30 mai 1913 : Le traité de Londres met fin à la première guerre balkanique. Les frontières turques sont reportées à l’Evros : l’Empire ottoman perd là 5 millions d’habitants sur 26. Mais la question du partage de la Macédoine conduit à une guerre entre les vainqueurs. 10 août 1913 : Lors du traité de Bucarest, la Bulgarie reconnaît sa défaite face à la Turquie et la Roumanie. Les Grecs obtiennent la majeure partie de la Macédoine (composée de près de 40 % de musulmans), le Sud de l’Epire, les îles de la mer Egée, tandis que l’Enosis crétois est enfin reconnu. Ils doublent ainsi la superficie de leur territoire. Les Bulgares annexent quant à eux la Thrace occidentale. Tous ces changements entraînent d’importants mouvements de populations et, au niveau local, de véritables politiques d’épuration visant à constituer des Etats culturellement homogènes. La situation prend une telle ampleur que Venizelos envisage avec les Jeunes Turcs un échange de population volontaire des Grecs des Vilayets de Thrace et d’Aydin et des musulmans de Macédoine et d’Epire. Mais ce projet sera interrompu et enterré avec la première guerre mondiale. 1913 : Il y a plus encore de Grecs en Thrace qu’en Attique et à Constantinople qu’à Athènes. Décembre 1913 : Lors de la conclusion du protocole de Florence, l’Albanie nouvelle annexe l’Epire du Nord, peuplée à moitié de Grecs qui se révoltent. Les puissances doivent reconnaître provisoirement l’autonomie de cette région, sous souveraineté albanaise. 1914 : La Grèce occupe le 10e rang parmi les puissances maritimes (le 6e par rapport à sa population). Eté 1914 : A la veille de la première guerre mondiale, les Balkans sont, comme le reste de l’Europe, pris dans l’engrenage des alliances. La Grèce reste partagée : le vieux monde politique avec la cour et le roi Constantin (beau-frère de Guillaume II) se tournent vers les puissances centrales, tandis que Vénizélos et le monde libéral penchent naturellement vers l’Entente. Juillet 1914 : La Grèce reste neutre, mais mobilise néanmoins la population quand la Serbie est attaquée par l’Autriche. Essai d’entente balkanique dès le début de la guerre. Vénizélos propose par exemple de céder le district de Cavalla à la Bulgarie, contre la bordure occidentale de l’Asie Mineure. Quant aux Grecs de l’empire, ils ont la possibilité de racheter l’exemption de service. Mais les déportations continuent : dans la décennie 1910, plus de 700 000 Hellènes sont déplacés dans l’Empire ottoman, notamment dans le Pont où, pour des raisons stratégiques, le pouvoir entreprend de changer la composition ethnique d’une région jugée insuffisamment turque. Mars 1915 : Le roi germanophile Constantin 1er, fermement opposé à la participation de la Grèce à l’attaque des Dardanelles proposée par Vénizélos, donne le pouvoir à Gounaris, le chef de l’opposition. 26 juillet 1915 : L’Entente se tourne vers l’Italie et signe avec elle le Protocole de Londres qui lui laisse le Dodécanèse « en toute propriété ». Août 1915 : Fort de sa victoire aux élections de juin, Vénizélos revient au pouvoir. Commence alors une lutte acharnée entre les royalistes, prônant le maintien de la neutralité de la Grèce, et les Vénizélistes qui veulent entrer en guerre aux côtés de la Triple Entente. 5 octobre 1915 : Venizélos est contraint à la démission par le roi suite à l’attaque de la Bulgarie contre le Serbie. 1916 : Vénizélos forme un contre-gouvernement à Salonique, avec l’appui des Alliés qui ont débarqué en Macédoine un corps expéditionnaire franco-anglais. L’année suivante, un ministère spécial pour l’agriculture est mis en place. 1917 : Expulsion du roi Constantin, déposé sous l’action conjuguée de la France et de Venizélos. A partir du 12 juin, son fils cadet, Alexandre, règne à sa place. Septembre 1918 : La Grèce prend part à la grande offensive balkanique de l’Entente. Automne 1918 : A l’issue de l’armistice entre l’empire vaincu et l’Entente, est mise en place une occupation interalliée d’Istanbul. Les Grecs occupent le Phanar. 30 décembre 1918 : Vénizélos présente officiellement à l’Entente ses demandes territoriales. Il y défend l’helladisme et son centre athénien, au détriment d’un hellénisme plus large : il n’évoque pas les Pontiques par exemple. Mais les puissances se sont déjà entendues et les Etats-Unis s’opposent à ses revendications. Les discussions finissent par ne traiter que de l’Ionie et de Constantinople. 15 mai 1919 : Débarquement grec à Smyrne, contre la mainmise italienne. L’opération dégénère en fusillade : la présence des Grecs, venus maintenir l’ordre avec le consentement des Alliés, devient cause de désordre aux yeux des puissances. Juin 1919 : Mustapha Kemal condamne le gouvernement impérial de Constantinople et déclare la révolution nationale pour sauvegarder l’indépendance de la nouvelle Turquie. 27 novembre 1919 : Par le traité de Neuilly, la Bulgarie abandonne à la Grèce la côte de la mer Egée jusqu’à l’Evros. 1920 : Création de la CGT grecque et du Parti ouvrier socialiste. Mai 1920 : Remise de la Thrace à l’armée grecque. Le premier gouvernement national turc rejette le traité de Sèvres. 20 juin 1920 : La défaite électorale de Vénizélos entraîne le retour de Constantin, le beau-frère du Kaiser, par un plébiscite qui témoigne des aspirations à la paix d’une grande partie de la population. La guerre en Asie Mineure, que certains vont jusqu’à qualifier de « coloniale », est de plus en plus critiquée. Ce retournement de situation donne un prétexte à l’Entente pour abandonner ouvertement la Grèce. Le Figaro du 22 novembre 1920 titrera ainsi : « Doit-on assurer à un beau-frère félon ce qu’on avait accordé pour les beaux yeux de Vénizélos ? » Pour les Occidentaux, c’est là l’occasion de se désengager, et de cesser tout prêt à la Grèce, tout en soutenant M. Kemal. Dans le même temps, l’armée est désorganisée par l’épuration des officiers, liée au retour du roi. 10 août 1920 : Avec la signature du traité de Sèvres, conclu entre les alliés de l’Entente et le sultan ottoman, la Grèce reçoit la Thrace orientale, Imbros, Ténédos et l’administration de la région de Smyrne. Mais rien n’est fait pour l’Epire. Le Dodécanèse reste italien et Chypre anglaise. Mais la Grèce doit imposer l’application de ce traité à la Turquie des kemalistes et poursuit donc la lutte en Asie Mineure. 23 mars 1921 : L’armée grecque épuisée (200 000 hommes sont maintenus sous les drapeaux en pays étranger après huit ans de guerre) lance une grande attaque contre les nationalistes turcs. Elle devra se replier à une cinquantaine de kilomètres d’Ankara. Juin 1921 : L’Etat contrôle 100 000 kilomètres carrés et près de 3 millions de personnes. 23 août 1922 : A partir de la bataille de Sakarya, l’armée grecque commence à battre en retraite en Asie Mineure. Défaite définitive devant Kemal : c’est le début de « La Grande Catastrophe » qui devait marquer la fin de la présence hellénique en Asie, sur des terres occupées depuis plus de 3 000 ans. Septembre 1922 : Des centaines de milliers de réfugiés s’entassent dans Smyrne et tentent de s’embarquer sur les navires européens qui, au nom de la neutralité, les rejettent à la mer. L’incendie et le sac de la ville perpétrés par les Turcs font 100 000 morts. 11 octobre 1922 : Armistice de Moundanya, qui suscite une nouvelle révolte d’officiers vénizélistes conduits par le général Plastiras. Le roi doit, une nouvelle fois, s’exiler et laisser le pouvoir à son fils aîné Georges II. 24 juillet 1923 : Traité de Lausanne qui revient sur le traité de Sèvres. La Grèce abandonne définitivement l’Asie Mineure. La Thrace orientale, au-delà de la limite de l’Evros, revient à la Turquie. Le Dodécanèse reste à l’Italie et l’Epire du Nord à l’Albanie. Dès le mois de janvier a été signée une convention devant permettre l’organisation d’un échange des populations grecque et turque. La perspective de voir abandonner par des Grecs des terres où ils étaient présents depuis 3 000 ans se traduit par des manifestations de masse à Athènes. Les populations concernées, Hellènes de Cappadoce ou Turcs de Rhétymnon, sont consternées. L’émigration (concernant quelques 180 000 Grecs d’un côté, 400 000 musulmans de l’autre) doit se faire avant le 1er avril 1924. Seuls les musulmans de Thrace occidentale et les orthodoxes d’Istanbul et des îles d’Imbros et Ténédos en sont exemptés.
 

La Grèce sort profondément bouleversée du XIXe siècle et de la grande crise européenne commencée en 1914. Cette période a vu son émancipation progressive de la tutelle ottomane, mais aussi les désillusions engendrées par le règlement de la première guerre mondiale. Elle est traumatisée par la perfidie des puissances occidentales qui ont abandonné son armée, leur mandatrice en Asie Mineure en 1922. Entre 1912 et 1924, les acquisitions territoriales, conséquentes, ont doublé la superficie du pays qui passe ainsi de 63 211 à 129 281 kilomètres carrés, par l’incorporation des nouvelles provinces, principalement la Macédoine et la Thrace. Durant cette même décennie, 500 000 personnes ont dû quitter la Grèce, tandis que 1,5 million de personnes y arrivaient. Le pays est divisé entre une vieille Grèce au sud, celle de 1830, et une nouvelle Grèce au nord, essentiellement peuplée de réfugiés et de déracinés. En 1928 encore, un recensement général ne pourra que constater que plus d’un million de Grecs sont nés dans l’Empire ottoman. Il faut donc relever de nombreux défis, démographiques, sociaux et économiques : la Grèce reste un pays rural (67 % de la population), endetté et dépendant au point d’être parfois considéré comme un semi-protectorat anglais. 40 % de la population y vit alors en dessous du seuil de pauvreté.
Décembre 1923 : Après l’échec d’un coup d’Etat de Metaxas, les Vénizélistes remportent les élections. Le 18 décembre, le roi Georges II quitte le pays. L’amiral Coundouriotis assume la régence.

25 mars 1924 : L’opposition républicaine menée par A. Papanastassiou constitue un nouveau gouvernement et la Chambre proclame la République, dont le régent devient le premier président. La constitution n’est proclamée qu’en 1927.

1924-1935 : Treize coups d’Etat ou tentatives avortées menacent la République : ainsi, ceux de Pangalos en juin 1925 ou encore du général Condylis en août 1926.

1925 : Chypre, sous protectorat britannique depuis 1878, est proclamée colonie de la Couronne anglaise.

1928 : Venizélos remporte les élections et forme un gouvernement jusqu’en 1932.

1929 : Chypre demande l’union à la Grèce. Vénizélos, qui se refuse à intervenir devant la répression menée dans l’île par les Anglais, est très critiqué.

1930 : Venizélos se rend à Ankara avant que l’année suivante Ismet Inonu, le Premier ministre de Mustafa Kemal, ne vienne lui-même à Athènes. Les relations gréco-turques s’apaisent dans un souci partagé de stabilisation des Balkans et de la Méditerranée orientale.
1930-1934 : Signature d’accords séparés entre la Grèce, la Bulgarie, la Yougoslavie. Quatre conférences interbalkaniques préparent le terrain pour un pacte régional pour répondre, notamment, aux menées italiennes en Méditerranée.
1931 : La Grèce, très endettée, ressent difficilement les conséquences de la crise économique.
Mai 1932 : Démission de Vénizélos. La situation politique se détériore (instabilité gouvernementale, coups d’Etat, attentat contre Vénizélos).
Mars 1935 : Nouvelle tentative de coup d’Etat par des officiers vénizélistes, tenue en échec par le général Kondylis. Plus de 2 000 officiers sont limogés. Le parti s’abstient alors aux élections de juin que remporte le parti adverse des populistes, mené par Panayotis Tsaldaris.

Novembre 1935 : Avec le consentement de Vénizélos et des partis républicains, le roi revient.

1936 : Mort des grandes figures politiques que sont Vénizélos, Tsaldaris, Papanastassiou, alors que l’élection d’une assemblée ingouvernable révèle la profonde division du pays.

Avril 1936 : Le général Metaxas, un ultraroyaliste fidèle, devient Premier ministre.

4 août 1936 : A la veille d’une grève générale, Metaxas fait signer par le roi des décrets suspendant plusieurs articles de la Constitution, sous prétexte de l’imminence d’une insurrection communiste (suppression du Parlement, libertés individuelles diminuées…). Il instaure alors une dictature de type paternaliste, soutenue par un anticommunisme virulent et l’idée d’une « Troisième civilisation grecque », après l’Antiquité et Byzance. Dans chaque département, une Commission de Sécurité publique peut bannir pour un an toute personne soupçonnée de troubler l’ordre public : on parle alors de « déportation administrative ». Les exilés sont envoyés dans les îles. Un certificat de loyauté est mis en place pour les fonctionnaires. On interdit jusqu’à l’Antigone de Sophocle et l’Oraison funèbre de Thucydide pour leurs idées démocratiques

15 août 1940 : Une torpille italienne coule un navire grec au mouillage dans le port de Tinos.

28 octobre 1940 : Le gouvernement italien envoie un ultimatum humiliant à la Grèce, réclamant le libre passage de ses troupes. Le Duce veut tester la neutralité grecque qu’il juge mise à mal par les trop nombreux contacts établis avec la Grande-Bretagne. Le refus du gouvernement est encore fêté aujourd’hui, tous les ans. Les Italiens attaquent immédiatement Kastoria, Ioannina et Igoumenitsa, tandis que les Anglais débarquent des troupes en Crète et à Lemnos. L’enthousiasme de l’armée, le théâtre montagneux de l’Epire et l’union sacrée qui rassemble le peuple grec face à l’agression permettent une réaction et une contre-attaque immédiates. A la fin de l’année, les Italiens se trouvent repoussés à 60 kilomètres de la frontière albanaise. Pendant des mois, 16 divisions grecques (qui combattent pour l’essentiel avec les armes allemandes achetées avant la guerre) immobilisent 27 divisions italiennes, en dépit d’un équipement bien inférieur. Elles transforment ainsi en première déroute de l’Axe ce qui n’aurait dû être qu’une formalité pour l’Italie. Cette guerre d’Albanie devient une véritable épopée pour les Grecs, qui rejoignent le front à pied, dans des conditions climatiques extrêmes, tournant à leur avantage les obstacles du relief qui bloquent les blindés et les camions ennemis.

Début 1941 : Tandis qu’Hitler déploie des forces en Bulgarie, Georges II se tourne vers les Anglais. Mais les militaires britanniques considèrent la cause grecque comme déjà perdue et ne s’intéressent qu’à la Crète et à l’Egypte. Ils veulent abandonner le Nord du pays où les troupes grecques sont dispersées sur près de 1000 kilomètres de frontières.

Janvier 1941 : Mort de Metaxas.

5 avril 1941 : L’Allemagne, qui ne peut laisser son allié italien et les Balkans en danger, met en œuvre le plan « Marita » et attaque la Grèce. Le Pirée est bombardé par l’aviation allemande et bloqué par l’explosion d’un navire de munitions.

9 avril 1941 : Les Allemands atteignent Salonique.

18 avril 1941 : Le Premier ministre Korizis, qui avait succédé à Metaxas, se suicide.

22 avril 1941 : Le roi et ses ministres se réfugient en Crète.

24 avril 1941 : Tsolakoglou, qui dirige le IIIe corps d’armée de Macédoine, accepte la capitulation sans condition. C’est désormais en Crète que les combats vont se poursuivre.
27 avril 1941 : Les troupes allemandes entrent dans Athènes. L’evzone Koukidis qui gardait l’Acropole s’enveloppe du drapeau grec et se jette dans le vide. Les Anglais ont, quant à eux, suffisamment ralenti la progression ennemie (en tenant les défilés du Tempé et des Thermopyles) pour évacuer leurs propres troupes.

Mai 1941 : Le KKE, le parti communiste grec, fonde l’EA (Solidarité nationale) et l’EEAM (Front des Travailleurs).

11 mai 1941 : Le continent et les îles sont occupés par la flotte italienne de l’Egée.

20 mai 1941 : Attaque de la Crète, défendue par les soldats britanniques évacués de Grèce et les soldats grecs repliés du continent. De nombreux volontaires crétois se joignent spontanément à eux, mais ils sont très mal intégrés aux forces déjà existantes.16 000 parachutistes allemands sont largués sur l’île, pour l’essentiel sur l’aéroport de La Canée. Les Crétois leur opposent une résistance fort efficace : à Héraklion, 1 300 Allemands meurent en deux jours. A la fin du mois, la Crète, que le roi a eu le temps de quitter grâce aux pêcheurs du Sud de l’île, est pourtant prise. Georges II va se réfugier en Egypte où il organisera un gouvernement en exil dirigé par Tsouderos. « L’équité historique m’oblige à constater que de tous les adversaires qui nous ont affrontés à ce jour, c’est le soldat grec qui a su se battre avec une vaillance et un mépris de la mort égaux aux nôtres », déclare Hitler. On peut évoquer ici les Mémoires de Churchill, notant, plus tard, que « en Crète, Goering ne rapporta qu’une victoire à la Pyrrhus, car les forces qu’il y a dépensées auraient pu facilement lui donner Chypre, l’Irak, la Syrie et peut-être la Perse ».

Printemps 1941- automne 1944 : Triple occupation, allemande, italienne et bulgare du pays. Les Allemands se réservent un certain nombre de points clés (Macédoine occidentale avec Salonique et l’axe du Vardar, les îles de la sortie des Dardanelles, une bonne partie de la Crète, Le Pirée, Milos) ; les Bulgares annexent la Macédoine orientale et la Thrace « égéenne ». Les Italiens, qui cogèrent Athènes avec les autorités allemandes, s’emparent du reste du pays. Ils créent notamment dans les îles Ioniennes un Etat ionien, annexé de fait à l’Italie. Les modalités de l’occupation diffèrent selon ces différentes zones, mais de façon générale, ce sont des Italiens que les Grecs auront le moins à souffrir : ils ne mèneront pas de politique raciale ni ne feront de représailles massives. Les communautés juives, rouméliote au sud et séfarade au nord, seront touchées par l’occupation allemande (environ 60 000 déportations en Pologne). De façon générale, l’occupation est une catastrophe économique pour la Grèce : l’effondrement de la production agricole, l’inflation galopante (entre mai 1941 et juin 1942, les prix sont multipliés par 160), le cloisonnement des zones d’occupation et la fermeture des mers, bloquées par les Britanniques, entraînent de graves famines. On évalue à près de 300 000 le nombre de morts de faim ou des maladies induites. Ce n’est qu’en mars 1942 que les Anglais laissent passer un premier navire chargé de blé australien.
Septembre 1941 : Naissance des mouvements de résistance à l’occupation. Création de l’EDES (Ligue grecque démocratique), sous le patronage de deux généraux, en exil en France depuis 1933 (Stylinos Gonatas et Plastiras). Sur le terrain, le mouvement de résistance est dirigé par Napoléon Zervas. Est également créée l’EKKA (Libération nationale et sociale), vénizéliste, à l’initiative de Dimitri Psarros. Mais c’est un troisième organe de résistance, le plus important, qui va bientôt s’imposer : l’EAM (Front national de libération), d’inspiration communiste. Il est dirigé par Aris Veloukhiotis, qui avait combattu pendant la guerre civile espagnole, et par George Siantos.

16 février 1942 : Fondation du groupe armé de l’EAM, l’ELAS (Armée de libération nationale) qui domine bientôt toutes les autres organisations. Si ses cadres sont à 75 % communistes, ceux qui s’engagent dans le mouvement sont tout autant portés par une véritable ardeur patriotique : le nom même de l’ELAS dont l’acronyme est identique phonétiquement au mot ELLAS qui signifie « Grèce », symbolise à dessein le rassemblement national contre l’occupant. Elle rencontre un large succès, notamment dans les régions les plus pauvres, dans les montagnes où ont perduré la tradition klephte et l’insoumission au gouvernement central. C’est l’occasion pour certains « capétans », comme Aris, de s’illustrer. De façon générale, le parti communiste a, pour lui, les années de clandestinité imposées par la politique de Metaxas à la fin des années trente.

25 mars 1942 : Le poète Sikelianos publie un épigramme contre l’occupant et un recueil titré Akritika, du nom des défenseurs de l’Empire byzantin contre les Turcs.

Juin 1942 : En Macédoine orientale, l’occupant impose de se déclarer bulgare ou de quitter la région. 200 000 Grecs passent ainsi en Macédoine occidentale.

25 novembre 1942 : Sous la houlette d’officiers britanniques parachutés, une opération commune de l’ELAS et de l’EDES est menée contre le viaduc de Gorgopotamos, coupant ainsi la route de l’approvisionnement par la Grèce des troupes de Rommel. A la fin de la guerre, les rangs de la résistance (très fournis puisqu’il n’y eut en Grèce ni prisonniers de guerre, ni STO) pourront se targuer d’avoir saboté 117 trains et d’avoir rendu inutilisables plus de 200 ponts, ferroviaires et routiers.
Fin février - début mars 1943 : A Athènes, plusieurs rassemblements manifestent contre la réquisition de travailleurs pour le Reich. La Grèce sera le pays occupé qui fournira le moins de travailleurs à l’Allemagne.

Avril 1943 : Création des bataillons de sécurité (les « tsoliades ») pour lutter contre le danger communiste. Cette milice comptera près de 15 000 membres en septembre 1944. D’autres organisations, de fait collaborationnistes, apparaissent, comme les Xites du colonel Grivas.

17 avril 1943 : Une délégation des trois mouvements de résistance demande au roi de s’engager sur le principe d’un plébiscite à son retour pour décider du régime à adopter. Mais Churchill et Roosevelt soutiennent le roi dans son refus. Durant le même mois, une première négociation menée sous l’égide des Britanniques à Pertuli, dans le Pinde thessalien, rassemblent des membres de l’ELAS, de l’EDES, de l’EAM et de l’EKKA. Elle aboutit à un texte précisant la délimitation des zones d’influence des trois groupes, le maintien des communications avec Le Caire. La Grande-Bretagne s’engage, par ailleurs, à fournir de l’argent en proportion du nombre de résistants. La question du plébiscite est éludée.

Automne 1943 : Les divisions entre Grecs s’accroissent. L’EAM qui veut s’attribuer le monopole de la résistance tente d’éliminer l’EDES de Zervas qui a accepté un éventuel retour du roi. Ces tensions, qui dégénèrent parfois en conflit et discréditent la résistance, se retrouvent même parmi les Grecs enrôlés dans les troupes d’Egypte. Churchill, qui jusqu’à présent aidait tous les mouvements de résistants à part égale, en profite pour réduire ses livraisons à l’ELAS. Notons qu’en 1929, le comité central du KKE, le Parti communiste grec, avait déclaré qu’une des principales tâches du parti consisterait à « transformer la guerre impérialiste en une guerre civile qui permettrait l’établissement d’un gouvernement des travailleurs et des paysans ».
Septembre 1943 : le gouvernement italien de Badoglio demande l’armistice. Bon nombre de soldats italiens fêtent l’événement avec les Grecs et prennent contact avec les résistants et les Anglais. Les Allemands veulent les désarmer ce qui entraîne des règlements de compte tragiques dans les îles Ioniennes et la mort de 5 000 hommes dans les forces italiennes de Céphallonie.

Février 1944 : Trêve entre les différents mouvements de résistance qui s’accrochent de plus en plus.

Mars 1944 : L’EAM est décidément omniprésente. Elle qui a déjà constitué une véritable armée avec des écoles, des grades…, fait désormais élire une assemblée constituante et crée un gouvernement : le PEEA (Comité politique de libération nationale), organisme rival du gouvernement en exil, pour peser sur les négociations avec les Britanniques. Il est dirigé par A. Svolos, un professeur de l’université d’Athènes. L’assemblée qui se réunit, fort symboliquement, le mois suivant à Koryschadès, un village d’Evrytanie, rassemble des députés d’horizons relativement différents.

Avril 1944 : Tandis qu’en Crète, le général en chef des forces allemandes est enlevé, Papandréou est nommé Premier ministre, en accord avec les Britanniques. Suite à une mutinerie dans les armées grecques stationnées au Moyen-Orient, divisées entre royalistes et partisans de l’ELAS, des délégués des organisations résistantes sont convoqués au Liban pour former un gouvernement d’union nationale. Durant les discussions, les délégués communistes et la « terreur en région rurale » perpétrée par leurs troupes sont vivement critiqués. Le nouveau gouvernement sera transféré près de Naples.
1er mai 1944 : Pour venger la mort d’un général allemand, 200 personnes sont exécutées dans la banlieue d’Athènes à Kaissariani.

2 septembre : Six ministres de gauche, issus de l’EAM, intègrent le gouvernement.

Septembre 1944 : Tandis que les Allemands évacuent la Grèce, Papandréou obtient, par les accords de Caserte, que l’ELAS (forte de 70 000 hommes en armes, répartis dans les 4/5 du pays) s’abstienne d’occuper Athènes et accepte le débarquement de troupes britanniques en Grèce.

9 octobre 1944 : Voyage de Churchill à Moscou. Il obtient de Staline d’avoir les mains libres en Grèce, contre le sacrifice de la Roumanie et de la Bulgarie.

12 octobre 1944 : Les derniers Allemands quittent Athènes. Les Bulgares quittent le Nord de la Grèce. C’est l’heure du bilan, très lourd : 500 000 morts (famine, combats, déportations…), 1 000 villages et d’innombrables infrastructures détruits. En 1947, l’Office international du travail estimera que seule l’URSS a plus souffert que la Grèce qui devait, pourtant, alourdir encore ce tragique inventaire, en entrant de plein pied dans la guerre civile.

14 octobre 1944 : Arrivée à Athènes d’une brigade britannique sous le commandement du général Scobie qui assume aussi la direction de toutes les forces alliées. Il exige le désarmement des guérilleros avant le 10 décembre. L’ELAS sera appelée à se fondre, dans le cadre d’une brigade, dans la nouvelle armée grecque. Les ministres de l’EAM démissionnent, tandis que l’ELAS résiste aux Anglais et aux troupes royalistes.

18 octobre 1944 : Débarquement de Papandréou qui, dans son premier discours, a annoncé que « la némésis nationale serait implacable ». En fait, la collaboration sera très peu punie, ce qui n’est pas le cas des crimes de droit commun perpétrés par les communistes. Au Pirée, les jeunes de l’EAM manifestent. Ils réclament la « laocratie » (laos désigne le peuple en tant que classe sociale, contrairement à démos qui évoque le peuple citoyen).

9 novembre 1944 : Le gouvernement crée une nouvelle drachme qui vaut 50 milliards des drachmes d’occupation.

Début décembre 1944 : Des manifestations dégénèrent à Athènes. Le gouvernement instaure la loi martiale. Pour résister aux vues communistes sur la capitale, la nouvelle garde nationale recrute beaucoup parmi les anciens collaborateurs. L’image du communiste résistant ne cesse de se transformer en celle du communiste stalinien agressif.

30 décembre 1944 : Moscou nomme un ambassadeur soviétique auprès du gouvernement à Athènes. Staline respecte ainsi l’accord conclu en octobre avec Churchill et semble se désolidariser du KKE, le Parti communiste grec.

31 décembre 1944 : Le métropolite d’Athènes, Mgr Damaskinos, est nommé régent, en attendant l’organisation du référendum sur la monarchie.

Janvier 1945-avril 1946 : Huit gouvernements se succèdent.

11 janvier 1945 : Les communistes signent un armistice. La guerre civile a déjà fait près de 3 500 morts dans les forces gouvernementales et près de 4 000 dans les rangs de l’ELAS.

12 février 1945 : L’accord de Varkiza, garanti par le gouvernement britannique, prévoit la démocratisation de l’armée et des corps de sécurité publique, la création des conditions indispensables à l’organisation d’élections et d’un plébiscite et l’amnistie pour les communistes.

1946 : Les 9/10 des enfants examinés par la Croix-Rouge sont rachitiques, tuberculeux ou malades.

30-31 mars 1946 : Dans la nuit du 30 au 31 mars, attaque du poste de gendarmerie de Litochoro au pied de l’Olympe. Bientôt, dans toute la Macédoine, apparaissent des bandes d’autodéfense dirigées par d’anciens capétans comme Markos, Kikitsas…

31 mars 1946 : Les partis républicains, et le KKE qui proteste contre ce qu’il dénonce comme un climat de terreur blanche, s’abstiennent aux élections, remportées par le parti populiste (royaliste) de Constantin Tsaldaris. La moitié des nouveaux élus étaient déjà parlementaires en 1935.

Avril 1946 : Une escadre américaine arrive au Pirée.

Septembre 1946 : Un plébiscite permet le retour du roi.

28 octobre 1946 : La guerre civile débute véritablement par la création de l’Armée démocratique de Grèce (l’AD), dirigée par Vafiadhis, qui se fait appeler Markos et dont le principal bastion se trouve au nord du Pinde. Elle reçoit le soutien de l’Albanie et de la Yougoslavie. En face, l’armée nationale est forte de 90 000 hommes, la gendarmerie de 30 000. Mais, déjà, l’aide américaine vient soutenir son action et permet la constitution de sortes de bataillons de chasseurs alpins, les LOK.

1947 : Incorporation du Dodécanèse.

12 mars 1947 : Fameuse déclaration du président américain Truman sur la théorie de l’ « endiguement » (« les Etats-Unis doivent aider la Grèce pour sauvegarder son régime démocratique »). Les Etats-Unis vont désormais succéder à la Grande-Bretagne dans le rôle de protecteur de la Grèce, dans une région située en première ligne face au communisme. Le Congrès vote une aide de 250 millions de dollars pour le pays qui entre, pour longtemps, sous le protectorat américain.
1er avril 1947 : Mort du roi Georges II. Son frère Paul 1er lui succède. Il règnera jusqu’en 1964.
Eté 1947 : La Grèce devient bénéficiaire du plan Marshall. D’innombrables experts américains arrivent dans le pays, regroupés dans divers organismes, comme l’AMAG (American mission for Aid to Greece). En 1948, un décret précise les avantages de ce personnel et des missions américaines dans le pays, qui constituent bientôt une véritable enclave : immunité judiciaire, exemption d’impôts… La presse communiste parle d’une seconde occupation. Entre 1944 et 1964, la Grèce recevra des Etats-Unis une aide financière considérable.
Automne 1947 : Arrivée de matériel et de près de 300 officiers américains. L’AD n’arrive pas à s’emparer de Metsovo, mais prend Konitsa, dernière ville accessible par route avant l’Albanie.
23 décembre 1947 : Constitution d’un gouvernement provisoire de la Grèce libre, dont les membres sont exclusivement communistes. Il évoque aussi bien la réforme agraire, l’octroi de droits aux minorités, la nationalisation des biens étrangers que la révolution prolétarienne. Les effectifs de l’AD (qui compte un tiers de femmes, beaucoup de jeunes et de villageois recrutés de force) ne dépasseront jamais plus de 25 000 hommes. Cette armée compte également de plus en plus de slavophones : leurs adversaires peuvent même parler d’une armée étrangère.
27 décembre 1947 : Loi d’urgence reprenant certaines dispositions des textes d’avant-guerre, et interdisent le KKE, l’EAM et l’ EA.

1948 : Remise en service du canal de Corinthe. Le jeune musicien Manos Hadjidakis entreprend de réhabiliter le rébétiko (musique liée au bouzouki, née dans les milieux marginaux des villes ottomanes, condamnée par Metaxas et la bourgeoisie). Avec Théodorakis, ils vont créer un nouveau genre musical, emblématique de la Grèce.

1er mai 1948 : L’assassinat du ministre de la Justice Ladas est suivi d’une centaine d’exécutions. En mai toujours, le projet de constitution, très proche du texte de 1911, est repoussé.

Eté 1948 : Opération Sommet de l’An qui cherche à s’emparer du Grammos, un ensemble de montagnes s’élevant à 2 500 mètres, où l’AD a plus de 10 000 hommes.

Novembre 1948 : Markos abandonne la direction de la guérilla à Nikos Zakhariadis, partisan d’un mode de combat plus classique.

Janvier 49 : Zachariadis admet dans son gouvernement provisoire les Slavo-Macédoniens, témoignant du projet yougoslave de promouvoir une grande Macédoine autonome avec les réfugiés Grecs slavophones, qui prendrait part à une fédération démocratique des peuples des Balkans. Par cette démarche, perçue comme « antinationale », les communistes se coupent encore davantage de l’opinion publique. Par ailleurs, le général Papagos obtient la direction de toutes les forces armées et le contrôle complet des opérations.

Juin 1949 : Paul Eluard se rend sur le Grammos à la rencontre des combattants communistes. Son poème Athéna (Poèmes pour tous) est diffusé en Macédoine et en Epire.
1949 : Manolis Glezos, un étudiant qui avait décroché le drapeau nazi de l’Acropole pendant l’Occupation est condamné à mort puis gracié après une campagne internationale.
Juillet 1949 : Tito, en conflit avec Staline depuis l’année précédente, décide de fermer la frontière gréco-yougoslave et cesse toute assistance aux partisans.

30 août 1949 : L’armée nationale l’emporte sur le Grammos. Les combats perdureront de façon sporadique encore quelques semaines dans le reste de la Grèce. En Crète, les deux derniers rebelles, âgés respectivement de 55 et 59 ans, redescendront des montagnes Blanches en août 1974.

6 octobre 1949 : Zachariadis reconnaît officiellement que la lutte armée est momentanément terminée. C’est la fin d’une guerre civile qui aura fait plus de victimes que les deux guerres mondiales : 158 000 morts, 700 000 personnes contraintes d’abandonner leurs foyers, 28 000 enfants transférés dans les pays communistes…

1948-1962 : Alors que perdurent les pesanteurs politiques de l’après-guerre et un lourd climat de méfiance, de surveillance des idées politiques et de délation, la Grèce connaît, à partir des années cinquante une modernisation tardive, accélérée et finalement brutale. Le contraste n’en est que plus saisissant entre une vie politique marquée par les ingérences de la famille royale ou encore des Etats-Unis, un clientélisme éhonté et une certaine réussite économique : ainsi, le PNB du pays augmente en moyenne de 6,75 % par an. Certains ont appelé cette période le « deuxième miracle grec ». Le succès agricole est sans appel (consommation d’engrais multipliée par 4, irrigation, mécanisation). Les années cinquante sont marquées par la canalisation des fleuves des plaines thessalienne et thrace, les travaux de drainage et d’irrigation de la Copaïde en Béotie ou du lac Karla en Thessalie.

Mars 1950 : De nouvelles élections donnent la victoire aux libéraux, divisés entre trois partis et trois chefs qui sont Sophocle Vénizélos, Plastiras et Papandréou. Aucune coalition solide ne voit le jour.

1951 : Naissance de l’EOT (Office du tourisme grec). Amnistie générale. Seuls 25 collaborateurs sont exécutés. Certains dénoncent une épuration à sens unique.

Mai 1951 : Le général Papagos, ancien soutien de Métaxas, maréchal fort de ses victoires en Albanie et sur le Grammos, se démet de ses fonctions militaires.

Juillet 1951: Papagos crée un nouveau parti, le Rassemblement hellénique, une droite qui se veut différente des populistes et au-dessus des partis, sur le modèle du RPF gaulliste de 1947.
Septembre 1951 : Lors de nouvelles élections, marquées par un renforcement de la proportionnelle, Papagos remporte 36,5 % des voix. Mais il n’obtient pas de majorité absolue du fait du poids de Vénizélos, allié aux centristes, et d’un nouveau parti, l’EDA (Changement démocratique uni), avatar de l’EAM regroupant les survivants de gauche.

1er janvier 1952 : Promulgation d’une constitution qui accorde le droit de vote aux femmes et impose l’inscription de la religion officielle sur la carte d’identité. Le texte proclame la monarchie constitutionnelle avec un régime parlementaire. Le roi est déclaré inviolable et, théoriquement, irresponsable : toute décision doit être contresignée par un ministre. Mais, en réalité, le roi entend bien gouverner, en faisant notamment passer des décrets ou des Actes de cabinet que les députés ne peuvent ratifier qu’après leur mise en application. De plus, jusqu’en 1963, avant chaque scrutin, le système électoral est sans cesse revu et manipulé tandis que les inscriptions sur les listes de 1948 restent les seules valables. Du fait des importants déplacements de populations, elles ne rendent pourtant plus compte de la situation réelle et surévaluent le poids du monde rural, plus conservateur, par rapport à celui de la ville. Par ailleurs, un véritable Etat parallèle, dirigé par l’extrême-droite, les services américains et la haute administration, se développe.

Février 1952 : La Grèce et la Turquie entrent en même temps dans l’OTAN. Des liens étroits sont tissés avec l’armée américaine et ses services de renseignements.

30 mars 1952 : L’ancien membre de l’ELAS de Laconie, Beloyannis, est exécuté, en dépit d’une véritable campagne internationale menée en sa faveur par Eluard (voir L’homme à l’œillet rouge de Picasso, en souvenir de la fleur qu’il arborait en se présentant devant la Cour martiale l’année précédente).
Novembre 1952 : Sous la pression de l’ambassadeur américain, J. Peurifoy, qui menace de couper les crédits de son pays, de nouvelles élections avec scrutin majoritaire à un tour sont organisées. Papagos obtient alors 49 % des voix et 82 % des sièges. C’est le début d’une longue période de stabilité (c’est en effet là le 19e gouvernement grec depuis 1944) sous direction de la droite et de Papagos, qui restera Premier ministre jusqu’à sa mort en 1955.

Avril 1953 : La réforme monétaire radicale menée par Markézinis et les conseillers américains conduit à une dévaluation de 50 %. La même année, une première loi, complétée en 1961, offre aux capitalistes étrangers des conditions alléchantes (fiscales, douanières, sociales, politiques…), jugées d’autant plus nécessaires que l’aide civile américaine doit prendre fin en 1954.

1954 : Visite officielle d’Adenauer en Grèce. Dans les mois qui suivent, la RFA devient le premier partenaire commercial de la Grèce. La même année, le premier ministre Papagos prend l’initiative de poser le problème de l’Enosis de Chypre à Anthony Eden, le ministre des Affaires étrangères britannique. Le « never » qu’il reçoit en réponse exprime bien la détermination britannique à ne pas céder.

Eté 1955 : Les premiers succès de la guérilla grecque chypriote (l’EOKA du colonel Grivas) poussent les Britanniques à des concessions et à l’organisation d’une conférence réunissant la Grande-Bretagne, la Grèce, mais aussi la Turquie : les Anglais prennent le parti de présenter un conflit interne de caractère colonial en conflit interethnique entre Grecs (80 % de la population) et Turcs. Ils ont ainsi contribué à la montée du nationalisme turc qui réclame bientôt le « taksim », c’est-à-dire la partition de l’île.

6 septembre 1955 : Une bombe explose au consulat turc de Salonique, abrité dans la maison natale d’Atatürk. L’attentat donne lieu à des pogroms visant les Grecs d’Istanbul (pillages, destructions d’églises, profanations de cimetières orthodoxes…). En 1960, lors du procès du Premier ministre turc Mendérès, il sera établi que cet acte était une provocation commandée par Ankara.

1955 : Le film Stella de Cacoyannis symbolise l’évolution de la condition féminine en conflit avec les valeurs traditionnelles. Le personnage principal, incarné par Melina Mercouri porte les cheveux courts, fume, travaille et ne veut pas se marier.

1955-1963 : Constantin Caramanlis est choisi comme premier ministre par le roi – et les Américains – après la mort de Papagos. C’est un homme politique jeune, issu d’un modeste milieu de Macédoine. Il s’est retiré de la vie politique à l’époque de Métaxas, a su rester neutre pendant l’Occupation avant de devenir ministre du Travail (1946) puis des Travaux publics (1952). Il saisit l’occasion pour fonder son parti, l’ERE (Parti radical national, de droite, marqué par l’anticommunisme, l’étatisme et le populisme) et obtient la majorité absolue aux élections. Les femmes obtiennent le droit de vote en 1955.

1956 : Caramanlis obtient un prêt américain. Deux ans plus tard, c’est la RFA qui lui accordera un prêt de 200 millions de marks. Cette année est aussi marquée par l’essor d’un nouveau secteur industriel, celui des chantiers de construction navale, qui fait la fortune d’hommes comme Onassis ou encore Niarchos. Une flotte de service à l’échelle mondiale se constitue : en 1968, elle représentera 12 % de la flotte mondiale.

1957 : Mort de Nikos Kazantzakis (1883-1957). Cet écrivain d’origine crétoise a laissé une œuvre monumentale marquée par l’influence de ses maîtres (Homère, Nietzsche, Bergson et Zorbas, dira-t-il dans le prologue de Zorba le Grec), un questionnement métaphysique (Christ, Bouddha) et des figures historiques comme Lénine.

1957 : La Grèce, dont la production agricole est multipliée par deux entre 1952 et 1963, est autosuffisante en blé.

1957-1967 : Une loi de 1954 permet la création de larges complexes touristiques, soutenus par la Banque nationale. Plus de 50 hôtels de la chaîne Xenia sont construits. En 1966, la barre du million de touristes est franchie.

Avril 1957 : Affaire Merten. Cet Allemand, impliqué dans les mesures antisémites prises à Salonique durant l’occupation nazie, est arrêté à son retour en Grèce. Pourtant condamné à 25 ans de prison, il voit les poursuites rapidement abandonnées.

1958 : L’EDA – de gauche – crée la surprise en obtenant, aux élections, 24 % des voix et 78 députés, sur le thème de l’abolition des mesures d’exception, la critique de l’omniprésence américaine et les inégalités sociales.

1959 : Théodorakis est proclamé meilleur compositeur européen de l’année. Il continue de populariser les textes des grands poètes et met notamment en musique Epitaphios, un poème de Ritsos. Ecrit à l’occasion de la mort d’un jeune homme dans une manifestation de 1936 à Salonique, accompagné par le bouzouki de Manios Chiotis qui lui donne un rythme de rébétiko et chanté par un prolétaire sans formation classique, ce texte est perçu comme un affront par les autorités. Il est interdit à la radio.

Mai 1959 : Visite de Malraux à Athènes. Il rédige le texte du premier spectacle son et lumière de l’Acropole.
Juin 1959 : La Grèce demande à être associée à l’Europe des Six.

1960 : Chypre obtient son indépendance. Mais sa souveraineté est doublement limitée : les Britanniques conservent deux importantes bases militaires et la constitution est garantie par la Grande-Bretagne, la Grèce et la Turquie, ce qui offre à la couronne anglaise un rôle d’arbitre ; Hadjidakis reçoit un oscar pour la musique de Jamais le dimanche ; construction de la route nationale n°1 reliant Athènes à Salonique qui, prolongée jusqu’à Patras, devient l’axe principal de développement du pays.

1961 : Le nouveau parti centriste de Papandréou, l’EK (Union du Centre) remporte 34 % des voix. Visite de Caramanlis à Paris. Un premier accord d’association à la CEE est signé.

1961-1971 : Presque toute la croissance naturelle de la population est absorbée par l’émigration (Amérique du Nord, Australie où Melbourne est bientôt considérée comme la deuxième ville grecque du monde, Allemagne). Ce phénomène touche surtout la population de la Grèce du Nord, déjà saignée par les départs du début du XXe siècle (1900-1921). En Grèce même, l’exode rural ne cesse de s’amplifier : la montagne devient synonyme de retard, d’opposition au progrès. Il faut attendre 1974 pour que la Grèce retrouve un solde migratoire positif.

1962 : Electre du cinéaste Cacoyannis ; Séféris, un poète influencé par le symbolisme français, mais soucieux d’exprimer la conscience historique de la Grèce, est prix Nobel de littérature.

Novembre 1962 : Entrée en vigueur d’un accord difficilement signé l’année précédente avec la CEE (l’Italie redoutant la concurrence grecque). Au moment où l’aide américaine cesse, le pays obtient un prêt conséquent sur 5 ans et les taxes sur les produits grecs sont baissées.

1963 : Les premiers hauts-fourneaux grecs fonctionnent. La production industrielle, qui dépasse en valeur la production agricole, connaît une remarquable croissance jusqu’au milieu des années soixante-dix.

Février 1963 : Caramanlis propose une révision de certains articles de la Constitution, qui renforcerait le pouvoir du législatif et du gouvernement.

22 mai 1963 : A Salonique, assassinat maquillé en accident du médecin et député de l’EDA Lambrakis (une affaire portée à l’écran par le film de Costa Gavras, Z). Cette ancienne vedette olympique avait conduit, le 21 avril précédent, une marche pour la paix entre Marathon et Athènes, contre la présence des bases américaines et cherchait à dénoncer les réseaux parallèles qui noyautaient les institutions. Quelques mois plus tard, c’est M. Théodorakis qui sera élu à son siège et dirigera les jeunesses lambrakistes, proches de l’EDA. On attribue ce crime aux services secrets (CIA ou son équivalent grec le KYP) et, de façon générale, au « para-Etat » qui noyaute la vie politique grecque au point que Caramanlis, en public, demandera : « Mais enfin, qui donc gouverne ce pays ? »

17 juin 1963 : Caramanlis démissionne, officiellement parce qu’il désapprouve le projet de voyage officiel du couple royal à Londres (un premier voyage avait déjà été troublé par des manifestations de réfugiés grecs). Depuis quelques années, en fait, il ne cesse de s’opposer au couple royal. Il quitte la Grèce pour Zurich et laisse la direction de l’ERE à Canellopoulos.

Novembre 1963 : Après la démission de Caramanlis, les élections sont remportées par l’EK, l’Union du centre (avec 42 % des voix). C’est là le succès d’un anticommunisme rassurant mais aussi celui de l’opposition à la monarchie. Les talents de tribun de Papandréou rendent crédible son idée de centre progressiste. Mais pour l’ERE (39 %), il n’est qu’un dangereux gauchiste, et pour l’EDA (15 %), un réformiste timide.

Fin 1963 : Le problème chypriote manque une nouvelle fois de dégénérer en guerre gréco-turque. Le président de la République chypriote et chef de la communauté grecque, Mgr Makarios, a proposé à son vice-président, chef de la communauté turque, une série d’amendements à la constitution. Des violences ont éclaté, et la Turquie a bombardé Nicosie. Naissance de l’organisation chypriote grecque paramilitaire Akritas, alors que les Turco-Chypriotes créent le Bozkurt (« les loups gris »).
Février 1964 : Comme Papandréou n’a pas la majorité absolue, de nouvelles élections lui donnent 52,75 % des voix.
Mars 1964 : Alors que les tensions perdurent à Chypre, les autorités turques expulsent d’Istanbul les ressortissants grecs – 11 000 personnes – ainsi que 20 000 Rums (Grecs ayant la nationalité turque) qui ont 48 heures pour partir, sans leurs biens. Une « turquisation » systématique des îles de Lemnos et Imbros est mise en œuvre (98 % des terres grecques y sont ainsi expropriées).

Mai 1964 : 6 500 membres des Force de pacification des Nations unies à Chypre (UNFICYP), une force spéciale créée par l’ONU, s’installent à Chypre, alors que les combats intercommunautaires s’amplifient. En avril, une division grecque est envoyée. Johnson doit adresser un avertissement au président turc Inonu pour stopper ses préparatifs d’invasion.

Eté 1964 : A Genève, Papandréou refuse le plan de Dean Acheson (l’Enosis contre une base militaire à Chypre et l’île de Castellorizo aux Turcs). Il refuse, en août, de participer aux manœuvres de l’Otan en mer Egée.

1964 : Papandréou ferme les derniers camps de rééducation. 1 400 personnes étaient encore assignées à résidence dans diverses îles pour ne pas avoir montré de signe de reconversion idéologique. Une dizaine de groupes paramilitaires sont dissous, le certificat de loyauté est supprimé, la réforme scolaire est mise en œuvre. La droite l’accuse bientôt d’être le cheval de Troie du communisme. Le parcours de son fils Andréas accentue par ailleurs l’accusation de népotisme. Rentré des Etats-Unis (où il s’était exilé en 1940, après avoir eu des démêlés avec les autorités pour ses idées trotskistes) en 1959, il est devenu conseiller économique de la Banque de Grèce. L’ambassadeur des Etats-Unis compte beaucoup sur ce Grec américanisé pour adoucir son père… que, bien au contraire, il soutient fermement, au point de devenir ministre de la Présidence, c’est-à-dire conseiller privé.

1964 : Zorba le Grec de Michaël Cacoyannis.

1964 : Constantin II succède à son père Paul Ier.

Janvier 1965 : Devant l’opposition des Etats-Unis, Papandréou doit renoncer à une visite officielle à Moscou.

Eté 1965 : Suite à la découverte d’une organisation paramilitaire de gauche (Aspida) parmi les officiers grecs semblant impliquer son fils, Papandréou entre en conflit avec le roi et finit par démissionner. S’ensuivent deux mois de manifestations continuelles au cri de : « Le roi règne, le roi conseille, mais le roi ne gouverne pas ! » Lors des funérailles d’un étudiant, tué par l’explosion d’une grenade lacrymogène, 300 000 personnes se rassemblent à l’appel de Théodorakis. Papandréou devient un véritable héros.

Juillet 1965 - avril 1967 : Onze gouvernements se succèdent, la droite refusant les élections. Il faut trouver – et payer – des transfuges du centre pour, enfin, obtenir une faible majorité : la population parle d’apostasie (« apostaCIA »).

1966 : Procès des assassins de Lambrakis et des conjurés supposés de l’Aspida. La personnalité d’Andréas Papandréou cristallise les enjeux politiques.

Avril 1967 - été 1974 : Dictature des colonels. Alors que tous redoutent l’issue des élections prévues pour le mois de mai, des blindés occupent les points clés de la capitale dans la nuit du 21 avril, à l’initiative d’un groupe de colonels obscurs, prétendant agir avec l’accord du roi : deux colonels de l’armée de terre, Georges Papadhópoulos et Nicolas Makarezos, et un brigadier, Stylianos Pattakos, anticommunistes convaincus, proches de la CIA et tous trois membres de l’IDEA, une organisation souterraine fondée au début des années cinquante par des officiers d’extrême-droite nostalgiques de la dictature de Metaxas. Profondément nationalistes, très hostiles au régime parlementaire, ils sont également très attachés à la tradition orthodoxe. De nombreuses libertés sont suspendues (droit de grève et libertés syndicales…), la fonction publique est épurée, les « Grecs incomplets » (comme les slavophones de Macédoine orientale ou les musulmans de Thrace) sont étroitement contrôlés et un code de moralité est mis en place… Quelques centaines de personnes sont arrêtées, dont les Papandréou, Théodorakis (dont la musique est interdite) ou encore le poète Ritsos… Beaucoup sont déportées dans les îles non fréquentées par les touristes. La dictature s’installe avec Kollias comme Premier ministre. Le régime sera marqué par les mesures favorables aux paysans (le monde rural est idéalisé) et par une extraordinaire campagne de travaux publics (qui aboutit à la construction de 10 aéroports et de 34 hôpitaux).

13 décembre 1967 : Le roi tente un coup d’Etat avec les généraux restés fidèles. C’est un échec et il doit fuir le pays pour Rome. Un régent est nommé, le général Zoïtakis, avant d’être remplacé par Papadhópoulos lui-même en mars 1972.
Janvier 1968 : Dans une lettre adressée au président américain Johnson, Papadhópoulos s’explique sur le sens de sa démarche : il dénonce dans le régime précédent « la débauche factieuse, la démagogie illimitée et la corruption désintégratrice… la révolution a eu lieu à la veille d’une guerre civile certaine ». Aux jeunes, il préconise « un nouveau baptême dans les sources de la tradition ancestrale, l’expression de la croyance nationale que la race grecque est la plus grande et la meilleure sous le soleil ». Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne reconnaissent le nouveau régime. Ils seront suivis par la plupart des Etats.

1968 : Le parti communiste, déchiré par la crise hongroise de 1956 et par la répression du Printemps de Prague, se divise : le KKE de l’intérieur est dirigé par Partsalidis (eurocommuniste) et le KKE de l’extérieur, fidèle à Moscou, est sous la houlette de Koliyannis (jusqu’en 1979).

Novembre 1968 : Mort de Papandréou. 500 000 personnes suivent son cortège funèbre à Athènes. Un plébiscite truqué (92 % de oui) entérine l’adoption d’une nouvelle constitution qui, au regard des circonstances, n’est pas appliquée.
Décembre 1969 : La Grèce quitte le Conseil de l’Europe pour éviter d’en être exclue

1970 : Papadhópoulos nomme un Parlement réduit de 56 membres.

1971 : La population urbaine dépasse la population rurale.

1971 : les Troyennes de Cacoyannis.

1972 : Tandis que Kadhafi ferme les portes de la Libye aux Américains, la Grèce et les Etats-Unis signent un nouvel accord régulant la présence de la VIe Flotte au Pirée. A Chypre, les colonels tentent d’empêcher la réélection du non aligné Makarios.

1973 : Début de la querelle relative au plateau continental et aux eaux territoriales entre la Grèce et la Turquie. Aucun règlement n’a encore été trouvé.

Juin 1973 : Papadhópoulos proclame officiellement la déchéance du roi. Le mois suivant, la République, présidée par Papadhópoulos, est proclamée.
Eté 1973 : Alors que trois millions de touristes découvrent la Grèce, Papadhópoulos tente une relative libéralisation du régime (amnistie, loi martiale levée…).

Octobre 1973 : Markézinis devient Premier ministre.

16-17 novembre 1973 : L’armée donne l’assaut contre l’Ecole polytechnique d’Athènes, occupée par des étudiants qui s’agitent depuis quelques mois déjà sous la houlette de deux organisations clandestines, le Rigas Féraios (du nom du révolutionnaire du XVIIIe siècle) sous l’influence du PC de l’intérieur ; et l’anti-EFEE contrôlé par le PC de l’extérieur. L’opération fait près de 80 morts et donne lieu à 5 000 arrestations. Les tanks circulent dans Athènes. Papadhópoulos doit se retirer et laisser la première place à Ghizikis, même si c’est en réalité Ioannidis qui semble détenir le pouvoir.

15 juillet 1974 : Le palais présidentiel de Nicosie, à Chypre, est mitraillé et des conjurés œuvrant pour les colonels placent au poste de président un ancien membre de l’EOKA, Nikos Sampson. Makarios parvient à s’échapper. Cinq jours plus tard, les Turcs parachutent leurs hommes près de Nicosie. Le 22 juillet, l’Etat-Major grec étant convaincu de son incapacité à engager l’armée dans cette affaire, un cessez-le-feu est signé.

24 juillet 1974 : Tandis que le président a été poussé à la démission, Caramanlis, rappelé d’exil, débarque en Grèce à bord de l’avion de Valéry Giscard d’Estaing avec le slogan : « Ellas, Gallia, Symmachia » (Grèce, France, Alliance). Son retour satisfait les Etats-Unis qui n’avaient plus de raisons de soutenir la dictature depuis que Papadhópoulos avait refusé l’utilisation de l’espace aérien grec pour aider Israël pendant la guerre du Kippour. Il permet de remplacer Ioannidis par un homme de droite respectable, fiable, pro-occidental. La situation reste néanmoins tendue (complot de Ioannidis en février 1975) au point que Caramanlis dort sur un yacht à l’abri d’un navire de guerre. Il deviendra, par la suite, une personnalité écrasante de la metapoliteusis, « la politique après la dictature » : il sera Premier ministre de 1974 à 1980, président de 1980 à 1985, puis de 1990 à 1995. L’autre grande figure sera Andréas Papandréou, Premier ministre de 1981 à 1989 et de 1993 à 1996. Tous deux se comporteront en patriarches intransigeants avec leurs troupes et leur parti.

14 août 1974 : Les Turcs lancent sur Chypre l’opération Attila II. Ils s’emparent de la ville de Famagouste et occupent désormais 36 % du territoire chypriote. Nicosie est coupée en deux, la partition est, de facto, réalisée.

Novembre-décembre 1974 : Alors que la constitution de 1952 a été remise en vigueur, à l’exception de l’article 1 sur la nature du régime, et que Ghizikis est resté provisoirement président, des législatives et un référendum sur la nature du régime (le sixième en un siècle) sont organisés. De nouveaux partis apparaissent : deux partis communistes, de nouveau autorisés ; la Nouvelle Démocratie (ND), d’un esprit gaulliste, créée par Caramanlis qui a dissous l’ERE ; le Parti socialiste panhellénique (PASOK) fondé par Papandréou (à la date anniversaire du 3 septembre 1843 et du mouvement contre la monarchie absolutiste d’Othon) et qui se veut marxiste, nationaliste et antiaméricain. La ND l’emporte avec 54 % des voix, le PASOK obtient 14 %. Les communistes dépassent les 10 %. Lors du référendum sur la nature du régime, il est marqué par le choix massif pour la République (70 %). Stasinopoulos est désigné président en attendant la promulgation d’une constitution.

Mars 1975 : « Au nom de l’intérêt supérieur de la nation », les autorités grecques refusent d’ouvrir le dossier chypriote afin de faire la lumière sur les responsabilités des différents acteurs et, notamment, des Américains. Mais, dès l’été 1974, la Grèce sort de l’organisation militaire de l’OTAN. Elle n’y reviendra qu’en 1980, pour ne pas laisser champ libre aux Turcs.

Avril-juin 1975 : Procès télévisés des principaux responsables du « coup d’Etat » de 1967. Ses trois initiateurs sont condamnés à mort, peines commuées en prison à vie, ce dont écope aussi Ioannidis. Papadhópoulos mourra en prison en 1999. La relative clémence apparaît alors comme la garante de la paix civile.

Juin 1975 : La nouvelle constitution est votée en l’absence de l’opposition qui refuse le principe d’un exécutif fort.

23 décembre 1975 : Le groupe terroriste 17N, en référence au mouvement étudiant du 17 novembre 1973, revendique l’assassinat du chef d’antenne de la CIA à Athènes. 23 meurtres seront commis en 25 ans.

1975 : La langue démotique devient la langue officielle. C’est là l’issue d’une longue lutte qui avait opposé les partisans du katharévoussa à ceux du démotiki, les conservateurs aux libéraux et aux communistes. Le grec ancien commence à disparaître de l’enseignement.

1979 : Ritsos et Elytis reçoivent le prix Nobel de littérature.

1980 : Le PIB par habitant qui était de 1 570 dollars en 1960 passe à 4 568.

1981 : Caramanlis refuse d’assister au mariage du prince Charles car Constantin s’y rend en tant que « roi des Hellènes ».

1981 : Andréas Papandréou devient Premier ministre, sous la présidence de Caramanlis. La gauche restera ainsi au pouvoir jusqu’en 1989 (avant de revenir entre 1993 et 1996). Malgré son hostilité à ce projet, elle doit entériner l’entrée de la Grèce dans la CEE, aboutissement de la volonté de Caramanlis (« Nous appartenons à l’Occident »). Elle sera l’un des pays les plus aidés (régions en difficultés, agriculture, transports…). La fête nationale du 30 août qui commémorait la victoire des armées gouvernementales en 1949 est symboliquement supprimée. Une politique de dépenses publiques est mise en œuvre : augmentation des bas salaires, aides sociales, retraites… Le secteur public est de plus en plus surdimensionné et reste invariablement le terrain de prédilection des réseaux de clientélisme politique. La dette se creuse et il faut dévaluer la drachme en1983. La politique étrangère s’ancre à gauche : Papandréou sera ainsi le seul dirigeant d’un pays de l’OTAN à soutenir la politique soviétique en Pologne.

1981-1989 : Melina Mercouri est ministre de la Culture. Après une carrière d’actrice et de chanteuse, elle s’est farouchement opposée à la dictature des colonels, avant de s’engager en politique, dans les rangs du PASOK. Elle s’est notamment battue pour le retour de la frise des Panathénées du Parthénon conservée à Londres et a participé à la création du concept des capitales européennes de la culture.

1982 : Le mariage civil est autorisé. C’est là un premier coup de boutoir porté contre la puissance de l’Eglise. Si la liberté de religion est bien proclamée, la « religion dominante » orthodoxe reste incontournable (prêtres salariés par l’Etat, fonctionnaires et députés prêtant serment sur la Bible…).

1983 : A Chypre, la partie occupée par les Turcs s’autoproclame indépendante en tant que « République turque de Chypre du Nord » (RTCN). Seule Ankara la reconnaîtra.

1985 : Face aux attentats et à l’hostilité affichée du gouvernement Papandréou, les Etats-Unis classent la Grèce comme un pays dangereux pour leurs ressortissants.

1986 : Révision constitutionnelle sur les pouvoirs du président, qui perd celui de dissoudre la chambre sans l’accord du gouvernement et la possibilité de recourir au référendum et de déclarer l’état d’urgence. De nouvelles mesures anticléricales sont prises par le gouvernement du PASOK (participation des laïcs à la gestion des biens ecclésiastiques, redistribution de terres inexploitées appartenant à des monastères…). Face à la levée de boucliers suscitée par ce programme, le gouvernement recule.

1987 : L’Etat de guerre avec l’Albanie, déclaré en 1940, est officiellement levé.

1988 : Affaire Koskotas. Un Grec revenu des Etats-Unis où il a fait fortune (il possède bientôt 82 % de la Banque de Crète, une équipe de foot, une multitude de journaux…) est poursuivi en raison du caractère opaque de ses financements. Des ministres sont impliqués dans le scandale de ces détournements d’argent. L’un d’eux, Koutsogiorgas, meurt d’une crise cardiaque en plein procès.
1989 : Le Premier ministre Papandréou se remarie avec une jeune hôtesse de l’air de 36 ans sa cadette.
1990 : Alors que l’Etat contrôle 68 % de le production industrielle grecque, les remontrances de l’Union européenne obligent le gouvernement à mener une politique d’austérité budgétaire et de libéralisation de l’économie. Le PASOK se divise sur cette question de l’orthodoxie financière.
1990 : L’ex-République yougoslave de Macédoine se déclare indépendante sous le nom de Macédoine et adopte, sur son drapeau, le soleil à 16 branches découvert en Macédoine grecque. Perçue comme une menace pour l’identité et les frontières, cette situation suscite la ferme opposition de la Grèce qui décide même d’un embargo contre le nouvel Etat qui dépend économiquement du port de Salonique. Il est levé en 1995 contre la promesse de changer le drapeau. L’affaire n’est toujours pas réglée. Mais la crise du Kosovo de 1999 et la révolte des Albanais de Macédoine en 2000 ont, depuis, rapproché les deux pays.

1990-1991 : Démantèlement de la base aérienne américaine d’Ellinikon et de la station d’écoute de Néa Makri.

1991 : L’ouverture des Balkans donne un nouveau souffle à l’économie, mais aussi à la diplomatie d’un Etat qui est le seul, dans la région, à appartenir à l’Union européenne et à l’OTAN.

1991 : Les 16 millions de dossiers personnels amassés par les services de renseignements depuis des décennies sont détruits.

1992-1995 : La Grèce est accusée de ne pas respecter l’embargo de l’Union européenne contre la Serbie.

1993 : Les Chypriotes grecs manifestent l’intention d’installer des missiles russes S-300 sur l’île. Sous la pression américaine, le gouvernement Simitis devra y renoncer en 1998.

1994 : L’ex-roi Constantin se voit retirer sa nationalité grecque. Les propriétés de la famille royale sont nationalisées.

1995 : Suppression de la zone surveillée le long de la frontière septentrionale (départements du Rhodope et de Xanthi), une région peuplée à plus de 50 % de musulmans.

Janvier 1996 : Une provocation turque sur l’îlot désert d’Imia entraîne une escalade immédiate. Bill Clinton intervient personnellement pour éviter que la situation ne dégénère. Le Parlement européen confirme l’appartenance de ce caillou à la Grèce. Mais la Turquie demande depuis la révision des innombrables « zones grises », mal définies selon elle, qui posent problème en mer Egée.

Juillet 1996 : Mort de Papandréou.

1997 : Costas Caramanlis, neveu du fondateur, prend la tête de la ND qui adopte un programme d’un libéralisme social modéré. Ce choix apaise les tensions internes du parti, divisé entre les conservateurs (Miltiadis Evert) et le centre droit (Constantin Mitsotakis).

1998 : Election au poste d’archevêque du conservateur Mgr Christodoulos. Pour la première fois, le Premier ministre n’assiste pas à son intronisation. Mort de Caramanlis.

1999 : La Grèce fait partie des 11 membres de la zone de coopération économique de la mer Noire. Elle se veut de plus en plus l’interface entre les Balkans, les portes de l’Orient et l’Union européenne.

Février 1999 : Nouvelle crise sérieuse lorsque le leader séparatiste kurde Abdullah Ôcalan est arrêté par les services secrets turcs en sortant de l’ambassade grecque de Nairobi où il avait trouvé refuge.

Eté 1999 : De violents séismes en Grèce et en Turquie donnent lieu à d’inédites manifestations de solidarité (« diplomatie des tremblements de terre »).

2000 : Les éléments les plus droitiers de la ND fondent un mouvement d’extrême-droite, LAOS (rassemblement populaire orthodoxe).
Fin 2000 : Ankara promet d’œuvrer pour la réouverture du séminaire patriarcal de Halki, sur l’île de Heybeliada, en mer de Marmara. C’est là que, de 1844 à 1971, le patriarcat formait l’ensemble de son clergé.

2001 : Le 1er janvier, la Grèce entre dans la zone euro. Adoption de la nouvelle carte d’identité sans mention religieuse.

2004 : Alors que la Grèce célèbre sa plus longue mémoire en accueillant les jeux Olympiques (qui auront coûté plus de 10 milliards d’euros), l’Arabie saoudite finance l’édification d’une mosquée et d’un centre culturel islamique dans la banlieue est d’Athènes.

2004 : La ND revient au pouvoir, après avoir battu de façon inattendue le PASOK, dirigée par Georges Papandréou, le fils d’Andréas. Comme tous les gouvernements précédents, elle doit continuer à élargir les recettes, réduire les dépenses et privatiser, afin de redresser la situation budgétaire.
1er mai 2004 : Chypre adhère à l’Union européenne (en dépit de territoires occupés par une puissance étrangère, elle-même candidate).

Avril 2004 : Les Chypriotes grecs rejettent massivement le plan de Kofi Annan pour une Chypre « bizonale et bicommunautaire », une sorte d’Etat confédéral à la Suisse. Les Chypriotes turcs le plébiscitent.

Décembre 2004 : La Grèce ne s’oppose plus à la candidature turque à l’Union européenne. C’est là la conclusion d’une politique « des petits pas » : plus de vingt accords bilatéraux ont été signés entre les deux Etats entre 2000 et 2004.

Mars 2005 : C. Caramanlis effectue une tournée balkanique soulignant l’importance des relations commerciales et diplomatiques entretenues avec ces voisins. Plus de 80 % des étrangers présents en Grèce sont originaires des Balkans.

2007 : Des élections législatives donnent la majorité des sièges à la Nouvelle Démocratie (151 contre 102 au PASOK, le Mouvement socialiste panhellénique).

Décembre 2008 : la Grèce est affectée par de violentes émeutes étudiantes. Celles-ci témoignent des désillusions d’une jeunesse confrontée à un chômage massif.

Printemps 2009 : Les élections européennes voient l’émergence du LAOS, le Rassemblement populaire orthodoxe, un parti populiste de droite.

4 octobre : Des élections législatives anticipées donnent la victoire au PASOK de George Papandréou, qui devient Premier ministre. Le gouvernement de centre-droit, représenté par la Nouvelle Démocratie de Costas Caramanlis, est ainsi désavoué pour son impuissance à sortir le pays de la crise et à réduire le déficit budgétaire. Corruption, clientélisme et népotisme concourent à affaiblir un régime qui a trop longtemps retardé la mise en œuvre de réformes aussi nécessaires que douloureuses. La Grèce présente la balance des paiements la plus déficitaire de la zone euro, en proportion du produit intérieur brut. Le taux de chômage chez ses jeunes diplômés de l’Université est de 25 %. Le déficit budgétaire atteint 6,2 %, dans un pays dont la dette publique s’établira fin 2009 à 109 % du PIB et où l’inflation est de plus en plus élevée, au moment où le tourisme et les activités liées au fret maritime montrent un essoufflement. Un bilan qui peut paraître inquiétant, mais qui ne tient pas compte d’une économie souterraine assez importante et des capacités d’adaptation et de réactivité d’une société accoutumée depuis longtemps à ce genre de situation.


Héritière d’une Histoire plurimillénaire, la Grèce du début du XXIe siècle a, depuis près de quarante ans, lié son destin à celui de l’Europe en construction, mais elle n’en maintient pas moins une forte identité, qu’elle a eu l’occasion d’exprimer à diverses reprises, notamment lors de l’agression otanienne contre la Serbie en 1999. Elle est, dans le même temps, confrontée à de difficiles problèmes économiques et sociaux, aggravés par la crise financière déclenchée en 2008. Elle n’en est pas moins en mesure de jouer un rôle majeur dans la nécessaire stabilisation des Balkans et dans le maintien de bonnes relations entre l’Europe et une puissance russe avec laquelle elle a toujours entretenu des liens privilégiés. Il semble enfin que la coexistence gréco-turque, longtemps très conflictuelle, s’oriente depuis plusieurs années dans le sens de l’apaisement.

Les dernières années se sont révélées spécialement difficiles pour la Grèce. La crise financière de 2008 a joué le rôle d’un révélateur des déséquilibres structurels dont souffrait le pays, notamment l’ampleur d’une dette que les partenaires européens de la Grèce n’étaient plus disposés à supporter. Athènes a dû solliciter plusieurs aides du FMI et a dû mettre en oeuvre des plans de rigueur perçus comme insupportables par la population. Dans le même temps, l’inexistence d’une administration fiscale sérieuse ou les privilèges dont disposent l’Eglise orthodoxe ou les compagnies d’armement maritime ont fait que les partenaires du pays n’ont plus accepté le laisser-aller qui avait prévalu jusque là. De nombreuses entreprises publiques ont dû être privatisées. Le port du Pirée est passé en partie sous contrôle chinois . Le salaire minimum a été abaissé de 22%.. En échange, la Grèce a obtenu l’effacement de la moitié de sa dette en auprès de ses créanciers privés en septembre 2011, ainsi que de nouvelles aides internationales. Mais la dette demeure abyssale et l’agence de notation Standards and Poors l’a classée dans la catégorie  « défaut sélectif ». L’économie souterraine prospère et représenterait le tiers du PIB. 2012 a vu se confirmer les difficultés du pays, sur fond de rumeurs de sortie de la zone euro. Le produit intérieur brut a baissé de 6% entre 2011, qui l’avait déjà vu baisser dans les mêmes proportions, et 2012. Le chômage affecte un quart de la population active et la moitié des jeunes de moins de 25 ans . Ces difficultés économiques s’inscrivent dans le contexte d’une crise politique récurrente. Le gouvernement de Lucas Papadémos, ancien vice-président de la BCE, qui a succédé au pouvoir socialiste totalement discrédité de Georges Papandréou, se présentait comme un cabinet d’union nationale réunissant les socialistes du Pasok, la droite libérale de la Nouvelle Démocratie et l’extrême-droite du Laos. Il a réussi à obtenir un nouveau plan d’aide de 130 milliards d’euros,en échange de nouvelles mesures d’austérité et de réformes structurelles. La dette détenue par le secteur privé a été réduite de moitié, soit cent milliards d’euros. Antonis Samaras, président de la Nouvelle Démocratie, a obtenu en juin 2012 l’organisation de nouvelles élections, qui ont débouché sur la formation d’une nouvelle coalition entre son parti et le Pasok. Le nouveau chef du gouvernement a dû passer sous les fourches caudines de la troïka ( FMI, BCE et Commission européenne) et engager la mise en œuvre de nouvelles mesures d’austérité (coupes dans les salaires et les retraites). En décembre, la sortie de la Grèce de l’Europe semblait écartée, alors que la Grèce s’apprêtait à entrer dans sa sixième année de récession.. La persistance du mécontentement va cependant fragiliser la nouvelle équipe et de nouvelles élections législatives anticipées ont eu lieu en janvier 2015, après qu’il a été impossible de dégager une majorité parlementaire suffisante lors de l’élection présidentielle organisée en décembre 2014. Elles ont vu la très large victoire remportée sur la Nouvelle Démocratie par Syriza, le patri de la gauche radicale d‘Antoni Tzipras. Des élections
marquées par l’effondrement du Pasok et par la percée du mouvement ultra- nationaliste « Aube dorée ». Les sacrifices imposés aux Grecs commençaient à porter leurs fruits mais ces résultats n‘étaient pas perçus par la population, étouffée par les mesures d’austérité. (on espérait le retour d’une très faible croissance en 2015 et une légère baisse du chômage de 27,5% à 25% de la population active, alors qu’elle était de 10% en 2009. La baisse des prestations sociales est venue accroître le mécontentement alors que la dette s’élève à 175% du PIB. La nouvelle équipe arrivée au pouvoir négocie pied à pied avec ses interlocuteurs européens, tout en se rapprochant de la Russie, et l‘avenir demeure encore bien incertain. La seule éclaircie réside dans les résultats du tourisme, qui ont progressé de manière spectaculaire, du fait de l’effondrement que connaissent en ce domaine les pays du sud de la Méditerranée.

 
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