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L'Albanie
Le pays des aigles

Les Albanais se désignent eux-mêmes sous le nom de Shqitarë, les hommes du « pays de l’Aigle ». Leur origine controversée a donné lieu à de vives polémiques. Descendants des Illyriens ou non, ils furent christianisés dès les premiers siècles. Tour à tour sous domination byzantine puis ottomane, les Albanais ont développé dès le XVe siècle un sens aigu de l’indépendance. L’épopée de Skanderbeg marque le début d’un embryon de conscience nationale. Cependant, de tous les pays balkaniques, l’Albanie s’avère le moins rétif à l’islam (deux Albanais sur trois sont musulmans).

La dislocation de la Sublime Porte au début du XXe siècle sonne l’heure de l’indépendance. Jusqu’alors épargnée par les soubresauts du continent européen, l’Albanie subit en un quart de siècle les ingérences italienne, germanique, yougoslave et soviétique. A partir de 1945, sous la main de fer d’Enver Hoxha, elle connaît une modernisation à marche forcée. Dernier bastion du stalinisme en Europe, le régime s’effondre en 1991. Elle encaisse ensuite de plein fouet les convulsions du drame yougoslave et du Kosovo. A l’image de sa bannière écarlate frappée de l’aigle bicéphale, l’Albanie cherche sa voie entre Orient et Occident.

L’origine des Albanais a donné lieu à de vives controverses. Pourquoi une telle polémique ? L’enjeu est double. C’est l’essence même du pays qui est en question : les Albanais sont-ils un peuple distinct des Grecs et des Slaves ? Mais il s’agit aussi de la continuité nationale. L’origine, explique Nicolas Martin, est « un argument de solidarité, car, sans elle, pas d’histoire commune, d’autant que l’ethnos albanais a toujours été nié par les envahisseurs successifs ».


Les historiens ont abandonné l’hypothèse initiale d’une filiation avec les Pélasges. Si l’on suit les écrits d’Hérodote ou de Thucydide, les Pélasges constituent le fonds originel de la population des Balkans avant les Indo-Européens. Ce peuple semi-légendaire apparenté aux Basques a laissé peu de traces. Cependant, la langue albanaise semble avoir conservé quelques mots préindo-européens : mal (« montagne »), hardhi (« vigne »), venë (« vin »), lëpjetë (« épinard »« oseille »), Shegë (« grenade »). Ces mots, souligne Serge Métais, « désignent des choses que les Indo-Européens n’avaient pas eu l’occasion de beaucoup rencontrer depuis les steppes d’Europe orientale… »


En réalité, les Albanais descendent (partiellement) des Illyriens, peuple d’origine indo-européenne qui s’installe sur les rivages de l’Adriatique et de la mer Ionienne au tournant du IIe millénaire av. J.-C. Au IIe siècle de notre ère, alors que les Illyriens subissent l’occupation romaine, Ptolémée évoque l’existence d’une tribu des Albanoi dont la capitale serait Albanopolis. Répartis en une trentaine de tribus, ils maîtrisent le fer et l’agriculture. A l’abri d’épaisses forteresses aux murs cyclopéens, ils jettent les bases des premières cités-Etats.


IIe millénaire av. J.-C. : Les Illyriens occupent la partie occidentale des Balkans, de l’Istrie à l’Epire. Parmi les tribus les plus citées chez les auteurs antiques, on peut nommer, du Nord au Sud, les Istriens, les Libournes, les Dalmates, les Dardaniens. Du fait du relief tourmenté, l’unité politique n’existe pas.


VIIe siècle-VIe av. J.-C. : Les Grecs établissent des colonies le long de la côte albanaise : Epidamos (Dürres), Apollonia (Fieri). Fondées par des colons originaires de Corinthe et de Corfou, elles sont autant de relais de l’influence grecque.


435 av. J.-C. : La ville d’Epidame est assiégée par son ancienne métropole, inquiète de la concurrence qu’elle lui fait subir dans toute l’Adriatique. Après de durs combats, les Corinthiens renoncent et lèvent le siège.


359 av. J.-C. : Les Illyriens sont soumis par Philipe II de Macédoine, père d’Alexandre le Grand.


335-295 av. J.-C. : Glaukia constitue un royaume illyrien. Les colonies grecques d’Epidamos et d’Apollonia sont intégrées au nouveau royaume. A sa mort, son fils adoptif Pyrrhus est désigné comme successeur.


279-272 av. J.-C. : Pyrrhus remporte les victoires d’Héraclès et d’Asculum contre les Romains. Cette dernière est à l’origine de l’expression « une victoire à la Pyrrhus », en raison des lourdes pertes illyriennes.


270-230 av. J.-C. : Renaissance d’un royaume illyrien sous la direction du roi des Ardiéens, Agron, avec Scutari, au nord de l’Albanie, comme capitale.


IIIe-IIe siècle av. J.-C. : Les tribus de l’arrière-pays illyrien commencent à regarder vers les colonies grecques et à lorgner leur richesse. A plusieurs reprises, des clans illyriens assiègent Epidame et Apollonia. La gravité de la situation force les colons grecs à demander la protection de Rome, aide accordée en échange de leur soumission.


168 av. J.-C. : Défaite du roi illyrien Gentius face aux légions romaines.


9 av. J.-C. : Création de la province romaine d’Illyrie. Elle est la pierre angulaire de la présence romaine dans les Balkans. L’Empire romain entreprend une politique d’expansion à partir d’Epidame, en installant un axe routier stratégique : la via Egnatia qui relie l’Illyrie à Thessalonique et à Byzance.


Ier-IIIe siècle : Les villes sont romanisées. Les témoignages archéologiques montrent que Dürres et Apollonia connaissent une prospérité florissante. Elles jouissent d’un statut privilégié, ce qu’illustre le maintien de la circulation de la drachme illyrienne jusqu’à la guerre civile entre Pompée et César. C’est, par ailleurs, à Apollonia que le futur empereur Auguste étudie la philosophie.

La colonisation reste limitée aux grands centres urbains. Mais les recrues d’origine illyrienne sont recherchées dans les légions romaines, ce qui explique leur accession aux plus hautes magistratures.


283-302 : Règne de l’empereur Dioclétien, originaire de Dioclée, aujourd’hui au Monténégro. Il s’élève du statut de simple soldat au rang de général. Les provinces sont redécoupées. Ainsi sont créées les provinces de Dardanie, de Prévalitaine, de Nouvelle Epire et d’ancienne Epire.


IVe siècle : Conversion massive des Illyriens au christianisme. Dans son épître aux Romains, saint Paul écrit qu’il a prêché l’Evangile de « Jérusalem jusqu’à l’Illyrie ».


395 : Partition de l’Empire romain. La ligne de séparation entre l’Empire romain d’Occident et l’Empire romain d’Orient rejette l’Albanie dans le giron de Constantinople.


476 : Chute de l’Empire romain d’Occident.

 

Avec une superficie de 28 748 kilomètres carrés et une population de 3 millions d’habitants, l’Albanie est l’un des Etats les plus petits d’Europe. Pour beaucoup, elle demeure une énigme. Ainsi, au XVIIIe siècle, l’historien anglais Edwar Gibbon la dépeint comme un « pays en vue de l’Italie et moins connu que l’intérieur de l’Amérique ». Plus proche dans le temps, Albert Londres écrivait en 1915 : « Le Congo est plus civilisé que l’Albanie. Si l’on ne voyait pas ce pays barbare et inaccessible, cela dépasserait l’esprit qu’il y ait en pleine Europe une colonie de sauvages, un peuple qui n’ait pas d’alphabet. Les Albanais ont des villages où se dresse une espèce de château fort ; c’est la redoute du plus riche pour qu’il puisse se défendre quand ses voisins se réunissent pour l’attaquer. Les maisons n’ont pas de fenêtres, elles n’ont que de petites ouvertures pour passer le fusil, ce n’est même pas le Moyen Age, c’est le premier âge… ».


Très homogène, la population est composée à 95 % d’Albanais. Cette apparente uniformité recouvre l’existence de minorités : des Grecs au sud, des Macédoniens à l’est, des Monténégrins au nord. A cela s’ajoute, éparpillés dans les grands centres urbains, une population de Roms et des bergers valaques dans les montagnes. Hors de l’Albanie, la plus importante communauté albanaise est celle du Kosovo. Ensuite viennent la Macédoine, la Serbie et le Monténégro. De l’autre côté de l’Adriatique, les Arbëresh sont les lointains descendants des Albanais ayant choisi, au XVe siècle, de fuir l’invasion ottomane en Italie.


La langue albanaise compte 7 millions de locuteurs dont la moitié vit en Albanie. Aujourd’hui, la majorité des linguistes estiment que l’albanais appartient à une branche isolée du rameau thraco-illyrien des langues indo-européennes. Les sonorités détonnent. Elles « donnent l’impression du grec prononcé avec beaucoup de chuintante et de i gras. Elles évoquent curieusement le portugais » note Emmanuel Zakhos. Lorsqu’au XIXe siècle, la littérature nationale émerge, elle se fixe sur le dialecte utilisé au sud du pays. Toutefois, les termes techniques scientifiques proviennent en majorité du français, de l’italien et du russe. L’Albanie est un pays de taille réduite, mais les croyances y foisonnent. Le Nord est catholique (10 % de la population), le Centre est musulman (70 %) et le Sud est orthodoxe (20 %).


Le relief du pays détermine deux grands ensembles géographiques. Au nord-est, un massif montagneux. Des pentes abruptes dominent de profondes vallées. Ce relief complique les contacts avec le monde extérieur et favorise le tribalisme. Au centre, la plaine centrale urbanisée prolonge la côte ensoleillée de la mer ionienne. Alternativement aride ou inondée, une grande partie du sol de la plaine est peu propice aux travaux agricoles. Néanmoins, le drainage a permis d’assainir la région et de planter de nombreux vergers. Plus au sud, la montagne réapparaît et culmine au mont Korab (2 751 mètres), aux confins de la Macédoine.


Les influences méditerranéennes dominent : été caniculaire, hiver doux, fortes précipitations au printemps et à l’automne. Si la riviera jouit d’un climat agréable, le mercure peut en revanche atteindre rapidement des températures négatives plus en altitude.


Ces multiples contrastes dessinent des mœurs et des coutumes bien distinctes. Une césure culturelle, anthropologique et religieuse déchire l’Albanie en deux. Le fleuve Skumbi, au centre du pays, matérialise cette fracture. Les Guègues occupent la partie septentrionale de l’Albanie. Catholiques ou musulmans, ils sont, remarque Georges Castellan, « rattachés au type dinarique de haute taille avec de nombreux éléments blonds ». Les langues slaves ont influencé leur dialecte. Les Guègues obéissent à un ordre tribal et sont très attachés au code de l’honneur traditionnel. Cette fidélité s’exprime à travers la besa (parole donnée) et la pratique de la vendetta. On estime que, dans les années quatre-vingt-dix, 5 000 meurtres auraient été commis afin de venger une offense ou la mort d’un proche. Un voyageur, Henry Miller, souligne déjà en 1846 cette propension à la violence : « Leur absolue indifférence de la vie humaine et leur apathie suffisante à l’égard de leurs maîtres ottomans actuels rendent toutes études sur leurs coutumes presque impossibles. La vendetta et la guerre perpétuelle aux frontières permettent à peu d’entre eux de mourir de mort naturelle. Leur obéissance à leurs propres chefs et leur aptitude naturelle au combat – pas un ne sortirait hors de chez lui sans sa ceinture de cartouches et ses armes – auraient pu être à l’origine de l’empire albanais. Mais ils n’ont pas d’Histoire nationale… Dans leur propre pays, ils font régner une anarchie qui fait d’eux les Kurdes de l’Europe ».


A la différence du Nord resté longtemps à l’écart de toute autorité centrale, le Sud, au milieu d’une vaste plaine quadrillée de routes n’a pas pu échapper à la férule byzantine ou ottomane. Petits, bruns et brachycéphales, les Tosques ont subi en de nombreux domaines l’influence du voisin hellénique. A l’époque ottomane, le Sud fournit des recrues aux Janissaires, la garde personnelle du sultan. Ce corps d’esclaves militaires est ouvert aux influences soufies, notamment celle des derviches bektâchi. Ces derniers forment la quatrième composante du creuset national albanais. Les Bektâchî, écrivent Elisabeth et Jean-Paul Champseix, « vénèrent Ali Baba qui est la réunion de cinq personnes : Mahomet le prophète ; Ali, cousin de Mahomet et mari de Fatima ; Fatima elle-même, fille de Mahomet ; Hassan et Hussein, fils d’Ali et de Fatima. Les Bektâchî ne reconnaissent pas entièrement le Coran. Ils boivent de l’alcool et ne jeûnent que trois jours pendant le Ramadan. Ils ne se tournent pas vers la Mecque pour prier. L’interdiction alimentaire ne porte pas sur le porc mais sur le lièvre. Les mosquées Bektâchî, appelées téké, se caractérisent par l’absence de minaret. Certains derviches appartiennent à cette secte. La doctrine Bektâchî s’oppose, sur bien des points, à l’islam traditionnel et se caractérise surtout par son absence de dogmatisme. »


En clair, l’Albanie se partage entre un Nord catholique et sunnite et un Sud orthodoxe et Bektâchî. Cette division est le fil caché de l’histoire du pays. Elle explique chaque bouleversement politique. Au début du XXe siècle, les catholiques choisissent le camp des patriotes tandis que les musulmans demeurent fidèles à la Sublime Porte. La seconde guerre mondiale renverse les rôles. Les catholiques, compromis avec l’occupant italien, ratent le virage communiste qu’ont pris les musulmans. A la libération, les catholiques sont devenus des parias. Conscient de l’impossibilité d’unifier le pays tant que ces clivages subsistent, Enver Hoxa interdit toute pratique religieuse. En 1967, l’Albanie devint officiellement le premier Etat athée du monde. Néanmoins, si le régime clame que « la religion des Albanais, c’est l’albanité », il est en réalité aux mains de cadres issus du Sud. A contrario, La chute du communisme en 1991 sonne la revanche du Nord qui s’empare du pouvoir. 

 

En provenance de la plaine polonaise, les invasions slaves bouleversent la composition ethnique des Balkans. Elles atteignent les rivages de l’Adriatique vers le milieu du VIe siècle. A la même époque, de nombreux toponymes témoignent de l'existence de poches slaves en Albanie. Au VIIe siècle, les chroniqueurs byzantins cessent de mentionner les Illyriens. Il faut attendre l’orée du XIe siècle pour qu’apparaisse la mention d’un pays d’Arbanon et des Arbanites.


Après quatre siècles de chaos ethnique, s’agit-il du même peuple ?


Deux thèses s’affrontent : la thèse thrace et celle selon laquelle les Albanais sont les habitants autochtones de leur patrie.


Partisan de la première, le professeur Gottfried Schramm remarque que le vocabulaire maritime albanais empreinte ses mots aux langues slaves, alors que les Illyriens sont supposés être des marins accomplis. Point crucial de sa démonstration, Schramm rapproche les Albanais d’un peuple slave originaire de Thrace : les Besses. Vers 820, ils auraient été envoyés constituer, à la demande des Byzantins, une marche défensive autour de l’actuelle Dürres. A l’inverse, la deuxième insiste sur l’ancienneté de la langue albanaise. Ses défenseurs tirent un trait entre le lexique albanais d’origine hellénique et les colonies grecques de l’Antiquité. Donc, les dialectes illyriens sont à l’origine de l’albanais moderne et les Albanais descendent des peuples de ces contrées. Cette idée s’appuie sur une série de fouilles réalisées au nord de l’Albanie qui montrent une certaine continuité de peuplement au haut Moyen Age.


Si les invasions sont une réalité, la géographie les atténue. La majorité de la population vit en circuit autarcique au milieu de montagnes sauvages où peu d’envahisseurs osent s’aventurer. Jusqu’à la seconde guerre mondiale, la situation ne change guère. Emmanuel Zakhos remarque que « dans les régions montagneuses, des tribus non intégrées vivaient encore en économie fermée et redistribuaient tous les douze ans les domaines appartenant à la tribu, de façon que les bons ou les médiocres domaines passent par toutes les familles des tribus. Ces tribus, comme celles des pasteurs transhumants, ne reconnaissent pas le pouvoir du Basileus de Constantinople et sont appelées pour cette raison, Abasileutoi, les "non-résignés" ».



551-552 : Première vague massive d’invasion slave en Illyrie. L’historien Procope parle « d’une foule immense de Slaves qui se déversent sur l’Illyrie et provoquent une terreur indescriptible. Ils bloquent les routes avec des amoncellements de cadavres ; ils prennent des otages, réduisent en esclavage un grand nombre de personnes et pillent tout ce qu’ils trouvent ».


727 : L’empereur byzantin Léon III l’Isaurien enlève l’Illyrie au pape Grégoire III pour le punir de sa position favorable aux icônes.


852-889 : Règne de Boris Ier de Bulgarie. L’empire bulgare s’étend sur la majeure partie des Balkans et de l’Albanie. Elle marque la toponymie. Ainsi, la ville de Bérat vient de bulgarograd (« la ville des Bulgares »).


980-1014 : Le territoire albanais est progressivement reconquis par les Byzantins.

 

A partir du XIe siècle, le territoire albanais est également le théâtre d’une lutte intense d’influence entre le patriarcat de Constantinople et le Pape de Rome. Libérée de l’emprise bulgare, l’Albanie suscite de nouveau l’intérêt des auteurs byzantins. Ainsi, Ioannis Scylitzes mentionne les Arvanites qui forment les soldats du duc de Dürres, Nicéphore Basilacius, en révolte contre Constantinople. On comprend, explique Serge Métais, que « les Arvanites, autrement dit les Albanais », sont les habitants de la région montagneuse qui correspond, grosso modo, à la moitié nord de l’Albanie actuelle. Il y aurait donc une continuité entre la région des Albanoi de Ptolémée au IIe siècle et celle des Arnavites du XIe siècle : Albanopolis est identifiée à Zgërdhesh, et Krujë, située à quelques kilomètres, apparaîtra comme l’un des centres de l’Arbanon avant d’être la citadelle de Skanderbeg au XVe siècle.


1043 : L’historien byzantin Michel Attaleiates évoque une rébellion des Arnavites contre Constantinople.


1054 : Schisme d’Orient qui rompt l’unité chrétienne entre Rome et Constantinople.


1058-1118 : Règne de d’Alexis Ier Comnène.


1081 : Alexis Comnène est confronté à un raid normand dirigé par Robert Guiscard. C’est la conséquence des luttes permanentes entre Constantinople et Rome dans lesquelles les Normands servent de bras armé à la papauté. Alexis Comnène est défait près de Dürres. Replié en Macédoine, à Ohrid, il désigne un komiskort (seigneur, prince) de l’Arbanon comme commandant de la place de Durrës. L’aristocratie albanaise exerce un pouvoir sans cesse croissant et se voit reconnaître un large degré d’autonomie.


1107 : Echec d’une nouvelle expédition de Bohémond de Tarente à Dürres.


1180 : Mort de Manuel Comnène et début d’une période de troubles dans l’empire byzantin.


1190 : Création de la principauté d’Aberia ou d’Albanon. Pour la première fois est reconnue une principauté albanaise dans l’orbite de Byzance. Progon en devient l’archon.


1204 : Chute de Constantinople après le détournement de la IVe croisade. En conséquence, les Albanais se divisent entre catholiques au nord et orthodoxes au sud. La prise de Constantinople favorise l’identification d’une Eglise catholique latine rivale dans ces zones frontières de l’Eglise orthodoxe grecque.


1204 : Création du despotat d’Epire au sud de l’Albanie. C’est de cette époque que date l’emprise de l’Eglise orthodoxe grecque sur les régions de langue tosque.


1198-1208 : Règne de Gjin Progon. Il succède à son père, Progon. Il est lui même remplacé par son frère cadet Démétrius.


1208-1218 : Règne de Démétrius Progon. Il noue une alliance avec le roi de Serbie Stefan Nemanjic. Mais en même temps, il négocie sans succès la conversion de ses sujets au catholicisme avec le pape Innocent III.


1218-1252 : Règne de Gregory Kamonos, aristocrate albanais, qui épouse d’abord la fille de Gjin Progoni, puis en secondes noces, la princesse serbe Komena Nemanjic, fille du roi Stefan Nemanjic et veuve de Dimitrius Progoni. Il hérite ainsi de la principauté d’Arbanon et entretient de bonnes relations avec le royaume serbe.


1252-1255 : Règne de Golem, aristocrate albanais qui a épousé la fille de Gregorios Kamonos. Pendant le conflit entre Michel II Doukas d’Epire et l’empereur Jean III Vatatzès, il prend parti pour ce dernier.


1269 : Charles d’Anjou, frère de saint Louis, débarque à Vlora et entreprend de soumettre la région.


1270 : Charles d’Anjou se proclame roi d'Albanie. Son royaume va de Dürres à Vlora et s’enfonce à l’intérieur des terres jusqu’à Bérat. En faisant référence à l’ancienne Illyrie, Charles Ier parvient à regrouper derrière lui l’ensemble de l’aristocratie albanaise contre l’empire byzantin.


1280-1281 : Siège de Berat. Les armées de Charles d’Anjou sont anéanties sous les murs de Bérat par les Byzantins. Cette défaite met fin au projet de Charles d’Anjou de reconquête de Constantinople.


1278-1332 : Règne de Philippe d’Anjou, fils de Charles d’Anjou. Il réussit à se concilier les faveurs des Albanais grâce à la distribution de titres et de cadeaux aux chefs de clan. A la même époque, des tribus albanaises se convertissent au catholicisme, comme les Mirdites, au nord du pays.


1331-1355 : Apogée de l’empire serbe d’Etienne Douchan qui englobe une partie de l’Albanie. Défaits par les Serbes, les Francs sont forcés de quitter l’Albanie. Les tribus albanaises reprennent leur autonomie. Des principautés relativement conséquentes se constituent comme le despotat d’Arta qui s’étend jusqu’au golfe de Corinthe, la principauté des Zenebish (Gjirokastër), celle des Muzaka (Berat), celle des Topias (Durrës), mais aussi celle des Kastriot.


Les orthodoxes sont nettement favorisés au détriment des catholiques. L’archevêque de Tivar (Bar au Monténégro), Guillaume Adam Brocardus, décrit la situation : « Parce que lesdits peuples, tant latins qu’albanais, sont opprimés par le joug insupportable et la très dure servitude du seigneur des Slaves qui leur est odieux et abominable, parce que leur peuple est chargé d’impôts, leur clergé abattu et méprisé, leurs évêques et leurs abbés très souvent enchaînés, leurs nobles dépossédés, tous, ensemble et individuellement, croiraient rendre leurs mains sacrées s’ils les plongeaient dans le sang des susdits Slaves. »


1360-1421 : Principauté de Balsha dans le Nord de l’Albanie et du Monténégro.


1368 : Karl Topias chasse les Angevins de Dürres.


1385 : Début des incursions ottomanes. Kar Topias demande aux Ottomans d’intervenir contre l’un de ses rivaux, Gjergji II Balsha.


1389 : Bataille du Champ des Merles au Kosovo. Les Serbes du roi Lazare, alliés à Gjergji II Balsha, sont écrasées par l’armée ottomane de Mourad Ier.

 

Deux siècles après, Ronsard décrivait dans ces vers admiratifs la chanson de geste du héros national albanais : Skanderbeg


« L’Epire seulement en chevaux n’est fertile,

Bons à ravir les prix au cours olympien,

Mais en hommes guerriers dont le sang ancien,

Brave se vante issu du valeureux Achille,

Pyrre m’en est témoin, qui rasa maintes villes,

Eut enfin pour tombeau le vieil mur argien,

Et Skanderbeg vainqueur du peuple scythe,

Qui de toute l’Asie a chassé l’Evangile,

Ô l’honneur de ton siècle ! Ô fatal Albanais !

Dont la main a défait les Turcs vingt-deux fois,

La terreur de leur camp, l’effroi de leur muraille... »


L’épopée de Skanderbeg sanctionne la naissance d’un embryon de conscience nationale. Mais cette identité spécifique s’était cristallisée avant l’arrivée des Ottomans. Certes, on ne peut pas parler d’Etat-nation au sens moderne du terme. L’Albanie est d’abord le royaume de seigneurs féodaux très jaloux de leur indépendance. Ainsi, explique Serge Métais, « c’était sa force lorsque le charisme d’un Skanderbeg les entraînait et qu’ils considéraient qu’ils avaient un intérêt commun à se rassembler. Mais c’était aussi sa faiblesse : divisions et trahisons au sein de grandes familles ont facilité les différentes offensives de l’armée ottomane ». Dès lors, si la résistance albanaise a duré aussi longtemps, c’est parce qu’elle a joui d’une authentique assise populaire liée à la volonté de défendre une terre considérée comme un bien commun.


1405 : Naissance de Skanderbeg à Dibër.


1417 : Vlora, Kanina, Berat et Gjirokastër passent sous domination ottomane.


1423 : Le père de Skanderbeg, Gjon Kastriot, est forcé de payer un tribut à la Sublime Porte. Son fils est envoyé en otage à Andrinople, la capitale impériale. Il y est converti à l’islam. D’abord page, il fait ensuite l’apprentissage du métier des armes.


1427-1438 : Il se distingue dans de nombreuses campagnes militaires. Admiratifs, les Ottomans le surnomment, en hommage à Alexandre le Grand, Skanderbeg, c’est-à-dire « Seigneur Alexandre ».


1438 : Skanderbeg reçoit du sultan le titre Vali. Il est gouverneur d’une province au centre de l’Albanie, qui recoupe les anciennes terres paternelles.


1443 : Les Ottomans sont battus à Nis par les Hongrois de Hunyadi. Skanderbeg choisit l’occasion pour changer de camp. Il abandonne l’armée turque en retraite avec 300 hommes et s’empare de la citadelle de Krujë au sommet de laquelle il fait dresser son emblème : le fanion rouge de la mobilisation frappé de l’aigle noir bicéphale.


1444 : Il est nommé à la tête de Lezhë. Il s’adresse à ses hommes avec ces mots célèbres : « La liberté, ce n’est pas moi qui l’apporte, c’est en vous que je la trouve. » Sur son casque, il reprend l’antilope, les armes du roi Pyrrhus. Cependant, l’insurrection est loin d’être générale. Le Sud de l’Albanie demeure fidèle à l’Empire ottoman. De même, en dehors des Albanais, il regroupe des Slaves, des Valaques, des Grecs.


1450 : Murad II assiège la citadelle de Krujë. Il échoue et meurt sur le chemin du retour. Dans les années qui suivent, Mehmet II, auréolé de son prestige de conquérant de Constantinople, lance sans succès vingt-quatre offensives contre le chef albanais. Elles sont toutes repoussées. Habile stratège, il connaît parfaitement son adversaire. Il mène une guerre d’embuscades et de coups de mains sur les arrières ottomans et leurs lignes de communication.


1451 : Skanderbeg reconnaît de jure la suzeraineté du royaume de Naples avec le traité de Gaete. Il s’agit de trouver un protecteur puissant. Néanmoins, il reste de facto indépendant.


1453 : Prise de Constantinople par Mehmet II.


1454 : Alphonse V d’Aragon envoie des hommes, de l’argent et un étendard brodé de la croix blanche, symbole de la croisade, à Skanderbeg. Celui-ci, après avoir renié l’islam, s’est retourné vers sa foi catholique originelle.


1455 : Premier revers de Skanderbeg à l’occasion du siège de Bérat. Les Ottomans parviennent à anéantir au cours d’une sortie l’essentiel de la cavalerie albanaise.


1456 : Bataille d’Oranik. Skanderbeg défait Moisi Arianit Golemi, un noble albanais ayant fait défection en faveur des Turcs après l’échec du siège de Bérat.


1457 : Hamza Kastrioti, bras droit de Skanderbeg, trahit, au profit des Ottomans, après avoir appris la naissance de l’héritier du chef albanais, Gjion Kastriot, qui lui enlève tout espoir de succession. Skanderbeg parvient à le capturer. Mehmet II est contraint de signer une trêve de cinq ans.


1460-1461 : Skanderbeg appuie la politique de Ferdinand Ier de Naples en Italie.


1463 : Le pape Pie II tente d’organiser une nouvelle croisade contre les Ottomans comme les papes Nicolas V et Calixte III avaient essayé de le faire avant lui. Pie II décerne à Skanderbeg le titre d’« Athlète du Christ ».


1464 : Au moment où les armées se rassemblent à Ancône, Pie II meurt. La croisade est suspendue.


1465 : Bataille de Vaikal. Skanderbeg écrase Ballaban Badessa, un Albanais ottomanisé. Néanmoins, Ballaban réussit à capturer des nobles albanais dont un neveu de Skanderbeg. Ils sont envoyés à Constantinople où ils sont écorchés vifs.


1466 : Le sultan Mehmet II conduit une armée de 30 000 hommes en Albanie et met le siège devant Krujë comme son père seize ans plus tôt. Il échoue de nouveau, mais laisse à Ballaban Pacha le soin de poursuivre l’investissement de la forteresse.


1466-1467 : Skanderbeg voyage en Italie et essaye de convaincre le pape Paul II de lui apporter des subsides.


1467 : De retour en Albanie, Skanderbeg rompt le siège de Krujë et anéantit l’armée de Ballaban Pacha.


1468 : Skanderbeg meurt du paludisme à Lezhë.


1478 : Mehmet II en personne obtient la capitulation de la ville de Krujë.


1479 : Chute de Scutari, dernière place forte albanaise indépendante.


1480 : Beaucoup d’Albanais trouvent refuge dans le royaume de Naples. Les descendants de ces émigrants sont appelés « Arbëresh » et utilisent encore aujourd'hui un albanais mâtiné d’archaïsme.


1481-1484 : Le fils de Skanderbeg, Gion, quitte le royaume de Naples et lance sans succès en Albanie un mouvement insurrectionnel.


1492 : Bayazid II intervient pour écraser une importante révolte à Laberia, au sud de l’Albanie.


1501 : Les Vénitiens évacuent Dürres. Les Ottomans forcent la République des Doges à verser un tribut pour ses autres comptoirs albanais : Ulquin et Antivar.

 

A l’orée du XVIe siècle, toute résistance organisée a cessé. L’Albanie est soumise à la Sublime Porte jusqu’en 1912. La nouvelle province est organisée en sept sandjak (province). Les sandjaks bey concentrent les pouvoirs assistés d’un mufti et d’un juge, le cadi. L’administration ottomane rayonne depuis Berat. Dans les campagnes, explique Georges Castellan, « les anciens domaines des féodaux devinrent des fiefs militaires – timars ou zeamets – pour les sipahi qui devaient le service des armes. Ces fiefs étaient exploités par des paysans musulmans ou reaya qui avaient la jouissance héréditaire de leurs terres moyennant paiement de la dîme et obligation de certaines corvées. Beaucoup de terres devinrent les propriétés des mosquées et des institutions charitables (terres vakf). A la même époque, les centres urbains se développent grâce au commerce. Les principaux produits d’exportation sont le sel et la laine ».


Dans les faits, l’emprise ottomane est essentiellement indirecte. La gestion des affaires locales est laissée aux élites locales. A quelques exceptions près, les beys viennent toujours des mêmes familles. Souvent, le sultan tolère une large autonomie, surtout au nord du pays. Les Ottomans peuplent la plaine centrale de colons venus des plateaux d’Anatolie centrale, en particulier de nomades d’origine turcomane. Ces transferts accélèrent les conversions à l’islam. De nombreux Albanais rejoignent l’administration impériale où leurs talents d’administrateurs sont très appréciés. Au XIXe siècle, c’est un Albanais qui fonde l’Egypte moderne. Le soldat albanais est aussi réputé, et pas seulement sous les couleurs ottomanes. Appelés armatoles, les « spécialistes des armes », ou encore de stratiotes, ils rejoignent les armées européennes où ils excellent dans l’art de la guerre d’embuscades.


1517 : Conquête de l’Egypte par Sélim Ier qui hérite du titre de calife« commandeur des croyants ».


1520-1566 : Règne de Soliman le Magnifique. Premier recensement de l’Albanie et création d’un registre fiscal.


1521 : Prise de Belgrade.


1526 : Victoire ottomane à Mohács contre les Hongrois.


1571 : Bataille de Lépante. La flotte ottomane est anéantie, mais l’Empire ottoman reconstitue rapidement ses forces navales.


1614 : Soliman Pacha, un général ottoman, baptise Tirana en référence à la ville de Téhéran en Perse où il a servi quelques années plus tôt.


1622 : Révolte des Janissaires à Constantinople et déposition d’Osman II. Beaucoup d’Albanais servent dans l’administration. De 1453 à 1622, sur vingt-six grands vizirs (principal ministre), onze sont albanais, six grecs, cinq seulement turcs.


1656 : Mehmet Köprülü, (Qyprili), nommé grand vizir par le sultan Mehmed IV, restaure temporairement la puissance ottomane. D’origine albanaise, Mehmet Köprülü donne naissance à une dynastie de serviteurs de l’Etat turc qui perdure jusqu’au XXe siècle.


1683 : Les armées ottomanes sont écrasées sous les murailles de Vienne.


1699 : Traité de Karlowitz. L’Empire ottoman perd la Hongrie, la Transylvanie et la Morée.


1703 : Tirana compte 4 000 habitants.


1700 : Les autorités ottomanes stipulent que seuls les musulmans peuvent rester propriétaires de leurs terres. La majorité de la population se convertit.


1703-1730 : Règne d’Ahmet II et « ère des Tulipes ».


1750 : Affaiblissement progressif de l’autorité centrale ottomane. Les hauts fonctionnaires ottomans en profitent pour s’arroger les prérogatives de l’Etat. Ainsi se forment de véritables principautés autonomes.


1768-1774 : Guerre russo-turque. Nouveau recul de l’Empire ottoman. Le traité de Kutchuk-Kaïnardji donne à la Russie l’embouchure du Dniepr.


1785 : Kara Mahmud Bushati développe un Etat autonome autour de Shkodra. Il joue alternativement de l’Autriche et de la Russie contre la Sublime Porte.


1787 : Ali de Tepelenë, un brigand surnommé « Ali la Hache », s’empare de Janina. Il fait de cette ville de l’Epire le chef-lieu de l’Albanie du Sud et d’une partie de la Grèce continentale.


1798-1802 : Guerre franco-ottomane, conséquence de l’expédition de Bonaparte en Egypte et en Syrie.


1800 : Ali de Tepelenë entretient une correspondance avec Bonaparte. La France envoie des instructeurs militaires. En fait, après la déconfiture de Venise, l’Albanais cherche à s’emparer des anciennes possessions de la République des Doges.


1804 : Insurrection de la Serbie qui accède à un statut autonome en 1812.


1805 : Mehmet Ali, d’ascendance albanaise, s’empare du pouvoir en Egypte.


1807 : Rupture de l’alliance avec la France. Ali de Tepelenë se rapproche de la Sublime Porte et de la Grande-Bretagne.


1809 : Visite de Lord Byron à Ali de Tepelenë. Sur le « divan, assis sur une peau de lion, Ali la Hache fumait, impassible, son narguilé. A son doigt brillait une pierre de très grosse taille et il faisait jouer dans sa main un chapelet de 39 grosses perles et de 2 émeraudes. Sur sa tête, il portait une coiffure à coupole avec un galon doré et, à sa taille, son inséparable yatagan bleu sur lequel scintillait un gros diamant ».


1810 : Ali de Tepelenë entreprend une campagne de soumission des tribus chrétiennes dans les montagnes : les clans des Dzavella et des Botzaris.


1820 : Le sultan Mahmoud II décide d’en finir avec les velléités d’indépendance d’Ali la Hache. Ce dernier refuse de faire amende honorable et oppose une résistance farouche à l’armée impériale. Des contacts sont établis avec les émissaires du mouvement national grec.


1822 : Siège et prise de Janina par l’armée ottomane. Ali de Tepelenë est décapité. Son corps est transporté à Istanbul.


1826 : Dernière révolte des Janissaires qui est réprimée. Le corps est supprimé pour être remplacé par une armée formée à l’européenne.


1827 : Anéantissement de la flotte turco-égyptienne de Mehmet Ali par les escadres française, anglaise et russe à Navarin.


1829 : Le traité d’Andrinople force le sultan à reconnaître l’indépendance de la Grèce.


1831 : Incendie de la ville de Scutari par l’armée ottomane en représailles d’une insurrection.


1839-1859 : Réforme des Tanzimat. Vagues de réformes lancées pour essayer d’enrayer le déclin de l’Empire ottoman. Elles passent, entre autres, par l’égalité en droit entre musulmans et non-musulmans. Les rescrits impériaux autorisent l’ouverture d’écoles sur des bases confessionnelles. Pourtant, ces innovations bousculent les traditions albanaises. Les paysans rejettent le service militaire obligatoire, les commerçants se soulèvent contre de nouvelles taxes. Au contact des Arbëresh du Sud de la Calabre et des patriotes italiens, les Albanais découvrent les idées nationales et libérales.


1847 : Un droit sécularisé commence à remplacer la charia.


1850 : Eclosion d’une littérature nationale et début de la codification de la langue albanaise.


1853-1856 : Guerre de Crimée. Le conflit s’achève par le traité de Paris qui neutralise la mer Noire et conforte l’autonomie de la Serbie et des principautés de Transylvanie qui s’unissent pour former la Roumanie.


1854 : Naum Veqilharxhi crée à Bucarest la première « Association culturelle albanaise ».


1864 : Demetrio Camarda publie la première étude scientifique sur l’Albanais.


1866 : Publication en albanais d’un poème épique à la gloire de Skanderbeg par Girolamo de Rada à Naples.


1876 : Promulgation d’une constitution par le sultan Abdul Hamid II. Le parlement est abrogé rapidement en 1878.


1877-1878 : Guerre russo-turque. Chute de Plevna. Traité San Stefano (mars 1878) qui crée une Grande Bulgarie.


13 juin 1878 : Le congrès de Berlin met fin à la guerre russo-turque. La Serbie et la Roumanie obtiennent leur pleine indépendance. La Turquie garde la Macédoine et la Roumélie orientale. La région d’Ulquin, au nord de l’Albanie, est attribuée de manière arbitraire au Monténégro. Au cœur du traité se trouve posée la « question d’Orient » et de l’avenir de l’Empire ottoman, objet de tous les appétits. Les puissances s’intéressent de près au sort de l’Albanie : l’Italie et l’Autriche lorgnent le Nord du pays : la Bulgarie et, surtout, la Serbie, convoitent un possible débouché maritime sur l’Adriatique. Pour sa part, la Grèce aspire à réunir l’Epire à l’Hellade. Ces pays exploitent les fractures religieuses des territoires désirés : catholiques romains au nord, autour de Shkodra, confrontés aux musulmans d’Albanie centrale et côtière, autour de Dürres, lesquels sont eux-mêmes opposés aux orthodoxes du Sud.



1878-1881 : Ligue de Prizren. A l’initiative d’Abdul Frashëri est convoquée une assemblée de notables. Face au péril de la partition, les représentants des trois confessions sont appelés à faire front commun. En souvenir de la Résistance de Skanderbeg est constituée une Ligue, dite Ligue de Prizren. Celle-ci éclate rapidement en deux camps. D’une part, des musulmans désireux de sauvegarder l’intégrité de l’Empire, gage de protection face à des puissances chrétiennes. De l’autre, une fraction plus nationaliste soucieuse d’une autonomie élargie. Si les Albanais repoussent victorieusement les tentatives d’annexions étrangères, ils échouent à obtenir une plus grande décentralisation du Sultan. En avril 1881, les soldats turcs dispersent la ligue de Prizren.


1887 : Ouverture à Korça de la première école albanaise non-confessionnelle.


1894-1895 : Création à Salonique du Comité Union et Progrès dont les membres sont hostiles à l’autocratie d’Abdülhamid II et souhaitent moderniser le pays.


1900 : Inauguration de la première chaire de langue et de littérature albanaise à l’institut oriental de Naples.


1908 : Création d’un alphabet proprement albanais.

Fondation d’une Eglise orthodoxe albanaise. La liturgie est célébrée en albanais.

Révolution Jeune-turque. Les membre du Comité Union et Progrès s’emparent du pouvoir à Constantinople et renversent Abdülhamid II. La Constitution de 1876 est rétablie. Au nouveau parlement, Quemal Beg et 25 de ses compatriotes siègent. Les Albanais ne tardent pas à se heurter au centralisme des Jeunes-turcs.


16 octobre 1908 : Naissance d’Enver Hoxha à Gjirokäster.


1911 : Guerre italo-ottomane. L’Italie s’empare de la Tripolitaine, de la Cyrénaïque et des îles du Dodécanèse. La défaite ottomane accélère la formation d’une ligue balkanique qui entend se partager les dernières possessions turques en Europe.


Mars 1912 : Alliance serbo-bulgare. Elle prévoit dans une clause secrète le partage de la Macédoine.


Avril 1912 : Les nationalistes albanais, craignant de voir leur pays être annexé par ses voisins, lancent un puissant mouvement insurrectionnel.


Octobre 1912 : Première guerre balkanique. Les Serbes s’emparent de Monastir, les Grecs attaquent Janina, les Monténégrins assiègent Scutari. Partout les lignes ottomanes sont rompues.


28 novembre 1912 : Ismail Qemal proclame l’indépendance de l’Albanie. En coupant toute relation avec la Porte, il veut contraindre les forces balkaniques à reconnaître le fait national albanais.

 

La fin de la présence ottomane est aussi celle d’un monde. Désormais, l’Albanie est solidement amarrée au continent. C’est ce que constatent, non sans une pointe de mélancolie, les frères Tharaud venus couvrir les guerres balkaniques pour la presse française. Au détour d’une venelle du vieux Scutari, ils s’interrogent : « Que pense-t-on, ce soir, dans ces maisons fermées, derrière toutes ces murailles où ne filtre aucune clarté, mais d’où, sans doute, bien des regards, à travers les moucharabiehs, épient ? Très haut, dans les nuages, brille un quartier de lune. L’orgueilleuse devise que le sultan avait brodé sur son étendard à côté du croissant me revient à l’esprit : Donec impleatur ["en attendant qu’elle soit pleine"]. Ce rêve est bien fini. Le croissant de l’islam ne deviendra jamais la lune pleine… Eh ! sans doute, je sais bien tout ce que l’on peut dire sur cette décadence ottomane, son administration vénale, sa justice insensée, son mépris des races vaincues, son fanatisme religieux, sa haine de l’Occident et de nos civilisations. Toujours, au milieu de ces ruines, il se trouve un fâcheux pour vous faire la leçon et vous expliquer longuement pourquoi ce qui est turc doit mourir. On l’écoute, il le faut bien ; on l’approuve de la tête. Mais de tout son cœur, on regrette cet effondrement de l’islam. »


La conscience nationale est à ce stade encore embryonnaire. Avant tout, les Albanais se déterminent en fonction de leur appartenance religieuse. C’est à une véritable entreprise de construction nationale que s’attelle la mince couche d’élite albanaise. Après bien des péripéties, la situation politique se stabilise au tournant de l’Entre-deux-guerres. Un jeune chef tribal originaire du Nord s’accapare le pouvoir et se proclame roi. Zog Ier entreprend de moderniser le pays et recopie à la virgule près le Code civil napoléonien. Mais, dans ce petit pays, les ressources sont rares. En dehors de quelques puits de pétrole et d’un peu de chrome, l’essentiel de la vie économique s’organise autour de l’agriculture. Les infrastructures, quand elles existent, sont obsolètes. La population travaille une surface agricole inférieure à 10 % du territoire et peine à mettre en valeur le reste. Les récoltes sont mauvaises et le pays est contraint de recourir aux importations de céréales.


Entouré de puissants voisins, le petit royaume tente de se concilier leurs bonnes grâces en jouant alternativement les uns contre les autres. Parrainé à l’origine par les Yougoslaves, Zog se rapproche de Mussolini. L’Italie exerce de facto un véritable protectorat sur le jeune Etat. Le Vendredi Saint de l’année 1939, Mussolini annexe l’Albanie. Les colons venus des Pouilles et de Calabre débarquent en masse. Armés de pelles et de pioches, ils bouleversent en quelques années la physionomie du pays. Les marais sont bonifiés, des routes sont tracées et la capitale Tirana est perforée d’avenues monumentales. L’intégration à l’empire de Victor-Emmanuel III semble définitive. Jusqu’en 1942, la résistance à l’occupant est balbutiante. Celle-ci est divisée entre monarchistes, communistes et libéraux. Les Anglais parachutent des armes et des agents et, bientôt, une guerre civile se superpose à la lutte contre l’occupant. La libération est achevée à la fin de l’année 1944.


1913 : Conférence de Londres. Les grandes puissances s’accordent sur la formation d’une « principauté souveraine héréditaire et neutre ». Le tracé des frontières donne lieu à des contestations et il faut l’intervention des navires européens pour que le Monténégro consente l’évacuation de Scutari.


Mars 1914 : Le prince Guillaume de Wied, officier de l’armée prussienne et neveu de la reine de Roumanie, arrive à Düres. Ignorant des réalités du pays dont les grandes puissances viennent de lui confier le trône, il commet de nombreuses erreurs.


Août 1914 : Début de la première guerre mondiale. La commission internationale quitte le pays.


Septembre 1914 : Abandonné de tous et de l’Autriche-Hongrie dont il refuse l’alliance, Guillaume de Wied est contraint de réembarquer. Esat Toptani proclame un gouvernement provisoire.


Octobre 1914 : Les Italiens débarquent à Sazanit et Vlora. Les Grecs occupent le Sud du pays. Il s’agit pour l’Entente de donner des gages à Athènes et à Rome susceptibles de basculer dans son camp.


Avril 1915 : Le traité de Londres prévoit le partage de l’Albanie entre l’Italie, la Grèce, la Serbie, le Monténégro. L’effondrement de la Serbie empêche son application.


Février 1916 : Les armées austro-hongroises repoussent les Serbes sur les bords de l’Adriatique. La double monarchie occupe Scutari et Dürres.


Octobre 1916 : Toute l’Albanie est occupée : les Autrichiens au nord et au centre, les Italiens à Vlora, les Français autour de Korça. L’armée française autorise la création d’une éphémère république autonome.


Septembre 1918 : La capitulation bulgare provoque la retraite des troupes autrichiennes.


Décembre 1918 : Un premier gouvernement national est formé à Dürres afin de s’opposer aux conclusions du traité de Londres.


Décembre 1919 : Mémorandum de l’Entente qui octroie à l’Italie un mandat sur l’ensemble de l’Albanie.


Janvier 1920 : Renversement du gouvernement provisoire accusé de lâcheté et réunion d’un congrès national de patriotes Albanais qui refusent le diktat de l’Entente. Les nouvelles autorités installées à Tirana obtiennent le retrait des soldats français et chassent les Italiens.


Décembre 1920 : L’Albanie est internationalement reconnue et admise à la Société des Nations.


Avril 1921 : Premières élections en Albanie. Elles aboutissent à la naissance de deux grands blocs politiques. Au nord, les conservateurs regroupés autour des grands propriétaires terriens. Au sud, les réformateurs se recrutent dans les centres urbains. Leur leader, Fan Noli, un évêque ordonné aux Etats-Unis, devient Premier ministre.


Décembre 1924 : Ahmet Zogu, ministre de l’Intérieur, s’empare du pouvoir. Grand féodal issu du Nord, il dispose d’une armée privée à l’aide de laquelle il intimide ses opposants.


Janvier 1925 : Proclamation de la République albanaise. Ahmet Zogu devient Président de la République et exprime sa volonté de « faire de l’Albanie un pays occidental ».


Mars 1925 : L’Anglo-Persian Oil Company reçoit d’importantes concessions pétrolières.


Novembre 1926 : Pacte de Tirana. L’Albanie s’engage à soutenir l’Italie dans « toutes les questions concernant la situation balkanique ». Mussolini intègre l’Albanie dans sa politique de containment anti-yougoslave.


Septembre 1928 : Proclamation de la monarchie et couronnement d’Ahmet Zogu sous le nom de Zog Ier.


1929 : Création d’un embryon de mouvement communiste à Korça. C’est un artisan, Milah Lako, qui en est le chef. Plusieurs factions – stalinienne, trotskyste, anarchiste – s’affrontent.


1930 : Réformes administratives : Promulgation d’un Code civil, d’un Code pénal et d’un Code commercial. Une réforme agraire est ébauchée, mais les propriétaires terriens s’y opposent.


1931 : L’Italie accepte de verser un nouveau prêt en échange d’importantes concessions douanières. Mais le roi tergiverse et fait traîner la signature de l’accord.


1932-1933 : Fermeture des écoles italiennes.


1934 : L’envoi d’une escadre de la Marine royale italienne met fin à toute tentative de résistance albanaise.


1935 : Révolte de Fieri. Face à l’arbitraire royal, un mouvement de mécontentement se développe.


1938 : Mariage de Zog Ier et de la comtesse Géraldine Apponyi.


25 mars 1939 : Le gouvernement italien lance un ultimatum à Zog : celui-ci est sommé d’accepter une occupation militaire permanente.


7 avril 1939 : Les Italiens occupent l’Albanie sans résistance. Le roi et son épouse, enceinte de quelques mois, fuient en Grèce.


12 avril 1939 : Les Italiens convoquent une Assemblée constituante qui désigne un nouveau gouvernement sous la direction de Chevkat Bey.


16 avril 1939 : Une délégation d’officiers albanais se rend à Rome où elle remet à Victor-Emmanuel III, la couronne d’Albanie.


22 avril 1939 : L’ambassadeur italien à Tirana est nommé vice-roi.


1939-1943 : L’Italie entreprend un vaste projet de modernisation du pays. Le réseau routier albanais, estimé à 1 900 kilomètres en 1939, double en trois ans.


Octobre 1940 : 130 000 soldats italiens massés à la frontière albanaise, attaquent la Grèce.


Novembre 1940 : Les Grecs contre-attaquent et entrent en Albanie. Le général Metaxás annexe les régions hellénophones du Sud.


Mars-avril 1941 : « Opération Châtiment ». La Wehrmacht envahit la Yougoslavie et la Grèce. L’armée grecque capitule. Le « royaume d’Albanie » se voit octroyer une part des territoires des vaincus : le Kosovo, la région albanophone de Tetovo en Macédoine. Les Italiens proclament qu’ils ont réalisé la « Grande Albanie ».


Mai 1941 : Attentat contre Victor-Emmanuel III à l’occasion de sa visite à Tirana.


22 juin 1941 : Invasion de l’Union soviétique par l’Allemagne, et rupture du pacte germano-soviétique.


3 juillet 1941 : Appel de Staline à Radio-Moscou à la lutte des partisans contre l’Allemagne.


8-14 novembre 1941 : Congrès clandestin de Tirana. Les différents groupes communistes s’unissent dans le Parti communiste d’Albanie. Enver Hoxha en devient le chef.


16 septembre 1942 : Conférence de Peza. En accord avec la ligne de « Front national » dictée par Moscou, le PCA invite les mouvements de résistance non-communiste à rejoindre le Front de libération nationale. Noyautée par les communistes, la nouvelle organisation assied l’autorité du PCA sur la lutte armée.


Automne 1942 : Apparition des premiers maquis de partisans au centre et à l’est du pays.


Décembre 1942 : Les libéraux et les nationalistes hostiles aux communistes créent le Balli Kombëtar (Front national). Son manifeste, orienté en direction des Alliés, mêle rejet du communisme et méfiance à l’égard de la Yougoslavie. Le mouvement nationaliste réussit rapidement à rallier de nombreux cadres de l’administration albanaise souhaitant se ménager une porte de sortie. De manière ponctuelle, les Italiens entretiennent des relations avec le Balli Kombëtar.


8 septembre 1943 : L’Italie capitule devant les forces alliées. En représailles, les Allemands internent l’ensemble de la garnison italienne. Toutefois, quelques milliers préfèrent rejoindre les partisans et combattre les Allemands au sein du bataillon Antonio Gramsci.


11 septembre 1943 : 70 000 soldats allemands arrivent de Grèce. Les principaux points clés sont occupés. Aussitôt, les Allemands se présentent en libérateurs des Italiens. Par ailleurs, ils garantissent le rattachement du Kosovo à l’Albanie.


16 octobre 1943 : Les Allemands réunissent une « Assemblée nationale » à Tirana. Elle désigne un Conseil supérieur de Régence de quatre membres : Mehdi Frashëri, proche du BK, pour les Bektâchî, Fuad Dib pour les musulmans sunnites, Lep Nosi pour les orthodoxes et le R.P Anton Harapi pour les catholiques.

Les Allemands se contentent d’occuper la côte et les grands axes et ferment les yeux sur l’entrisme du BK au sein de l’administration. Le Balli Kombëtar donne la consigne de ne pas entreprendre d’action hostile contre les Allemands.


Printemps 1944 : La libération de l’Albanie tend à devenir un enjeu entre les grandes puissances. Les Anglo-Saxons estiment qu’avec la Grèce, elle fait partie de leur zone d’influence. Pourtant, malgré de très fortes pressions et le parachutage d’une importante aide matérielle, le Balli Kombëtar rechigne toujours à entrer en lutte ouverte contre l’occupant.


28 mai - 10 juin 1944 : Quatre divisions régulières, une division de chasseurs alpins et des auxiliaires albanais lancent une offensive de grand style contre les partisans communistes.


Juillet-août 1944 : La guerre civile est devenue générale. Les membres du BK et les monarchistes font le coup de feu aux côtés des Allemands contre les communistes. Les Anglais abandonnent leur soutien.


Septembre-octobre 1944 : Les Allemands entament leur mouvement de repli à travers la Grèce et l’Albanie.


17 novembre 1944 : Tirana est libérée par les partisans.

 

« Stalinisme, Autosuffisance et Patrie » tels sont les mots d’ordre de l’Albanie entre 1945 et 1991. Pendant un demi-siècle, sous la houlette de son timonier, Enver Hoxha, le pays des Aigles ne connaît pas le doute.


Economie rationnée, culte exacerbé de la personnalité, omniscience de la Sigurimi (police secrète), l’Albanie communiste est le régime le plus dur et le plus cadenassé d’Europe de l’Est. Des dizaines de milliers d’opposants sont internés et les condamnations à la peine capitale se comptent par milliers. Fenêtres sur le monde occidental, seules la France, la Turquie, les Pays-Bas, l’Italie, l’Autriche et la Suisse, maintiennent des légations.


Mais, en dépit de tous les sacrifices consentis, le badigeon marxiste-léniniste masque mal les archaïsmes. Conscient des faiblesses d’un pays à peine sorti des limbes de l’Histoire, Hoxha n’a d’autre choix que de pousser à l’extrême le culte de la religion nationale. L’objectif n’est pas uniquement de garantir l’unité et l’indépendance de l’Albanie, mais aussi de brusquer la modernisation de la société, des mentalités, des mœurs. Dès lors, le projet d’ « homme nouveau », d‘ « Homo albanensis », est le point de départ et d’arrivée de l’entreprise communiste. Maintes initiatives fondamentales comme le soin accordé à l’éducation, l’organisation des masses, l’élimination des opposants, les campagnes antireligieuses, la construction de centaines de milliers de bunkers, la promotion de l’autarcie et d’une voie particulière découlent de cette révolution anthropologique.


La population est maintenue sous tension dans un état de perpétuelle mobilisation. Les slogans, écrivent Jean-Paul et Elisabeth Champseix, « sont partout : sur les routes, les murs, les bâtiments, les ponts, les citadelles médiévales, dans les lieux publics, les boutiques, les stades. Ils rappellent que "Défendre la patrie est le devoir suprême", ou que "l’homme est heureux quand il travaille et vit pour la patrie"… En Albanie, communisme et nationalisme furent inséparables dans la doctrine, ce qui est un cas unique en Europe. En effet, dans les autres pays de l’Est, comme la Pologne, la République démocratique allemande ou la Tchécoslovaquie, le nationalisme était bien antérieur au communisme auquel il s’opposait. Staline fit tomber nombre de têtes accusées de "chauvinisme". Hoxha, en revanche, a tout sacrifié au nationalisme : aides, alliances, protections ».


Janvier 1945 : Le gouvernement provisoire communiste accepte de restituer le Kosovo à la Yougoslavie contre l’octroi du statut de région autonome.


Janvier 1946 : Proclamation de la république populaire d’Albanie.


Juillet 1946 : Un traité d’amitié et de coopération est signé avec la Yougoslavie qui envoie vers l’Albanie des techniciens et des produits agricoles. Le Parti communiste est divisé en deux tendances. Une aile « ouvrière » milite pour le rattachement de l’Albanie à la Yougoslavie dans le cadre d’une fédération. A l’inverse, les intellectuels menés par Hoxha désirent maintenir l’indépendance. Les premiers l’emportent et Koçi Hoxe devient le nouvel homme fort.


Novembre 1946 : L’Albanie rompt ses relations diplomatiques avec les Etats-Unis.


Avril 1947 : Le premier plan est élaboré. Il fixe des objectifs de production dans les domaines énergétique et agricole.


Mai 1947 : Tito attaque, via la faction pro-yougoslave, Enver Hoxha au sein du PCA. Celui-voit sa position de plus en plus fragilisée.


Février 1948 : Projet de fédération albano-yougoslave.


Juin 1948 : Rupture entre l’Union soviétique et Tito. Le Kominform expulse la Yougoslavie. Hoxha reprend la main.


Septembre 1948 : Rupture entre Tirana et Belgrade. Purge à l’intérieur du PCA des éléments titistes.


Février 1949 : Adhésion de l’Albanie au COMECON.


Décembre 1949 : Changement de nom du PCA qui se transforme en Parti des travailleurs albanais (PTA).


1950 : Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne soutiennent sans succès plusieurs tentatives d’infiltrations de maquis anti-communistes.


Juillet 1954 : Hoxha renonce au poste de Premier ministre au profit de Mehmed Shehu, mais conserve le poste de Secrétaire général du Parti des travailleurs.


Mai 1955 : Adhésion de l’Albanie au Pacte de Varsovie.


Février 1956 : XXe Congrès du Parti communiste d’Union soviétique et début de la déstalinisation.


Mai 1959 : Visite de Khrouchtchev en Albanie. Dans son idée de division du travail en Europe de l’Est, il cantonne à l’Albanie une spécialisation agricole. En outre, il souhaite réconcilier Tito et Hoxha, ce qui irrite particulièrement ce dernier. Pour contourner l’obstacle, les Soviétiques projettent de se débarrasser d’Hoxha en faisant appel aux éléments prosoviétiques du PTA.


Juin 1960 : Rupture sino-soviétique.


Novembre 1960 : Enver Hoxha se rend à Moscou pour la conférence des 81 partis communistes et dresse un réquisitoire public contre les dirigeants soviétiques. Il s’exclame : « Notre seul crime est d’être un petit parti, le parti d’un petit pays, d’un pays pauvre, qui, selon les conceptions du camarade Khrouchtchev, doit se contenter d’applaudir, d’approuver, mais ne pas exprimer son opinion. »


Décembre 1961 : L’Union soviétique rompt ses relations diplomatiques avec l’Albanie.


1962 : L’Albanie initie un programme d’austérité pour pallier la fin de l’aide soviétique. Les Chinois achètent du blé au Canada et à la France pour l’envoyer à l’Albanie et prévenir la disette.


Septembre 1962 : L’Albanie devient le porte-parole de la Chine à l’ONU. Des centaines de techniciens albanais sont envoyés se former en Chine.


1967 : L’Albanie se déclare « premier Etat athée au monde ». Cette interdiction des religions à trois objectifs. Tout d’abord, il s’agit d’éliminer toute forme de contre-pouvoir. Ensuite, il s’agit d’unifier la nation en mettant un terme au clivage confessionnel. Les dirigeants communistes jugent que l’allégeance religieuse a trop tendance à prendre le pas sur l’appartenance nationale. Les catholiques regardent en direction de l’Italie, les orthodoxes vers la Grèce et les musulmans ont un tropisme pour la Turquie. Enfin, il s'agit d’ancrer le pays dans la modernité et d’en finir avec les « superstitions ». Les mosquées et les églises sont fermées ou transformées en cinéma, café, restaurant. Le clergé catholique est touché de plein fouet par la répression. Des dizaines de prêtres sont passés par les armes.


1968 : Retrait du Pacte de Varsovie après l’invasion de la Tchécoslovaquie.


1974 : Purge au sein des forces armées. Les généraux qui préconisent l’abandon des plaines et une guerre de partisans en cas d’invasion sont éliminés. Hoxha leur reproche leur défaitisme. Il estime que le maintien de l’intégrité du territoire passe par sa défense à n’importe quel prix. Plus de 700 000 casemates sont construites (un bunker pour quatre habitants, soit 24 bunkers par kilomètre carré). Le programme détourne d’énormes ressources et coûte l’équivalent du double de la ligne Maginot. Sur le plan symbolique, il représente le refus des ingérences étrangères et la volonté de maintenir le monde extérieur au loin. En fait, il s’agit aussi pour Hoxha de limiter l’armée à une milice populaire et d’empêcher l’éclosion d’une troupe de métier susceptible de remettre en cause le rôle directeur du parti.


Septembre 1976 : Mort de Mao.


Décembre 1976 : VIIe Congrès du Parti communiste qui marque un raidissement autoritaire. Dans son discours de clôture qui dure 15 heures, Hoxha réclame un renforcement du contrôle du Parti sur la société.


Juillet 1978 : Rupture entre la Chine et l’Albanie. Depuis plusieurs années, les relations se sont distendues. Dès le début des années soixante-dix, les Chinois poussent Tirana à se réconcilier avec Belgrade. Par ailleurs, la diplomatie du ping-pong engagée avec les Etats-Unis heurte la rigide orthodoxie marxiste des Albanais. La visite de Tito à Pékin en 1977 est le point de non retour. Privée de l’assistance chinoise, l’économie albanaise chancelle. Le slogan « compter avec ses propres forces » devient une cruelle réalité.


Décembre 1981 : Destitution et exécution de Mehmet Shehu. Elle est le premier signe révélateur de la lutte pour le pouvoir que se livrent les communistes albanais dans la perspective de l’après-Hoxha.


1985 : Mort d’Enver Hoxha. Ramiz Alia est désigné par le bureau politique pour lui succéder.


1987 : Normalisation des rapports avec la Grèce. Reprise des relations diplomatiques avec l’Allemagne fédérale et le Canada.


1989 : Chute du mur de Berlin. L’Albanie semble être le dernier bastion communiste à ignorer la bourrasque du changement. Mais la colère gronde dans la population.


Janvier 1990 : Première manifestation contre le régime.


Mars 1990 : Mise en place du programme de « Nouveau mécanisme économique ». La structure de l’économie planifiée est assouplie. Mais la réforme désorganise la production et accélère la crise.


Décembre 1990 : Manifestation étudiante. Le régime autorise le multipartisme. Le Parti démocrate albanais est créé.


Février 1991 : Des heurts violents éclatent à Tirana. La statue d’Enver Hoxha est jetée à terre.


Mars 1991 : Première élection libre. Les communistes obtiennent 56 % des voix et 68 % des sièges de la nouvelle assemblée. Les campagnes ont voté par conservatisme pour les sortants.


Mai 1991 : Ramiz Alia est réélu président de la République par l’Assemblée dominée par son parti. Toute référence au socialisme est supprimée.


Juin 1991 : Le Parti du travail devient le Parti socialiste albanais.

 

Depuis la fin du communisme, l’Albanie cherche à se stabiliser et à faire reconnaître son identité européenne. Cependant, sa situation demeure précaire. La transition démocratique a été pénible et semée d’embûches. Le crime organisé, à travers des réseaux mafieux protéiformes, irrigue l’économie. Le conflit du Kosovo a déstabilisé le Nord du pays qui reste mal contrôlé par le pouvoir central. Si la croissance frôle les 7 % (surtout grâce au BTP), les exportations, en dehors des produits agricoles, restent faibles. L’agriculture continue à représenter un quart du PIB et 60 % de la population active. En 2010, le déficit budgétaire représentait 5 % du PIB et la dette s’élevait à 60 % du PIB. La diaspora reste la première pourvoyeuse de devises. En outre, la corruption continue à freiner le développement économique et à décourager les investisseurs extérieurs. Les fonds de la Commission européenne sont très souvent détournés. Pourtant, le pays dispose d’atouts comme sa situation géographique et son potentiel touristique, en plein décollage.


Juin 1991 : Le Premier ministre Nano démissionne. Un nouveau gouvernement est nommé qui doit administrer le pays dans l’attente de nouvelles élections.


Juillet-août 1991 : Des dizaines de milliers d’Albanais fuient leur pays sur des embarcations de fortune en direction de l’Italie.


Octobre 1991 : L’Albanie adhère au FMI.


Mars 1992 : Elections générales et victoire de l’opposition sur les anciens communistes. Le Parti démocratique de Sali Berisha, un médecin du Nord du pays, remporte la majorité des voix. Ramiz Alia démissionne de la présidence de la République et laisse son siège à Berisha.


Décembre 1992 : Adhésion à l’Organisation de la Conférence islamique.


Avril 1993 : Visite de Jean-Paul II en Albanie.


Juillet 1993 : L’Albanie expulse un pope orthodoxe coupable d’avoir distribué des cartes montrant le Sud de l’Albanie en territoire grec. En représailles, la Grèce expulse des milliers d’Albanais clandestins.


1994 : L’ancien président communiste Ramiz Alia est reconnu coupable de violation des droit de l’Homme et condamné à neuf ans d’emprisonnement.


Juillet 1995 : L’Albanie est admise au Conseil de l’Europe.


Mai 1996 : Les troisièmes élections législatives postcommunistes plongent l’Albanie dans une grave crise politique. Quelques heures avant la clôture du scrutin, les principaux partis d’opposition retirent leurs candidats, accusant le Parti démocrate d’irrégularités. La police antiémeute brise violement les rassemblements de protestation. Le 2 juin, un second tour est organisé et à nouveau boycotté par l’opposition. Les résultats définitifs donnent 122 sièges (87 % des voix) au Parti démocrate. Les socialistes refusent de reconnaître les résultats.


Janvier-février 1997 : Chute du gouvernement et effondrement de l’appareil étatique. Conséquence de l’arrêt de la guerre en Yougoslavie, les sociétés financières constituées dans le but de blanchir l’argent des trafics de la mafia albanaise font faillite. Ces sociétés, explique Thierry Mudry, avaient « consenti d’énormes intérêts aux Albanais qui y déposaient leur épargne avant de se trouver dans l’incapacité, non seulement de continuer à payer les intérêts promis, mais également de rembourser leurs placements. Cette crise avait prioritairement frappé le Sud où le statut juridique ne permettait pas qu’on indemnise leurs clients. Aussi la population s’y souleva-t-elle pour réclamer la restitution des sommes engagées et le départ du président Bérisha accusé, non sans raison, de complicité avec les faillis. Une épreuve de force s’engage alors entre le Nord et le Sud, entre le Parti démocrate et le Parti socialiste, successeur du Parti du travail d’Enver Hoxha, qui avaient chacun les faveurs d’une moitié de la nation albanaise ». Les casernes et les commissariats sont pillés et des milliers d’armes se retrouvent dispersées dans la nature.


Mars 1997 : Le maire socialiste de Gjirokastër, Bashkim Fino, est nommé Premier ministre. Complètement débordée par des bandes armées incontrôlables, la classe politique albanaise appelle la communauté internationale à l’aide.


Avril 1997 : Un contingent militaire international sous commandement italien débarque en vertu de la résolution 1101 du Conseil de sécurité des Nations unies, et rétablit un semblant d’ordre.


Juin 1997 : Victoire du Parti socialiste aux élections législatives. Rexhep Médian est élu président. Le nouveau gouvernement, vainqueur de Berisha, assiste l’Armée de libération du Kosovo (UCK). L’UCK peut ainsi bénéficier d’énormes stocks d’armes préalablement dérobés par les émeutiers du Sud albanais à la police et à l’armée.


Novembre 1998 : Une nouvelle constitution est adoptée par référendum. Elle prévoit, entre autres, la séparation des pouvoirs.


Mars à juin 1999 : Bombardement de l’OTAN sur le Kosovo. 450 000 réfugiés kosovars fuient vers l’Albanie. Ce chiffre correspond à environ 15 % de la population albanaise. Dans le cadre de la campagne aérienne de l’OTAN, les Américains déploient vingt-quatre hélicoptères Apache et des pièces d’artillerie dans le Nord de l’Albanie. La région frontalière voit de nombreux affrontements entre forces yougoslaves et UCK.


Juin 2000 : Le président Meidani se rend en visite officielle au Kosovo et parle de la nécessité de créer une « Europe des régions » qui permettrait une coopération plus étroite entre l’Albanie et un Kosovo devenu, de fait, indépendant.


Juillet 2001 : Victoire des socialistes aux élections législatives.


Juin 2002 : Election d’Alfred Moisiu à la présidence.


Mai 2005 : Le Parti démocrate remporte les élections législatives. Sali Berisha devient Premier ministre.


Février 2007 : Visite officielle de Georges Walker Bush à Tirana.


Mars 2009 : L’Albanie adhère à l’OTAN.


Avril 2009 : Elections législatives indécises. Sali Berisha s’associe au Parti socialiste au sein d’une grande coalition.


Novembre 2010 : L’Union européenne refuse à l’Albanie le statut de pays candidat. Cependant, les visas à destination de l’espace Schengen sont libéralisés.


Juin 2012 : Bujar Nishani est élu président de la République.


Juin 2013 : Victoire de l’Alliance pour une Albanie européenne aux élections législatives. Le socialiste et ancien maire de Tirana Edi Rama devient Premier ministre.


Juin 2014 : Le Conseil européen accorde à l’Albanie le statut de pays candidat à l’Union européenne.

 
 
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